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 Historique du 8ème Régiment d'atillerie

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MessageSujet: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 11:52

I) DE 1784 à 1854
CHAPITRE I: AUX ORIGINES, LE REGIMENT ROYAL D’ARTILLERIE DES COLONIES
1) La réforme de Gribeauval
Après les désastres retentissants de la guerre de Sept Ans, le grand-maître de l’artillerie, le Lieutenant Général de Gribeauval, est chargé de réformer le matériel et l’organisation de l’arme. L’artillerie qu’il met sur pied effectuera pratiquement sans changement toutes les campagnes de la Révolution et du premier Empire. Par l’ordonnance du 13 août 1765, les 7 brigades d’artillerie existantes sont alors supprimées et remplacées par 7 régiments à 20 compagnies chacun, qui prennent le nom de la ville où ils sont stationnés : La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble, Besançon, Auxonne et Douai. En 1791, ils seront numérotés respectivement de 1 à 7.

2) De la nécessité d’un régiment d'artillerie pour défendre les colonies

Dès la signature du traité de Versailles qui clôt la guerre d’indépendance américaine le 3 septembre 1778, il apparaît nécessaire au ministère de la Guerre de réformer une nouvelle fois le système de défense des colonies françaises. En effet, depuis la guerre de succession d’Autriche, en passant par la dramatique « guerre de sept ans » et finalement avec la guerre d’indépendance américaine, le même scénario se répète. Aussitôt le début des hostilités en Europe, des convois maritimes quittent Brest et Lorient pour cingler vers nos possessions d’outre-mer qui ne peuvent, pour des raisons fiscales, entretenir seules un nombre conséquent de soldats affectés à leur défense. Mais la supériorité navale britannique, écrasante, rend très aléatoire l’envoi de convois. Seul le Canada en s’appuyant sur les milices coloniales recréées spontanément par le gouvernement provincial à chaque fois que la guerre reprenait, avait la ressource démographique nécessaire pour faire face, au moins pendant un certain temps, à la vindicte de l’ennemi héréditaire d’alors, le royaume de Grande-Bretagne. Ce qui n'était pas forcément négligeable quoique souvent insuffisant : Montcalm ne disposa pour défendre le Québec que de 3000 hommes de troupes régulières renforcés de 15000 miliciens. Mais le Québec a été finalement perdu. Dans les colonies de plantation utilisant presque exclusivement une main d’œuvre esclave, comme la Guadeloupe, la Martinique, ou Saint-Domingue, îles qui rendent le royaume très riche par le sucre qu’elles produisent, aucune solution d’autodéfense n’a pu être retenue.
Par conséquent, leur destin dépend presque uniquement de la Métropole et du bon vouloir du « ministère de la guerre » qui a souvent d'autres priorités et qui montre une certaine inclination à puiser dans tous les viviers de troupe dont il peut disposer, en particulier ceux qui dépendent de la marine : le régiment « royal vaisseaux » s'est principalement illustré sur le Rhin durant l'ancien régime. En quelque sorte, de Colbert à 1783, l'histoire de l’outremer français, c'est l'histoire de la lutte entre le secrétaire d'Etat à la Guerre, qui veut conserver tous ses moyens, contre le secrétariat d'état à la marine dont les besoins ne cessent d'augmenter. Ce dernier s’efforce, d'une part, de maintenir prépositionnées des troupes sur place, (en l’occurrence les ancêtres des régiments d’infanterie de Marine), dans la perspective toujours envisageable, en ce 18e siècle troublé, d’un début d’hostilité inopiné. Et d’autre part, de préparer, pendant le temps de paix, un réseau suffisant d’ouvrages fortifiés contrôlant les points stratégiques de nos îles afin de rendre la navigation très difficile pour l’adversaire. Le fort du Diamant à la Martinique en est un exemple.

Louis XVI

Une nouvelle fois, la guerre d'indépendance américaine a nécessité l'envoi de troupes prises dans différentes unités dépendant du « ministère de la guerre ». De plus, dans le cas de l'artillerie, il a été nécessaire de prélever dés le 1e mars 1778 douze régiments provinciaux pour les affecter à la défense de nos côtes, en remplacement des canonniers-bombardiers employés en d'autres lieux.

Tant et si bien, que Louis XVI ayant pris conscience du cruel dilemme qui se pose à l’artillerie de marine, décide en 1779 la création d’un régiment spécifiquement affecté à la défense à terre des colonies. Ou plutôt, de supprimer le corps des bombardiers-canonniers : les troupes ainsi dégagées n'auront plus d'autres fonctions que de servir outre-mer et seront nettement distinguées désormais du corps des canonniers-marins. De cette réforme administrative naîtra notre régiment.

Il faut toutefois attendre 1784 pour que la création du « Régiment royal d’artillerie des colonies » soit effective. C'est le sens de l'ordonnance du 24 octobre 1784 de Louis XVI portant création d'un régiment royal d'artillerie des colonies. Il est dit ainsi en préambule : «Sa Majesté voulant assimiler le service de l'artillerie dans ses colonies à celui de son Corps royal de l'Artillerie en France et remplacer les compagnies de canonniers bombardiers employés à faire ce service par un régiment et 2 compagnies d’ouvriers, Elle a ordonné et ordonne ce qui suit (...)"
Les articles 6 et 7 de l'ordonnance définissent la composition interne de chaque compagnie. Elles seront commandées "en tout temps" par un capitaine en premier, un capitaine en deuxième, un lieutenant en premier, un lieutenant en deuxième, un lieutenant en troisième; ce dernier ainsi que la moitié des lieutenants en deuxième seront choisis parmi les sergents. Au niveau des sous-officiers et des hommes du rang, le détail de la composition est également précis. Ainsi il est dit que les compagnies seront composées "d’un sergent-major, un sergent-fourrier-écrivain, 5 sergents, 5 caporaux, 5 appointés, 5 artificiers, 5 canonniers-bombardiers de première classe, 20 de seconde classe, 40 apprentis et un tambour formant 88 hommes".

Par ailleurs, la tenue est tout à fait caractéristique des troupes destinées à servir aux colonies et dépendant du secrétariat d'État à la marine. L’uniforme des officiers et d'un soldat du Corps Royal de L’Artillerie des Colonies est un habit, avec une veste et une culotte couleur bleu roi. La doublure et les parements sont rouges, en écarlate pour les officiers et de drap garance pour les soldats. Les canonniers-bombardiers portent deux épaulettes rouges à franges de même couleur. Les artificiers portent les mêmes épaulettes dont la tige est liserée de jaune. Toutes ces épaulettes sont en laine et les grades des officiers sont distingués par des épaulettes en or. Les officiers sont sous les armes en hausse-col, en bottes, avec le baudrier en écharpe et l’épée à la main; ils ne portent pas de giberne ni de fusil.

En outre, «les boutons seront jaunes et timbrés d’une ancre et du numéro 64. (...) Le retroussis de l’habit sera garni sur les devants d’une fleur de lys et sur le derrière d’une ancre». Les couleurs bleu et rouge sont caractéristiques de l’artillerie. La mention des ancres de marine prouve de manière éclatante, s’il en était besoin, la vocation à servir outre-mer de ce régiment. Il n’est pas excessif de dire qu’il est l’ancêtre de tous les régiments d’artillerie des colonies. L’ancre en effet est un rappel des longs trajets que doivent effectuer sur la mer les troupes destinées à servir aux colonies comme les liens privilégiés qu’ils se doivent d’entretenir avec la marine royale.

Voyons maintenant son organisation. Il est composé de 5 brigades qui comportent 4 compagnies chacune. Aux 20 compagnies de canonniers-bombardiers viennent s’adjoindre 2 compagnies d’ouvriers. Le colonel, le lieutenant-colonel-directeur, un ou deux chefs de brigade, ainsi que le quartier-maître trésorier restent en France. Tandis qu’un Lieutenant-colonel commande à Saint-Domingue (Haïti), un autre à la Martinique, et un dernier à l’Isle de France (île Maurice) ou en Inde. Le Lieutenant-colonel destiné à l’Isle de France est provisoirement affecté à Pondichéry jusqu’à nouvel ordre. Le Régiment a trois brigades détachées auprès des trois commandants d’artillerie désignés plus haut. Les deux autres brigades sont à Lorient comme brigades de dépôt et de remplacement. Il est formé avec des détachements fournis par chacun des sept régiments de l’artillerie de terre. L’ensemble s’élève à 542 hommes. Il est complété par l’incorporation dans les 3 brigades détachées, des compagnies qui existent depuis longtemps dans les colonies. C’est à dire, 3 à la Martinique, 3 à Saint-Domingue et 4 à Pondichéry, fortes ensemble d’un millier d’hommes qui sont pour une petite partie les rescapés de renforts envoyés depuis la Métropole, mais surtout, des indigènes directement recrutés sur place: l'ensemble provient des 11 compagnies de bombardiers-canonniers de marine supprimées par l'ordonnance précitée.

Enfin, dans les statuts du corps, il est prévu deux mentions particulières qui visent à éviter que le régiment ne perde toute mobilité en restant trop longtemps dans les mêmes lieux de garnison. Ainsi, il est de «l’intention de sa Majesté que les troupes de l’artillerie des colonies changent de garnison autant qu’il sera possible tous les quatre ans». Un autre article précise plus loin «qu’aucun des dits officiers ne pourra contracter de mariage aux colonies avant l’âge de 25 ans révolus sans en avoir obtenu la permission du Roi». Il paraît évident qu’il s’agit pour le monarque d’interdire à ses troupes envoyées aux colonies qu’elles ne fassent souches sur place et que de manière plus générale, qu’une trop longue fréquentation des mêmes lieux et des mêmes personnes ne les fassent se sentir plus solidaires des intérêts des populations locales que de ceux du souverain. Il est à remarquer d’ailleurs que le régiment à sa création, comme nous l’avons vu précédemment, hérite à cet égard d’une situation déjà fort compromise.

Le procès verbal de formation est dressé à Douai le 1e avril 1785 et est signé conjointement par monsieur de Mazelaigne, commissaire des guerres, monsieur le maréchal de camp de Fredy, commandant en chef de l’artillerie de la place de Douai, monsieur de Gay, lieutenant-colonel au nouveau régiment et monsieur de Macors, son Major. Le colonel du Puget d’Orval qui commande l'artillerie à la Martinique est chargé de diriger le régiment. Et conformément à l'ordonnance du 24 octobre 1784, il est constitué en 5 brigades à 4 compagnies.

- La 1e Brigade est stationnée en Inde. Elle comprend les compagnies suivantes: 1e, 11e, 6e et 16e Compagnies
- La 2e Brigade est en France avec les 2e, 12e, 7e, 17e compagnies.
- La 3e Brigade est à la Martinique avec les 3e, 13e, 8e et 18e Compagnies. Trois compagnies y sont déjà, la dernière est attendue de France.
- La 4e Brigade est en France avec les 4e, 14e, 9e et 19e Compagnies
- La 5e Brigade, avec les 5e, 15e, 10e et 20e Compagnies à Saint-Domingue (Haïti).

La revue d'effectifs qui est passée le même jour fait ressortir pour les compagnies présentes à Douai, un effectif de 20 hommes pour chacune d'entre elles.

Les années 1785 et 1786 se passent à compléter la composition du Corps. Le 15 octobre 1786 le Corps Royal de l’Artillerie des Colonies quitte la garnison de Douai qui l’a vu naître et se dirige vers Lorient. Le 20 décembre 1786, certaines compagnies embarquent vers les Antilles et les autres colonies. Très vite, la compagnie envoyée à Saint Domingue est durement affectée par les maladies tropicales.

Rien ne se passe dans les années précédant la révolution si ce n’est qu’en prévision d’une reprise de la lutte avec l’Angleterre, que chacun sent imminente, les compagnies restées à Lorient essaiment dans un certain nombre de ports de la côte Atlantique, en particulier Port-Louis, Brest, et Saint-Malo.

De fait dès 1790, la brigade de Saint-Domingue, est confrontée à la révolte généralisée des esclaves noirs des plantations. En plus des maladies, elle perd un certain nombre d'hommes sous les coups des révoltés.

CHAPITRE II: Les guerres de la Révolution & du Directoire

1) Du régiment des colonies à un régiment rattaché au ministère de la Guerre.

Une nouvelle organisation du corps de l'artillerie est fixée dans ses détails par le règlement du 1er avril 1791. Chacun des 7 régiments est composé de deux bataillons à 10 compagnies chacun. Dans chaque compagnie, tous les soldats doivent désormais être canonniers, bombardiers et sapeurs, et tous reçoivent l'appellation unique de canonnier. Le corps de l'artillerie conserve son rang parmi les régiments d'infanterie, mais ses régiments, au lieu de porter le nom d'une des écoles, prennent un numéro d'ordre.

Le 10 juillet 1791, l'Assemblée nationale vote une loi qui place toutes les troupes coloniales à la disposition du ministère de la guerre. Les troupes d'infanterie ne réagissent pas. En revanche cette mesure suscite de manière préventive une violente protestation des artilleurs de marine. Un mémoire constitué par le Colonel de Senneville, le Major de Macors et le Capitaine d'Hervilly en synthétise la teneur. Certains arguments sont spécieux, d'autres présentent un fond de réalité. Ainsi ils rapportent l’élément suivant:»En considérant de quelle manière l’artillerie de terre a servi dans les colonies pendant la dernière guerre, et la gloire qu’elle s’y est acquise, on peut être étonné que le ministre ait pu en déduire la nécessité de former un corps uniquement affecté à ce service; mais le développement des motifs qui ont déterminé sa création fera cesser toute surprise à cet égard» En effet, le Corps d’artillerie des colonies a justement été créé afin d’éviter que ne soit réitéré le ponctionnement dans les régiments constitués d’éléments destinés à servir outre-mer. L’Assemblée s'incline, le Régiment d'artillerie des colonies maintient ses positions un temps. D'autant que les événements de l'Inde incite l'Assemblée nationale par décret le 3 septembre à autoriser la création par le régiment d'une 2e Compagnie à Pondichéry, à partir de 99 hommes venus de l'Ile de France et 140 hommes qui quittent le dépôt de Lorient le 1e novembre. Cette compagnie d'ailleurs sera faite prisonnière avec le reste de la garnison de Pondichéry le 31 août 1793.

Excédée par l'attitude de l’Autriche qui ne cesse de menacer la Révolution, l'Assemblée Nationale déclare la guerre à François II, le 20 avril 1792. Mais les défections se multiplient au sein des officiers généraux, et la fougue des soldats de la Révolution ne peut suppléer à leur manque de préparation. Très vite, la situation devient dramatique et la ceinture de citadelles élaborée par Vauban au siècle précédent ne parvient plus à endiguer le flot des armées ennemies qui pénètrent sur le territoire national: l’importante place de Verdun tombe le 30 août. Face à une telle situation, des mesures d’urgence s’imposent. Toutes les troupes disponibles sont alors réquisitionnées pour être amenées sur la frontière orientale. C’est dans ce contexte, que le Régiment royal de l’artillerie des colonies passe du ministère de la Marine à celui de la Guerre. Par un décret de l’Assemblée Nationale en date du 27 août 1792, le Régiment d’artillerie des colonies est rattaché au ministère de la Guerre. Il est réorganisé sur le pied des sept autres régiments d'artillerie: c'est à dire en deux bataillons de dix compagnies chacun. De fait, vu la dispersion du régiment à cette époque et la mauvaise volonté du personnel, cette décision n'a guère de portée pratique encore.

En réalité, les compagnies stationnées en France restent dans un statut indéterminé jusqu’à ce qu’un décret soit signé le 16 mars 1793 par le Général Canclaux qui commande l'armée à l'Ouest du pays. Cette décision se place dans un contexte particulier.

La levée de 300.000 hommes décidée par la Convention le 23 février 1793, a en effet déclenché une insurrection généralisée dans l'Ouest qui porte le nom de « guerre de Vendée ». Canclaux requiert donc les compagnies présentes au dépôt de Lorient et ordonne au chef de brigade Pomeyrols "ci-devant colonel de l'ex-corps de l'artillerie des colonies" de rejoindre Rennes avec elles. Ces dernières quittent alors Lorient pour se rendre à Rennes et former le 1er bataillon du Régiment. Toutefois, il subsiste sous le nom de dépôt auxiliaire à Lorient un centre administratif chargé des compagnies restées aux colonies, sous les ordres du chef de brigade de Senneville

Celui-ci voit immédiatement ses compagnies réparties dans les différents ports de Bretagne A celles stationnées à l’Ouest, il est confié la tâche ingrate de garder les côtes de l’Atlantique ainsi que de participer à la répression de l’insurrection de Bretagne. Au 16 frimaire de l’an I de la République française, le premier bataillon compte 657 hommes. Qui se répartissent de la manière suivante:

État-major à Rennes
- 1e Compagnie à Nantes.
- 2e Compagnie au Croisic
- 3e Compagnie à Belle-Isle
- 4e Compagnie à Brest
- 5e Compagnie à Port Liberté
- 6e Compagnie à Port Malo

Au 1er nivose, l’effectif a été porté à 760 hommes dont 113 sont destinés au second bataillon qui est encore à former.

La situation s'aggravant, les trois représentants de la Convention envoyés en mission auprès de «l’armée des côtes de Brest», Merlin de Douai, Gillet et Cavaignac signent un peu plus tard, le 16 juin 1793, un décret formant le second bataillon du régiment. Ce qui implique, pour le salut de la Patrie, de rappeler les unités stationnées outre-mer. La 6e Compagnie, sauvée de la chute des Indes, est la première à être disponible; la 7e, embarquée en 1792 pour Saint-Domingue, revient. Enfin, les compagnies de la Martinique sont heureusement également rappelées, échappant par la même occasion à la capitulation de la garnison de l'île. Avec ces multiples rappels, le 2e Bataillon est enfin considéré comme opérationnel à la fin de l'année, et est constitué le 25 décembre à 6 compagnies.

Toutefois, la 6e Compagnie, rentrée la première, n'est déjà plus au dépôt régimentaire. Elle a rejoint l'armée de Pichegru dès le mois de septembre 1794.
2) Campagnes de l’armée du Nord (1795-1796): Sambre et Meuse.

Au début de l’année 1794, la Convention décide de reprendre l’offensive. C’est l’époque héroïque de l’armée de l’an II. Mal équipés et ravitaillés mais motivés, les soldats sont admirables de dévouement. Le futur Maréchal Soult, qui sert dans ses rangs, en a laissé un tableau vivant. "Les officiers donnaient l’exemple du dévouement: le sac au dos, privés de solde, ils prenaient part aux distributions comme les soldats; on leur donnait un bon pour toucher un habit ou une paire de bottes; cependant aucun ne songeait à se plaindre. Dans les rangs des soldats c’était la même abnégation. C’est l’époque de la guerre où il y a eu le plus de vertu dans la troupe".

La 6e Compagnie du "8" accompagne nos troupes victorieuses dans la conquête des Pays-Bas autrichiens; la Meuse est franchie les 18 et le 19 octobre 1794. Il s’agit désormais d’amener à merci les Provinces Unies (Pays Bas actuels). Au siège de Bois le Duc, la 6e Compagnie est assignée au parc de siège. A l'artillerie, il est assigné la mission jugée impossible d'amener à raison le fort de Crève-coeur qui défend la ville. A la surprise générale, la canonnade oblige le fort à se rendre; la ville elle-même capitule 5 jours après, le 10 octobre. En janvier, la 7e Compagnie rejoint la 6e dans le corps d'artillerie du général Eblé. Les places de Hollande se rendent les unes après les autres.

La capitulation de Nimègue a lieu le 8 novembre 1794. Durant l’année 1795, l’armée du Nord continue à s’avancer en pays Batave et les compagnies du "8" ne déméritent pas en prenant une large part à ses succès, notamment lors de la prise d’Utrecht le 17 janvier 1795. Le 20 janvier, elles ont ainsi l’honneur de faire leur entrée dans Amsterdam sous la conduite du Général Pichegru. C'est encore le temps où les troupes de la Révolution sont perçues, non encore comme des armées d'occupations, mais comme des armées de libération. Les soldats de Pichegru qui prend possession de la ville au nom de la République française, sont accueillis aux cris de: "vive la liberté! Vive la nation française!" Ensuite, les compagnies du «8» participent au parachèvement de la conquête des Provinces Unies avec les prises des places de Gertruidenberg, Dordrecht, Rotterdam et La Haye. Puis, la campagne achevée, la 6e Compagnie est laissée en garnison à Breda tandis que la 7ème rentre à Rennes où elle arrive le 5 avril.

La conjoncture devenant plus heureuse, le comité de salut public peut envisager avec plus de sérénité certaines réformes des structures. La loi du 18 floréal an III, (le 7 mai 1795) réorganise l'artillerie et consacre son indépendance par rapport à l'infanterie: il est créé 8 régiments d'artillerie à cheval, 8 régiments d'artillerie à pied, 12 compagnies d'ouvriers. Le régiment du Corps royal de l'artillerie des colonies, prend l'appellation de «8e Régiment d'artillerie à pied" qu'il gardera pendant 35 ans.

A ce propos l'article II de la loi précise bien que "le régiment et les compagnies d'ouvriers des colonies seront réunis à l'artillerie de Terre et recevront la même organisation tant aux armées qu'aux colonies". Ce qui aurait déjà dû être effectif depuis 1792.

Le régiment d'artillerie de l’an III comprend un état-major et 20 compagnies. Chaque compagnie a 5 officiers (un capitaine commandant, un capitaine en second, un lieutenant en premier, deux lieutenants en second), et 88 sous-officiers et hommes de troupe (un sergent-major, 5 sergents, un caporal fourrier, 5 caporaux, 35 premiers canonniers, 40 seconds canonniers, un tambour). La compagnie est ensuite divisée en 5 escouades de 16 hommes chacune.
En 1799, le 18 brumaire, voici de quelle manière sont positionnées les compagnies du 8e RAP (Régiment d'artillerie à pied):

- A Rennes: 1e, 7e, et 8e Compagnies
- A Port-Brieux, la 2e et la 4e.
- A Brest, la 3e.
- Sur les côtes du Morbihan, la 5e.
- En Hollande, la 6e
- A Port-Malo, la 9e, la 20e.
- A Quiberon, la 10e.
- A Belle-Isle, la 11e.
- A Auray, la 12e.
- Aux colonies, la 13e, 14e, 19e.
- A Dinan, la 15e.
- A Port Liberté (Port-Louis), la 16e
- A Vannes, la 17e.
- A Lorient, la 18e, de retour des colonies.

Donc, l'implantation des compagnies du régiment est alors majoritairement située dans l'Ouest français. En soit, ceci n'est guère surprenant: le Régiment continue à remplir les missions pour lesquelles il a été créé, c'est à dire la défense des points côtiers importants. L’environnement est largement rendu hostile par la chouannerie endémique.

Un simple exemple pour prouver que les compagnies affectées à l'armée des côtes de l'océan ne restent pas inactives. Un fait d'armes inattendu, qui vaut au régiment deux grenades d'honneur, attire en effet l'attention sur ce théâtre d'opération à priori moins prestigieux que le Rhin et l'Italie, où le reste de l’Armée se couvre de gloire. La frégate "la Seyne", qui transporte à son bord un détachement de la 17e Compagnie du 8e Régiment d'artillerie, est poursuivie par une croisière anglaise à sa sortie de Port-Liberté (Port-Louis). Elle parvient à s’échapper mais s'échoue devant les Sables d'Olonnes, le 11 messidor an VI (29 juin 1798). Les Anglais sentant une proie facile reviennent à l'assaut. Durant le combat, les artilleurs prêtent main-forte aux canonniers-matelots de l'équipage. Le feu ainsi entretenu par "la Seyne" oblige les vaisseaux anglais à rompre le combat. La 17e Compagnie a perdu néanmoins dans l'affaire un caporal, un 1e canonnier et un Tambour.
Après une dernière « flambée » de rébellion, sévèrement réprimée par le Général Brune, l’Ouest Français est enfin pacifié. Au commencement de l'année 1800, le dépôt du 8e Régiment d'artillerie est transféré de Rennes à Douai. Désormais, le Régiment ne sera plus cantonné à des missions ingrates de répression dans l’Ouest. Il n’empêche. A l’occasion, les contraintes de la vie de garnison sont parfois trop lourdes. Il existe toute une correspondance datant de 1802, qui expose par le menu les récriminations du 8e RA contre les gardes qu’il doit accomplir en cette place. Que ce soit la surveillance des ponts ou le travail à l’arsenal. Une partie des arguments utilisés alors pour solliciter un allégement des charges, présente toujours un certain parfum d’actualité. Ainsi il est dit dans une lettre datée du 25 fructidor: «D’après cet exposé on voit qu’il ne reste personne pour l’instruction de ces conscrits, objet d’autant plus important qu’étant dans le cas de partir bientôt ils ne seront nullement susceptibles de faire le service de canonniers». Il est vrai, que de devoir former 300 conscrits alors que 250 d’entre eux sont journellement utilisés ailleurs, relève de la gageure.
Certes, il est laborieux de s’essayer à suivre les errements des quelques 21 compagnies du Régiment à cette époque. Pour les contemporains ce ne doit pas être simple non plus. Ainsi, il apparaît que la 14e Compagnie a été oubliée à l’île de France depuis bientôt 15 ans. Tant et si bien que le 19 germinal de l’an 11, l’Inspecteur Général de l’artillerie, le Général Marmont, suggère «de faire remplacer au corps tous les Capitaines commandants détachés dans l’Inde. Cette mesure a d’autant moins d’inconvénient qu’il est probable que la plus grande partie de ces officiers ne repassera jamais en Europe.»
En 1801, quatre compagnies se retrouvent à Brest dans les renforts que l’escadre de l’Amiral Gantheaume doit acheminer en Egypte. Mais les croisières anglaises font peser une telle menace, que Gantheaume n’a que le temps de se réfugier à Toulon. Bonaparte ne peut se contenter de cette situation et ordonne d’aller quérir un renfort de navires espagnols à Algésiras. Deux compagnies du Régiment seulement sont laissées à bord. L’escadre cingle vers Algésiras. Mais la manœuvre a été percée à jour par les Anglais qui viennent chercher le combat; Les deux compagnies du «8» sont débarquées pour remplacer le personnel espagnol de deux forts de la rade du port qui ne se défendait que mollement. Leur feu nourri transforme la situation et permet d’éviter un désastre. Toutefois, les renforts ne seront finalement pas expédiés en Egypte.
Une décision fondamentale des Consuls prise le 13 nivôse an VIII, le 3 janvier 1800, est de militariser les conducteurs de pièces par la création du "Train d’artillerie". Car depuis la création des offices de conducteurs de charrois, les moyens utilisés par l'artillerie pour se procurer des chevaux et des charretiers, n'avaient guère changé. L'Etat au début des hostilités passait des contrats avec des entrepreneurs qui s'engageaient à fournir et à les nourrir, des chevaux et des conducteurs nécessaires au transport des pièces. Bonaparte avait vu l'inefficacité d'un tel système et en avait tiré les conséquences, en créant les bataillons du Train. Chaque bataillon du Train est composé de 5 compagnies; cette dernière subdivision doit être à même d'assurer le transport de 8 bouches à feu.
En outre, les travaux d’une commission constituée par le premier Consul et présidée par le Général Marmont, aboutit à une ultime réforme de l’Arme. Le système qui en résulte, dit de l’an XI, perfectionne en le simplifiant le système Gribeauval. Au lieu des trois calibres de 12, 8 et 4 pours les canons de campagne, il n’en est plus conservé que deux, 6 et 12. Avec un obusier de 5 pouces 6 lignes en place de celui de 6 pouces. Cette réforme ne sera que progressivement achevée qu’à la fin de l’Empire. Pour le Général Susane, auteur d'une "Histoire de l'artillerie française", les raisons de ce changement sont faciles à saisir: "Les calibres nouveaux sont plus puissants et plus forts que les anciens, et il est tombé en notre pouvoir une quantité énorme de pièces et de boulets de 6, venant des Autrichiens, des Russes, des Prussiens, des Hollandais et des Suédois. L'opération du Premier Consul est donc à la fois intelligente et pratique, puisqu'elle donne sans frais, à notre artillerie, l'égalité des calibres avec les artilleries étrangères et la supériorité du nombre".

Le 10 octobre 1801, après la signature de la paix de Lunéville et les négociations avec l’Angleterre, les effectifs des régiments sont réduits. Passée à Douai le 19 septembre 1802, l’inspection du général Eblé nous donne le détail des effectifs du 8e RA, placé alors sous les ordres du chef de brigade Tirlet. A l’état-major, nous trouvons 6 Chefs de bataillon, 2 adjudants major, un quartier-maître trésorier, deux adjudants lieutenants, deux adjudants sous-officiers, un chirurgien-major, un tambour-major, un caporal-tambour, 8 musiciens et 3 maîtres ouvriers (tailleur, cordonnier, armurier). Chacune des 20 compagnies comprend un capitaine en 1e, un capitaine en second, un lieutenant en 1e, un lieutenant en second, un sergent-major, 4 sergents, un fourrier, 4 caporaux, 4 artificiers, 2 ouvriers, 34 canonniers de première classe, une moyenne de 43 canonniers de deuxième classe et 2 tambours. Voici les villes dans lesquelles les compagnies sont stationnées; A Douai, on peut trouver avec le chef de brigade, l’état-major et la musique, les 2e, 7e, 9e, 10e, 11e, 13e, 15e, 16e et 17e Compagnies. Au Havre sont les 18e et 20e Compagnies, tandis que la 5e est à Dunkerque. Les 1e et 6e Compagnies sont à Ostende. Tandis que les 14e et 19e Compagnies sont toujours à l’Isle de France. Enfin en partance pour Saint-Domingue nous trouvons les 3e, 4e, 8e et 12e Compagnies.

3) Campagne de Saint-Domingue

La signature de la paix d'Amiens avec la Grande-Bretagne en 1801, procure au pays, après 9 ans de guerre quasi ininterrompue, l'occasion de profiter d'un intermède de paix bénéfique. De plus, les mers redeviennent enfin ouvertes à la navigation pour nos navires. L'occasion est trop belle de reconquérir Saint-Domingue devenue quasi indépendante depuis la révolte de 1791.

Le 14 décembre 1801 embarque à Brest un corps expéditionnaire qui comprend les 3e, t 12e Compagnies du 8e RAP, à destination de Saint-Domingue, sous les ordres du général Leclerc. Le débarquement a lieu le 29 janvier 1802. Très vite, Louverture est repoussé

dans les Gonaïves par les colonnes du corps expéditionnaire. Mais le 20 février 1802, la division Leclerc s'est retrouvée cernée et mise en difficulté par un parti de Noirs révoltés.
La situation est périlleuse. Heureusement, le lieutenant Cottin du "8", sauve la mise à la colonne. Il traverse au péril de sa vie les avant-postes ennemis, ses retranchements et après plusieurs heures de marche dans un environnement hostile, parvient à rallier la division du Général Hardy, d'où il ramène les renforts nécessaires. Cottin finit la campagne comme capitaine. Louverture est contraint à la soumission en avril et est bientôt capturé. Ce n'est qu'un succès sans lendemain pour une armée décimée par la fièvre qui emporte même son Général en chef. Car une insurrection générale de l'île sous les ordres de Dessalines chasse ou capture les derniers français encore présents.

A la création de la Légion d’honneur, le 19 mai 1802, le régiment est particulièrement récompensé. Cette première promotion est en quelque sorte un bilan élogieux de son comportement sur les différents théâtres où il s'est trouvé engagé. Son chef de corps, le colonel Tirlet, comme le commandant Sabatier, sont faits officiers dans le nouvel ordre. Le colonel Tirlet, lorsque l'Empereur Bonaparte crée une noblesse d'empire, deviendra baron et finira sa carrière comme général. Parmi les croix de chevaliers, nous pouvons citer: les capitaines Coquet, Burlin, Desfaudais, Lambert; les lieutenants Gibon, Mauvoisin, Boramet; les sergents Brasseur, Chenaux; le caporal Angos; enfin les canonniers Gitton, Hubert, Hug, Sener et Zimmermann.
CHAPITRE III: l’Empire.

1) La bataille d’« AUSTERLITZ »

La paix ne dure pas plus de deux ans. La Grande-Bretagne réunit une nouvelle coalition qui rassemble la Russie, l'Autriche, la Suède et le royaume de Naples. En 1803, l'armée française envahit le Hanovre, berceau dynastique de la monarchie anglaise. En effet, la prise de gage sur le continent s'avère immédiatement plus facile à saisir que d'attaquer l'archipel britannique. Six compagnies du régiment participent à cette opération. Certes, pour la plupart, avec un effectif inférieur à 60 hommes. Si bien que le 11 brumaire de l’an XIII une note très sèche arrive au dépôt exigeant qu’elles soient portées «à 100 hommes au grand complet de guerre» et qui conclut par ces termes «L’Empereur ordonne que cela soit immédiatement exécuté» En tout, 173 hommes gagnent par la suite précipitamment le Hanovre afin de compléter les effectifs.
Nous connaissons la composition de l’artillerie de la Division Barbou qui est constituée des 4e et 9e Compagnies du 8e RA. En tout, avant les renforts, 8 officiers et 155 hommes servent huit pièces de « 8 », six pièces de « 4 », deux obusiers de « 6 », quatre affûts de rechange, seize caissons de « 8 », huit caissons de « 4 », un caisson de « 6 », cinq chariots de munitions et une forge de campagne. Le tout étant tiré par 250 chevaux montés par 154 hommes du 2e bataillons bis du Train d’artillerie.
Les 5e, 18e et 20e compagnies resteront plusieurs années en garnison à Hamelin. Tandis que le reste du régiment fait partie des immenses moyens rassemblés par Napoléon au camp de Boulogne afin de préparer un hypothétique débarquement en Angleterre. Trafalgar le 20 octobre 1805 condamne toutefois l’Empereur à une action strictement continentale. Mais son armée est dispersée depuis le Hanovre avec Bernadotte jusqu'à Brest avec Augereau.

Par une manœuvre qui stupéfait l’Europe, Napoléon fait pivoter les sept armées françaises qui, a marche forcée, opèrent leur concentration à Wurtzbourg. Les 6 compagnies du 8e Régiment d'artillerie affectées au premier corps sous le commandement du maréchal Bernadotte, quittent le Hanovre avec celui-ci le 2 décembre 1805 et se dirigent vers le Main. Une première bataille, à Eschlingen, anéantit une première armée autrichienne qui n'a d'autre ressource que de se réfugier dans la place d'Ulm qui se rend. Vienne est occupée par les troupes françaises.

La menace russe reste prépondérante. La bataille décisive a lieu le deux décembre 1805, à Austerlitz. Face à l'ennemi qui occupe le plateau de Pratzen, le plan de l'Empereur est simple: il s'agit que les austro-russes se dégarnissent sur le plateau afin que l'armée française puisse s'en emparer et couper l'armée russe en deux. Au début de la journée c'est l'armée du Maréchal Davoust qui reçoit l'essentiel du choc. Pas à pas, elle fait mine de reculer vers Sokolnitz, donnant l'illusion d'être repoussée irrémédiablement. Emportée par un enthousiasme trompeur, l’armée russe avance imprudemment son aile gauche, affaiblissant dangereusement sa position sur le plateau. D’autant que les charges furieuses de Murat et la marche du maréchal Lannes qui avance comme à l'exercice, en échelons, par régiment, de l'autre côté du plateau, lui interdit d'avancer de manière concomitante l’ensemble de son dispositif. Entre les deux ailes françaises, Soult marche droit vers le centre du plateau dont il s'empare aisément, séparant l'aile gauche de l'ennemi du reste de son dispositif. Voyant le danger, l'Empereur russe Alexandre tente de rétablir la liaison entre son centre enfoncé et son aile gauche, en faisant donner sa garde impériale. Mais Napoléon le circonvient avec les escadrons commandés par Bessières de sa propre garde impériale. Au même moment le centre du dispositif français, appuyé par un feu violent de l'artillerie du 1e Corps avec les canons du "8" s’avance hardiment repoussant devant lui les troupes ennemies qui se trouvent sur sa route. Pendant ce temps, Lannes achève d'enfoncer l'aile gauche ennemie. Dés lors, Davoust n'a plus qu'à se retourner et à faire front. Le plan de Napoléon a merveilleusement fonctionné: les deux ailes du dispositif ennemi, sans liaisons entre elles, sont chacune de leur côté battues. Les Russes n'ont désormais plus d'autre recours que de fuir, et pour une partie d'entre eux de tenter le passage par les étangs gelés à l'arrière du plateau de Pratzen.Mais Napoléon, impitoyable, fait donner son artillerie pour qu'elle brise la surface de glace. Le général Eblé commandant l'artillerie du premier corps fait porter 20 pièces du 8e Régiment d'artillerie qui ouvrent le feu. Un grand nombre de soldats russes ainsi noyés trouvent la mort.

La victoire d’Austerlitz
L'ennemi a perdu dans cette journée 450000 hommes, tués, blessés ou prisonniers. Il a dû abandonner 45 drapeaux et 200 canons lui ont été capturés. L'armée française de son côté ne compte que 1288 tués et 7000 blessés. Les six compagnies du 8e Régiment d'artillerie n'ont à déplorer qu'un mort et 11 blessés. Toutefois leur belle conduite vaut à l'étendard du régiment l’inscription d’ « AUSTERLITZ ». «L’artillerie sous les ordres immédiats du Général Songis, premier Inspecteur Général, a soutenu cette antique réputation acquise par tant de services. Officiers, sous-officiers et Canonniers ont montré la même ardeur et le même sang froid. Le nombre d’ennemis atteints de boulets sur le champ de bataille atteste combien le feu de l’artillerie a été vif et bien ajusté.» C’est de cette manière que l’Empereur, au lendemain de la bataille d’AUSTERLITZ, tient à souligner les éminents services rendus par son artillerie. Le 8e Régiment d’Artillerie peut légitimement se revendiquer d'une part de l'hommage dévolu à l'Arme.

La maison d'Autriche est contrainte de signer la paix de Presbourg. Le Saint-Empire romain germanique, vieux de presque 1000 ans est dissous: François II de Habsbourg, renonce à toute autorité sur l’Allemagne. A la place une confédération du Rhin, sous obédience française est créée. Certes un adversaire a été complètement défait mais, les Russes comme les Prussiens refusent de s'avouer vaincus et d'admettre la prédominance française en Europe. Bien loin d'être une victoire décisive, Austerlitz n'est qu'une étape dans l'installation de l'hégémonie napoléonienne sur le continent.

Le début de l'année 1806, intermède entre la 3e et la 4e coalition, est mis à profit pour opérer des mouvements de troupe.

Dans le cadre de négociation avec la Prusse, le Hanovre est cédé. Les 5e, 18e et 20e Compagnies quittent alors Hamelin pour venir tenir garnison à Wesel le 25 avril. En juillet, la 13e Compagnie quitte Boulogne pour gagner Ambleteuse. En outre, des négociations avec l’Angleterre, sont utilement mises à profit pour rapatrier la 21e Compagnie de Saint-Domingue qui est remise sur le pied de guerre à Boulogne, nouveau dépôt régimentaire depuis le mois d’octobre 1805. Enfin quatre compagnies du "8" accompagnent le Général Marmont vers les Etats vénitiens et la Dalmatie afin de remplacer les Autrichiens sur place. Pendant trois ans, les compagnies du "8" assurent la défense des places de Palma-Nova et de Zara.

2) Campagne de 1806-1807: « FRIEDLAND ».

Dès le mois de septembre les hostilités reprennent. Déterminée à se venger d'Austerlitz, la Russie attire dans son camp la Prusse jusqu'à présent neutre. Le premier Corps sous Bernadotte, avec les 1e, 2e et 6e compagnies cantonnées jusqu’alors à Anspach, reçoit l’ordre d’opérer sa concentration à Bamberg, pour former avec le 3e Corps commandé par Davoust, le centre de l’armée. Parallèlement le 8e Corps quitte la Hollande avec les 5e, 18e et 20e Compagnies. Tandis que la 14e Compagnie depuis Boulogne, vient les renforcer.

Le 7 octobre, les 1e et 2e Corps arrivent à Kronach. Le 8, ils franchissent la frontière prussienne. Le même jour, Bernadotte fait canonner Schleitz par le régiment et son infanterie s’en empare.

Le 14, survient l’affrontement décisif. Davoust est confronté au gros de l’armée prussienne commandée par le duc de Brunswick à Auerstadt. Tandis que le reste de l'armée française écrase à Iena en ce même jour du 14 octobre 1806 l’armée du prince de Hohenhole. Davoust gagne la bataille d'Auerstadt Finalement Le premier corps ne participe ni à l'une ni à l'autre des batailles, donc à fortiori les compagnies du "8" du premier corps, car son chef, le maréchal Bernadotte fort ombrageux, se refuse à subordonner sa gloire à celle de Davoust. L'Empereur lui pardonnera. Toutefois, le 5e Corps ayant été engagé quant à lui à « IENA », le régiment gagnera une citation sur son étendard qui s’est depuis perdue.

Napoléon 1e à la bataille d’Iéna

En tout cas, la Prusse a connu la plus grande défaite de son histoire. Le 1e Corps est dirigé sur Halle dont il s’empare le 17. Puis il descend le cours de la Saale et arrive le 20 sur l’Elbe qu’il franchit. Le prince de Hohenhole ayant capitulé à Prentzlow le 24 octobre, il ne reste plus que Blücher à continuer le combat. Les 1e et 4e Corps le poursuivent jusque devant Lübeck qui capitule le 7 novembre. Berlin est occupé, ses garnisons se rendent sans combattre. De l’armée de Hollande, sont détachées les 14e et 18e Compagnies, qui sont laissées en garnison à Spandau, et la 11e, envoyée au Parc général de l’armée.

Mais le 1e novembre, le général russe Benningsen franchit le Niemen pour porter secours à son allié défait. Les 1e, 2e et 6e Compagnie qui font partie de l'armée de Bernadotte font aussitôt mouvement de Lübeck à Berlin, puis jusqu'à Posen. Elles se heurtent aux Russes à Golymin et à Pulstuck. Bernadotte le bat finalement à Morhingen. Et, conformément à ses ordres, il entreprend de se replier vers Thorn afin d'attirer les Russes à sa suite. Tandis que le gros de l'armée française avance à marche forcée vers l'est espérant couper l'adversaire de ses lignes de ravitaillement. Benningsen comprend la manoeuvre et fait précipitamment marche arrière. Les deux armées se rencontrent à Eylau le 28 février 1807. C'est une vaste tuerie sans avantage déclaré à laquelle le 1e Corps n’a pas pu participer. Après un tel carnage, les deux armées épuisées prennent leur quartier d'hiver, les Russes étant provisoirement repoussés à l'est. Ce répit est mis à profit par les Français pour prendre Dantzig (Gdansk): Il ne reste plus alors à la Prusse que Koenigsberg qui ne soit pas occupée. Les français attendent le printemps en Pologne, le long de la Vistule, de Varsovie à la mer; l'Empereur quant à lui prend ses quartiers en Prusse Orientale, le long d'un petit fleuve appelé le Passarge, dans l'angle que celui-ci forme avec l'Alle.

Murat fut fait maréchal (mai 1804), grand amiral et prince d'Empire (1805),

Les opérations reprennent au printemps 1807. Bernadotte a été blessé le 5 juin; il est remplacé à la tête du 1e Corps par Victor. Soult et Murat repoussent Benningsen à Heilsberg. Ce dernier fait alors marche arrière pour couvrir Koenigsberg et pour cela, remonte rapidement avec toutes ses forces la rive droite de l'Alle, bien protégé sur son flanc par cette rivière. Soudain, on lui apprend qu'une avant-garde française a pénétré dans la ville de Friedland sur la rive gauche. Il s’agit du maréchal Lannes qui a pour mission d’occuper Friedland pour le 13 au soir. Il n'hésite pas: croyant pouvoir exterminer cette avant-garde qu'il juge aventurée, il fait traverser par ses troupes le cours d'eau sur trois ponts et sur des ponteaux improvisés, le ruisseau du Moulin qui coupe la plaine de Friedland en deux.

Mais Bennigsen ignore que le reste des troupes françaises ne sont qu'à quelques heures de marche. Napoléon, lorsqu'on lui apprend la manoeuvre de l'ennemi, comprend aussitôt que ce mouvement le perd; il déclare alors: "on ne prend pas toujours l'ennemi en de pareilles fautes". En effet, les bords de l'Alle sont à cet endroit fort escarpés et les ponts étroits: une retraite ordonnée n'est dès lors plus possible. Le 14 juin 1807 a lieu la bataille de Friedland.

Les 4 compagnies du "8" affectées au 5e Corps commandés par le maréchal Lannes se trouvent parties prenantes. Lannes est établi à Posthenen. Il a pour mission d'interdire la route de Friedland où se tiennent les Russes, à Koenigsberg. Même s'il est en état de complète infériorité numérique: il n'a à opposer que 10000 hommes aux 70000 Russes qui franchissent les ponts de l'Alle. Il n’a d'autre ressource que d'utiliser au mieux le terrain. Les 14e et 18e Compagnies du 8e Régiment d'artillerie sont placées sur une légère élévation de terrain qui fait face à l'avancée des Russes. Tandis que deux bataillons de voltigeurs d'Oudinot sont postés dans les bois au centre de son dispositif. Le reste du 5e Corps est placé sur une élévation qui barrant la direction de Koenigsberg s'abaisse jusqu'au village de Hemrischdorf par lequel passe la route.

La lutte est héroïque de 4 heures 3O à midi, avant que les renforts n'arrivent. Les canons du «8» tirent sans arrêt. Ils réduisent d'abord au silence les canons russes qui tirent depuis la rive droite de l'Alle. Ensuite, ils démolissent un à un les carrés russes massés entre l'Alle et le ruisseau du Moulin. L'Empereur lui-même, dans le bulletin de la Grande Armée, rendra hommage à cette action après la bataille: "Les 14e et 18e Compagnies du 8e d'artillerie établies sur le plateau qui domine Posthenen ont fait les plus grands ravages parmi les troupes russes massées dans l'angle de l'Alle avec le ruisseau du Moulin". L'arrivée de Ney, Mortier et de la cavalerie de Grouchy, comme du 1e Corps commandé par Victor qui a remplacé Bernadotte, changent le sens du combat. L'Empereur donne l'ordre aux corps de Ney et de Dupont de s'emparer de la ville de Friedland. Mais la résistance russe les bloque dans leur avancée. Victor place les 30 pièces du "8" qui servent sous le Ier corps, les 1e, 2e et 6e Compagnies avec le Général Sénarmont au centre de son déploiement et les fait tirer à la mitraille, occasionnant des pertes énormes. Aussitôt le mouvement décisif s'opère; Ney avance vers l’entrée ouest de Friedland tandis que la division Dupont, qui a franchi le ruisseau du Moulin, aborde la ville par l’entrée Nord. La ville est prise dans un furieux corps à corps tandis que Lannes et Mortier, avec la cavalerie de Grouchy, ferment la boucle formée par l'Alle. Le Général russe Gortschakoff essaie en vain de reprendre Friedland et de briser l'étau. Car il lui est impossible de repasser les ponts de l'Alle qui sont battus par la mitraille des canons français. Enfin, vient le coup de grâce: le Maréchal Ney charge impétueusement et repousse dans l'Alle trois colonnes d'infanterie russes qui s'y noient.

La bataille est une victoire arrachée de haute lutte. Les Russes ont perdu 25000 hommes, 60 canons et 25 généraux. Le fait d'être nommément cité par l'Empereur dans le bulletin de la Grande Armée a valeur de citation. Ce qui explique pourquoi l'étendard du régiment s'enorgueillit de la mention « FRIEDLAND ». Trois compagnies du "8", les 1e, 2e et 3e, sont envoyées tenir garnison à Berlin, capitale d'une Prusse anéantie. Tandis que la 14e Compagnie rejoint la 18e devant Colberg, afin de participer au siège de Straslund en Poméranie suédois, qui capitulera le 21 août.

Le traité de Tilsitt le 7 juillet entérine le démembrement de la Prusse et marque le début d'une ère de paix avec la Russie. Néanmoins, l’appétit de puissance de Napoléon ne connaît plus de limites, et ses dernières victoires, bien loin de lui suffire, ne sont que le prélude à de nouvelles aventures: dès le mois de juillet le général Junot est envoyé soumettre le Portugal, pays traditionnellement allié de la Grande-Bretagne.

A titre indicatif, voici de quelles manières sont réparties les 22 compagnies du régiment à la fin de l’année 1807:

- A Berlin dans le 1e Corps sous Victor: 1e (Postdam), 2e (Spandau), 6e (Neu-Ruppin)
- A l’armée d’Illyrie: 3e (Stretto en Dalmatie), 4e Palma Nova (Italie), 7e (Spalato en Dalmatie), 9e (Zara en Dalmatie)
- A Lübeck, la 5e, dans le corps du Prince de Ponte-Corvo
- A l’armée des Côtes: la 8e (Cadzand), 10e (Ostende)
- A Boulogne, la 21e, 12e, 16e, 17e, 19e; Au Mont Lambert, à proximité, la 22e
- A Calais, la 15e
- A Prago (Grand-duché de Varsovie), la 11e
- A Ambleteuse, la 13e
- A Straslund, la 14e
- A Rostock, la 18e
- A Wesel, la 20e

Une inspection passée par le général Müller à Boulogne le 25 décembre 1807, révèle que l’effectif du régiment est alors de 2228 hommes. Il apparaît toutefois un déficit de 430 hommes pour que les compagnies soient complètes. L’appréciation d’ensemble mérite d’être relevée: «L’espèce d’hommes est superbe; le régiment est bien commandé, instruit, d’une brillante tenue et bien discipliné. » Avec une telle notation, il est clair que le régiment n’attendra pas pour être employé à nouveau par le régime.

3) Campagne d'Espagne

Sous le prétexte de renforcer l'armée du Portugal, l'Empereur ne cesse d'envoyer des troupes en Espagne qui occupent notamment Madrid. Mais le 2 mai 1808, "le dos de mayo", une insurrection populaire éclate. Murat exerce une terrible répression et fait procéder à l’abdication du roi d'Espagne Charles IV au profit du propre frère de l'Empereur, Joseph Bonaparte. C'est le signal d'un soulèvement populaire, vaste Vendée à l'échelle de tout un pays, qui assaille notre armée d'une guérilla impitoyable. Le 23 juillet, le Général Dupont se rend à Baylen avec 17000 hommes. L'effet moral est terrible pour la domination française en Europe. D'autant plus que Junot est vaincu à son tour au Portugal à Vimeiro le 21 août.

Après s'être assuré la neutralité du Tsar, Napoléon n'a plus d'autre ressource que de prendre lui-même les choses en main dans la péninsule et d'envoyer des renforts. Au début du mois de septembre, le premier Corps quitte Berlin sous les ordres du maréchal Victor, pour rejoindre l'Espagne. La 1e Compagnie du 8e RA est affecté au parc du Corps, la 2e à la 2e Division sous le Général Lapisse, la 6e à la 7e Division du Général Villotte. Ce dernier est prêté à Lefebvre dont le Corps se porte contre l’armée espagnole de Blake qui semble menacer la route de Bayonne. La journée du 31 octobre débute par une vive canonnade qui permet d’enlever la position de Zornoza. L’efficacité de son tir vaut des félicitations de la part du général au capitaine Michel commandant la 6e Compagnie. Bilbao est ensuite occupé, tandis que la 2e Division s’était emparée de Balmaseda.

Campagne d’Espagne

Le 1e Corps se reforme sur la route de Vittoria. L’artillerie est provisoirement abandonnée dans la plaine tandis que Victor poursuit Blake dans la Montagne. L’armée de ce dernier est annihilée le 11 novembre. Puis, l’armée reprend la direction de Madrid.

Le 30 novembre 1808, les 2e et 6e Compagnies soutiennent de leur feu la charge héroïque des lanciers polonais de Montbrun qui enlèvent la position pourtant jugée inexpugnable de Somo Sierra. Le lieutenant Gibon de la 2e Compagnie y perd la vie. Mais la route de Madrid est ouverte. Le deux décembre, le Général Sénarmont dispose l’artillerie du 1e Corps en vue de battre les murs de l’ouvrage de Buen-Retiro, qui est enlevé d’assaut le 3. Et le 4 décembre la ville est de nouveau sous notre contrôle. Début janvier, Victor prend la direction de Cuenca où le Duc de l’Infantado réunit de nouvelles troupes. Le 12, il arrive à Tarancon. Et le 13, il se porte contre les Espagnols qui tiennent la ville d’Uclès. Il avance si vite que l’artillerie retardée ne peut le suivre, et sans soutien, son infanterie prend la ville d’assaut. Les fuyards espagnols empruntent malencontreusement les gorges de l’Alcazar par où arrive à son rythme l’artillerie commandée par le Général Sénarmont. Ce dernier, voyant la menace, imperturbable, fait disposer ses canons en carré et écrasent à la mitraille les Espagnols; de fait, les 1e et 6e Compagnies du 8e RA, ont donc bien participé à la bataille d’Ucles, même si c’est avec un léger contretemps! Puis Victor s’empare de Cuenca, avant de regagner Madrid.

A la fin du mois de février 1809, le premier Corps descend le cours du Tage. Le 28 mars, il franchit le Guadania et se dirige vers l’Ortigosa où se tient une armée espagnole commandée par Gregorio de la Cuesta. Victor fait escalader le plateau sur lequel se tiennent les Espagnols. Une batterie de 10 bouches à feu où est présente la 6e Compagnie est mise en avant des troupes. Aussitôt elle tire à la mitraille. Chargée, elle ne se démonte pas et continue à tirer avant que la cavalerie du Corps ne les prenne de flanc et réduise la menace. Le Corps peut enfin avancer sur le plateau. La batterie vient se porter dans la direction de San-Benito et écrase de son feu l’infanterie massée sur les ponts. Tandis que la cavalerie entreprend un mouvement tournant, qui enveloppe les Espagnols rescapés, mettant ainsi un terme à la bataille de Medellin.

Mais deux nouvelles armées font leur apparition, une anglaise sous Wellesley, une Espagnole sous Gregorio de la Cuesta. Victor doit rétrograder et abandonner sa marche vers Séville. Une indécise bataille a lieu à Talavera le 28 juillet. Le combat commence au signal de l’artillerie commandée par le Colonel d’Aboville. Les positions anglaises sont sévèrement bombardées mais sans résultat décisif. Il appartient au maréchal Soult de les battre véritablement à Ocana. La marche vers l’Andalousie est enfin possible. Il ne faudrait pas s’imaginer que la guerre d’Espagne se présente toujours sous cet aspect. Certes des engagements limités se succèdent opposant des troupes régulières à d’autres unités réglées. C’est également un temps où la guérilla s’exerce à plein. C’est ainsi que le Lieutenant en 1er Gibon, parti le 17 octobre 1809 de Villarubia vers Alcazar de San-Juan, disparaît avec 5 soldats sur la route, sous les coups supposent-on alors des «contrebandiers», appellation de l’époque servant à désigner les partisans.

Le 1er février 1810, Victor prend Séville. Le 5, il arrive devant Cadix. La tâche est compliquée par les formidables défenses de la place. Sénarmont est contraint avant toute chose, de faire fondre des pièces de gros calibres dont il est dépourvu, à Séville. Les compagnies du «8» sont affectées à cette tâche sans gloire et dangereuse. La 1ère compagnie, sévèrement éprouvée depuis le début de son engagement en Espagne, sera rappelée au dépôt régimentaire en juin 1811.


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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 11:55

La paix qui règne en Europe continentale depuis Wagram a permis à l’Empereur d’envoyer des renforts dans la péninsule. D’abord le 8e Corps à la fin du mois de janvier 1810, avec la 11e Compagnie dans la division du Général Clauzel. Le 6e Corps ensuite commandé par Ney, et le 2e Corps sous Reynier. Les 8e, 6e et 2e Corps sont mis à la disposition de Masséna dans sa campagne dirigée vers le Portugal où ont pris position de nombreuses troupes anglaises. Le 6e Corps met le siège devant Ciudad Rodrigo au mois de mai 1810. Le Colonel Digeon, qui commande l’artillerie du 6e Corps, appelle la 11e compagnie de son régiment pour l’aider dans sa tâche. Le 24, Masséna arrive devant la place et estimant les travaux d’investissement insuffisamment avancés, confie la direction générale des travaux au Général Eblé. Le 28, la brèche est jugée praticable. Mais la contrescarpe tient toujours. Il faut creuser des galeries de mine. Le 9 juillet l’assaut final est déclenché.

Le 15 août, le 6e Corps ouvre la tranchée devant Almeda. La 11e Batterie est une nouvelle fois appelée à la rescousse. Douze batteries armant 64 pièces sont construites. Le feu commence le 26 au matin. Le soir une bombe fait exploser le magasin à poudre. La ville se rend le lendemain. Almeda et Ciudad Rodrigo sont remises rapidement en état pour servir de bases arrière à l’expédition du Portugal. Et le 16 septembre, Masséna fait franchir la frontière à son armée qui avance en trois colonnes, le 8e Corps avec la 11e Compagnie, formant l’aile droite du dispositif. Le 27, Masséna est arrêté sur les hauteurs de Busaco. Le combat est extrêmement violent. Le 8e Corps mis en réserve assiste au combat en spectateur. Jusqu’à ce que Montbrun trouve un passage qui permet de débucher sur Coïmbre en tournant la position de Busaco. Le 8e Corps n’a plus qu’à s’engouffrer et il débouche sur la plaine le 29: les anglais n’ont plus qu’à se replier. Le 11 octobre, Masséna arrive devant les formidables lignes fortifiées de Torrès. Sans renfort, il lui est impossible d’engager le combat avec de bonnes chances de réussite. Il fait donc marche arrière et est de retour sur le Tage le 14 novembre. Puis son repli s’accélère jusque retourner en vieille Castille.

Les combats reprennent l’année suivante. La 2e Compagnie se distingue brillamment à la Bataille de Chiclana le 5 mai 1811. Le siège de Tarragone occupe le mois de mai 1811. Lors de ce dernier siège, les compagnies du "8" ont d'abord pour mission de battre en brèche le fort d'Olivio, principal point d'appui de la défense de Tarragone. Le 27 mai, les canonniers du établissent leur batterie; la garnison du fort tente une sortie le même jour qui est repoussée vigoureusement. Le 28 la canonnade commence et lendemain la brèche est jugée suffisamment praticable pour que les fantassins puissent l'enlever d'assaut. Dès qu'il est maître du fort de l'Olivio, le Général Suchet, s'attaque au siège de Tarragone proprement dit. Les canons du "8" sont toujours de la partie et le 16, ils ruinent l'ouvrage avancé dénommé la "Lunette du Prince". Le 21, les trois brèches ouvertes permettent un assaut général de la place qui succombe.

De fait jusqu'en 1814, aucun avantage décisif ne pourra être obtenu. Les succès relatifs alternent avec les défaites sans gloire jusqu'à l'effondrement final concomitant avec la campagne de France.

4) La campagne de 1809

L'Autriche, tant de fois battue, reprend la lutte croyant pouvoir saisir l'opportunité de la guerre d'Espagne. Tant et si bien que Napoléon 1e repart en guerre en 1809 contre l'Autriche. Les 14e et 18e Compagnies sont rattachées au 3e Corps commandé par Davoust. Le colonel Aubry, reçoit l’ordre de rejoindre l’armée également pour y être adjoint au général Songis qui commande en chef l’artillerie. Masséna opère sa concentration à Augsbourg Davoust à Ratisbonne. Ce dernier reçoit l’ordre de se porter vers Neustadt; il ne laisse qu’un régiment d’infanterie pour garder la ville. Mais l'armée autrichienne commandée par l'Archiduc Charles marche vers Ratisbonne en passant au sud du Danube tandis que son lieutenant, Bellegarde passe par la rive Nord. Le maréchal Davoust qui marche en avant garde manque de se faire écraser entre les deux Corps autrichiens. Il fait marche arrière rapidement et bouscule les Autrichiens à
Tengen le 19 avril; l’artillerie un moment retardé, se porte sur un mamelon et arrête par son feu l’effort du Corps commandé par Hohenzollern qui devenait dangereux.
Le 2O, Napoléon qui est parvenu à concentrer ses troupes, les bat à Abensberg. Coupés en deux, les Autrichiens, sont écrasés à Landshut par Lannes et Masséna et l'armée de l'Archiduc Charles à Eckmühl par Davout. Dans son élan, ce dernier reprend d'assaut Ratisbonne. Pour venger le malheureux 65e RI qui y a été fait prisonnier, l’ordre est donné de disposer en une seule vaste batterie tous les canons des Corps de Davoust et de Lannes. La canonnade est le prélude à l’assaut.
En 5 jours, à Tengen, Abensberg, Landshut, Eckmühl et Ratisbonne, les Autrichiens ont perdu 40000 prisonniers et 100 canons. Les compagnies du "8" se distinguent successivement à Abensberg le 20 avril et surtout à Eckmühl le 22. Lors de cette bataille le Maréchal Lefebvre félicite le capitaine Ferry qui commande la 18e Compagnie pour l'efficacité de son tir lorsqu'il voit, un caisson autrichien exploser sous le coup d'une pièce pointée par l'artificier Decroix. Il attache lui-même la légion d'honneur sur la poitrine de ce dernier.
Vienne tombe, mais d'autres armées autrichiennes arrivent à la rescousse. L'armée française échoue dans sa traversée du Danube le 21 mai. Les nôtres sont exposés aux coups de 90000 Autrichiens et de 3OO canons tandis que nos propres pièces sont restées sur l'autre rive. Ce sont pour les compagnies du "8" engagées dans les Corps de Lannes et Masséna, les batailles d'Essling et d'Aspern le 22 mai, une bataille à distance où elles ne peuvent apporter qu'un soutien insuffisant à nos troupes engagées. Deux compagnies du Corps de Davoust toutefois, les 14e et 18e, sont confiées au Général Aubry le 20 au soir et sont affectées à la construction d’un des deux ponts sur le petit bras du Danube qui, depuis l’île Lobau, doivent permettre le franchissement du fleuve aux armées françaises. Le 21, l’archiduc Charles attaque les têtes de pont. Lannes perd et reprend 13 fois Essling. Les canonniers abandonnent même leur pont et se postent dans un fossé où ils font le coup de feu. Au soir de la bataille, Lannes est ramené mourant. Les têtes de pont d'Essling et d'Aspern sont repoussées. Le chef de Bataillon Deschamps du 8e RA, blessé, a été fait prisonnier, un sergent et 6 canonniers tués dans la défense d’Essling.
Napoléon attend pour mieux préparer sa traversée. Le Général Marmont le rejoint avec l'armée de Dalmatie dont trois compagnies du "8" (3e, 9e et 7e). Le 5 juillet, il passe par surprise sur l'autre rive du Danube. Désormais les Autrichiens ne peuvent plus esquiver un nouveau combat décisif qui a lieu à Wagram le 6 juillet. Davoust est placé à Neusiedel en face de l’aile gauche adverse. Il rassemble son artillerie en avant de ses lignes. Le feu de ses 60 canons ébranle les lignes adverses; il parvient dès lors à tourner l’aile qui lui fait face. Napoléon lance alors sur son centre une formidable colonne de 21 bataillons flanquée sur ses ailes par deux divisons de cavalerie. Une immense batterie de 8O canons, qui regroupe l’artillerie de la garde, celle des Bavarois, et la réserve d’artillerie de l’armée avec les 8e, 12e et 17e Compagnies du 8e RA, sous les ordres du général Drouot, prépare le terrain. Face à ce formidable bélier l'armée autrichienne est coupée en deux. Davoust pousse jusqu'à Wagram et s'en empare tandis que sur l'autre aile, Masséna reprend Essling.

A Wagram, que l'Empereur qualifie de "bataille à coup de canons", le rôle de l'artillerie notamment fut prédominant: l'armée française concentra ainsi pour la première fois 400 bouches à feu. A un titre ou à un autre, 9 compagnies du régiment ont pris par à cette bataille. Le colonel Aubry, est fait général après la bataille. Il est remplacé au commandement du 8ème Régiment d’artillerie par le Colonel Digeon, qui commande l’artillerie du 6e Corps de l’armée d’Espagne où les combats continuent. Il est à noter que l’étendard du Régiment a porté l’inscription de «WAGRAM» après cette bataille fameuse; le souvenir en a néanmoins été perdu depuis.

A Znaïm le 11 juillet, une dernière armée autrichienne est battue. L'Autriche est amenée une nouvelle fois à demander la paix.

Tandis que l’armée française est presque entièrement occupée sur le Danube, la flotte britannique se présente le 29 juillet devant l’embouchure occidentale de l’Escaut. Le Général Rousseau qui tient l’île de Cadzund avec la 19e Compagnie notamment, leur interdit toutefois de débarquer. Aussitôt toutes les compagnies disponibles du 8e RA font mouvement dans la zone. Les 10e, 13e et 16e Compagnies qui faisaient route vers l’Allemagne font demi-tour et gagnent Anvers. La 15e Compagnie se porte à Bruges.Et la 22e Compagnie, depuis Boulogne, vient prendre position à la batterie Marguerite à Terneuse. Le 12 août, Flessingue est bombardée par l’escadre; le 16 elle capitule. Le même jour, débute l’attaque de Terneuse. Un boulet atteint le magasin de poudre de la batterie Marguerite qui explose. L’Adjudant major Coquès, un sergent-major et plusieurs canonniers, tous de la 22e Compagnie sont tués. Mais la concentration de troupe réalisée en peu de temps par les Français rend illusoire un quelconque débarquement britannique; si bien que l’amiral Chattam doit se résoudre à mettre les voiles.

A la fin de l’année 1809, à l’apogée de l’Empire, voici quelle est la répartition géographique des différentes compagnies du régiment:

- 1e Compagnie, à Tolède, avec un détachement à Somosierra
- 2e Compagnie, à Tolède, avec un détachement à Madrid
- 3e Compagnie, à Passau au grand parc de l’armée d’Allemagne
- 4e Compagnie, à Trieste, avec un détachement à Palma Nova
- 5e Compagnie, à Augsbourg
- 6e Compagnie, à Tolède
- 7e et 9e Compagnies, à Passau, au grand parc
- 8e compagnie, à Lintz, avec le 2e Corps
- 10e compagnie, au Fort de Lillo près d’Anvers
- 11e Compagnie, à Bayreuth, en partance pour l’Espagne
- 12e et 17e compagnies, à Scharding, au grand parc
- 13e compagnie, à Anvers
- 14e et 18e compagnies, à Moelk, avec le 3e Corps
- 15e Compagnie, à Breskens dans l’île de Cadzand
- 16e et 19e Compagnies, au fort de Batz près d’Anvers
- 20e Compagnie, à Wesel
- 21e, dans l’île de Cadzand
- 22e, à Boulogne, revenue de Terneuse en octobre.

5) La campagne de Russie

A la fin de l’année 1811, avant que Napoléon ne reparte en guerre, voici de quelle manière les compagnies du 8e Régiment d’artillerie sont employées. Au mois d’août, le dépôt régimentaire a été porté de Boulogne à Douai, puis en décembre, de cette ville à Anvers.

- A Anvers, l’état-major, le dépôt et la 1è Compagnie.
- A Boulogne, la 10e Compagnie
- Devant Cadix, les 2e et 6e Compagnie
- Avec l’armée du Portugal, la 11e Compagnie.
- En Hollande, 3e, 4e, 5e, 7e, 8e, 9e, 19e Compagnies.
- En Allemagne, les 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 17e, 18e, 20e, 21e, 22e Compagnies.

Au commencement de 1812, avant que ne soit déclenchée la guerre contre la Russie, l'implantation géographique des 22 compagnies du régiment se présente de la manière suivante;

- Avec l'armée de Russie (Grande Armée): 1e, 4e, 17e, et 18e Compagnie. Six compagnies, de la 10e à la 16e Compagnie intègrent l’artillerie de la vieille Garde. La 13e, avec une autre compagnie, est adjointe à la première Division. Les 10e et 16e Compagnies, au parc d’artillerie des vieilles et jeunes gardes impériales. Les 12e, 14e et 15e, sont annexées à ce même parc sous le titre «d’auxiliaire de la ligne». Toutes ces compagnies feront l’intégralité de la campagne de Russie. La 17e est envoyée à Straslund, la 18e au parc général de la Grande armée.

- Avec l'armée d'Espagne deux compagnies : la 2e et la 6e.

- Avec l’armée du Portugal: la 11e Compagnie.

- En Hollande six compagnies : 3e, 5e, 7e (Görëe), 8e, 9e et 19e.

- Au dépôt à Boulogne, les 20e et 21e Compagnies.

En outre, l’Empereur ordonne aux 8 compagnies disponibles et au dépôt de former au maniement des canons le personnel d’une compagnie pour chacune des six cohortes du premier ban de la Garde Nationale. Ces six nouvelles compagnies seront officiellement annexées au Régiment le 21 janvier 1813, prenant les numéros 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Leur instruction n’aura duré que du mois d’août au mois de septembre 1812. Toutefois, elles ont le mérite dès le mois de septembre, de libérer les anciennes compagnies du 8e Régiment d’artillerie des tâches statiques auxquelles elles étaient affectées. Les 20e et 8e Compagnies ainsi, peuvent rejoindre la 17e à Straslund en Poméranie.

Excédé par les menées expansionnistes de Napoléon, le Tsar Alexandre déclare la guerre à la France. Napoléon réunit une immense armée composée de 11 corps et de 540000 hommes. Commence donc pour les dix batteries affectées à la Grande Armée, dans le 4e Corps, sous le Prince Eugène, et dans le 2e Corps, sous le maréchal Oudinot, la désastreuse campagne de Russie. Le Niemen est franchi le 24 juin.

Le 16 août, la Grande Armée arrive devant Smolensk dans laquelle le Général russe Bagration s’est réfugié. La réserve d’artillerie de la Garde est placée sur la route de Micislaw. Elle inflige de lourdes pertes aux Russes qui refluent dans les fossés de l’enceinte de la ville. Le général Sorbier place la réserve d’artillerie de telle sorte qu’elle puisse balayer les fossés en enfilade. Les Russes renoncent alors au combat et se réfugient dans la ville. Les pièces d’artillerie sont alors dirigées contre l’enceinte elle-même, sans que cela produise de résultats significatifs. Le 18 août, les Russes ayant évacué la ville de nuit, les troupes françaises peuvent s’en emparer. L’Empereur quitte la ville avec la Garde le 24 et se dirige vers Moscou.

Arrivé aux abords de Moscou, à Borodino, survient l'affrontement décisif. Mais cette fois, les Russes ont choisi et préparé le terrain. Ils ont regroupé 120000 hommes et 600 canons qu'ils entendent bien opposer aux 130000 hommes de l'armée française et à leurs 400 canons. Par ailleurs, ils se sont retranchés dans deux points d'appui que l'armée française doit prendre d'assaut. A droite, la grande redoute où se sont retranchées les batteries du général Rajewski. A l’extrémité gauche, l'ennemi occupe un triple ouvrage défensif appelé les "trois flèches" sous le commandement de Bagration. Le 6 septembre, la journée est utilisée à préparer fébrilement la bataille. La réserve d’artillerie de la garde est chargée de construire les épaulements de trois grandes batteries. A droite sont placées les 12e, 14e et 15e Compagnies en vue de battre les Trois Flèches. Au centre, les 10e et 16e Compagnies, afin de tirer sur la Grande Redoute. A gauche, enfin, la dernière batterie doit battre la position tenue par le général Gorki.

Le 7 septembre à 5 heures 30, la canonnade commence sur l'ouvrage russe situé sur la gauche du dispositif. A ce signal, l'autre aile ouvre le feu à son tour. Mais le général Sorbier s'aperçoit que ses canons sont situés à une trop grande distance et ne peuvent donc battre en brèche les Trois Flèches. Les canonniers quittent alors bravement leurs épaulements et poussent à bras leur canon jusqu'à pouvoir tirer d'une distance convenable. Dans une formidable poussée les français débutent la bataille en enlevant les villages de Borodino et de Semenov Ski à l'instar de la grande redoute enlevée par les cuirassiers de Murat, et des Flèches de Bagration. Napoléon commet l'erreur de ne pas employer ses réserves pour assurer les points pris. Une redoutable contre-attaque russe refoule les soldats de la Grande Armée sauf aux Flèches de Bagration qui sont conservées. Le général Caulaincourt avec cinq régiments de cavalerie attaque la Grande Redoute par le ravin de Semenovski tandis que les fantassins d'Eugène en escaladent les parapets et reprennent la position. Le soir, la victoire appartient à Napoléon. La journée s’achève par une canonnade générale sur la route de Borodino où s’entassent les Russes. Les pertes sont immenses. L'armée russe est certes réduite à 50000 hommes mais nos pertes sont également considérables. Le régiment quant à lui, a deux officiers tués et 5 blessés, 22 canonniers tués et 48 blessés. Mais l'armée victorieuse peut pénétrer dans Moscou abandonnée par sa population. Napoléon fait son entrée le 15 au matin.

Des incendies criminels sont allumés partout et l'armée manque de provisions. Lorsque les premiers flocons de neige commencent à tomber le 13 octobre, la décision de l'Empereur est prise: il faut faire retraite et regagner la Prusse. La Garde suivie de sa réserve d’artillerie prend la tête de l’armée après le combat de Malo Jarolowitz et continuera à ouvrir la voie jusqu’à la fin. Les pentes sont gelées; les chevaux épuisés glissent et ne peuvent franchir les obstacles. Les canonniers en sont réduits à sacrifier les caissons en les faisant sauter; déjà des canons sont abandonnés, les hommes eux-mêmes commencent à disparaître. Le 12 novembre, la garde est à Smolensk; elle en repart le 14. Le 16, elle décide d’attendre le reste de l’armée à Krasnoë. Le gros de l'armée est déjà passé quand les Russes coupent la route de la retraite. Eugène le premier qui force le passage à la baïonnette est sauvé par un renfort de la jeune garde impériale que Napoléon lui envoie. Le lendemain, le scénario se répète pour le corps de Davoust. La première compagnie du 8e Régiment d'artillerie soutient en cette journée du 17 novembre un violent combat avec le reste du corps d'armée. Elle cesse le tir et ne se replie à son tour que lorsque toutes ses munitions sont tirées, ayant perdu au combat la moitié de ses canonniers. De partout, les bandes cosaques assaillent l’armée en déroute. Du 28 octobre au 12 novembre, dans les environs de Smolensk, le régiment perd 24 hommes, morts, disparus, faits prisonniers ou «assassinés».

Les 27 et 28 novembre, les débris des compagnies encore opérationnelles du 8e d'artillerie luttent avec les maréchaux Oudinot et Victor pour permettre à l'armée débandée de franchir la Berezina. Le 26 au matin, la garde dispose encore de 40 canons. Ils sont mis en batterie pour protéger le travail des pontonniers. Dans l’après-midi du 26, la garde franchit le fleuve, et derrière elle, l’artillerie. Le 28 cette dernière ouvre le feu par dessus la rivière contre l’artillerie de Wittgenstein. Ce seront les deniers coups de la campagne. Après, ce n'est plus que le récit de la longue fuite vers le Niemen, d'une armée en déroute, assaillie par les cosaques et mourant de froid et de faim. Le 29 novembre, le froid atteint moins 24°C. Les chevaux meurent de froid, les cavaliers démontés marchent, les canons, quant à eux, faute d'attelage, sont abandonnés. L’Empereur lui-même a quitté son armée le 5 décembre. Wilna, Koenigsberg, Dantzig sont successivement atteintes mais il est hautement illusoire de s’essayer à retracer un quelconque itinéraire: l’armée n’existe plus.
A son retour en Prusse, la grande armée a disparu. On a pu calculer que 420000 hommes avaient franchi le Niemen quelques mois auparavant, 100000 hommes en renfort les ont rejoint. Il n'y a que 18000 hommes qui franchissent le fleuve en retour: enlever les quelques 100000 prisonniers ou déserteurs, ce sont de 200000 à 300000 hommes qui jonchent de leur cadavre la steppe russe. La Garde Impériale elle-même est réduite à 500 hommes à son arrivée à Koenigsberg.
6) La campagne d'Allemagne

Après la retraite de Russie la puissance de l'Empire n'est plus. Toutes les anciennes puissances européennes vaincues relèvent la tête et s'associent à la Russie. La Suède et la Prusse en particulier rejoignent les coalisés dans leur campagne d'Allemagne. Dès leur rentrée dans une zone apaisée, le colonel Digeon, le chef de corps, n'a de cesse que de réorganiser et de recompléter ses compagnies. Dans l’urgence, les 6 compagnies du 1e Ban sont intégrées au Régiment. Le Prince Eugène, avant d’abandonner la Vistule et l’Oder, s’empresse de garnir les places fortes de la région. Les 3e et 17e Compagnies restent à Straslund. Les 7e et 8e vont à Stettin. La 4e à Glogau. La 21e à Dantzig. Straslund se rend le 19 mars. Dans une situation adressée par le Prince Eugène au major général Berthier le 23 mars, ces deux compagnies sont mentionnées comme «ne comptant plus». Un mémoire daté du 1e avril, rédigé par le général Sorbier, révèle les informations suivantes. Les 1e et 13e Compagnies revenues de Russie et renforcées d’éléments isolés présents à Berlin, sont affectées au 11e Corps d’armée sous le commandement de Mac-Donald. Les 14e, 15e, 18e et 20e Compagnies, insuffisamment complétées restent au parc général de Magdebourg. La 20e seule suivra la garde impériale dans la campagne de 1813. Il faut bien considérer que dès cette époque, l’épuisement en hommes est réel: au premier juin 1813, 19 officiers, appartenant aux 1e, 3e, 10e, 12e, 13e, 14e, 15e, 16e et 17e Compagnies, sont marqués sur les registres du corps comme étant prisonniers de guerre. Les 13e et 16e Compagnies présentent au printemps un effectif nul, la 10e, un canonnier, la 18e neuf, la 14e et la 15e respectivement 20 et 26 hommes.

MacDonald quitte Berlin et gagne Mersebourg le 29 avril. Il arrive à temps pour participer à la bataille de LUTZEN le 2 mai. Il flanc-garde à gauche l’armée. Les 1e et 13e Compagnies depuis Eisdorf canonnent le Prince de Wurtemberg. Les ailes progressent. Seul le centre un moment fléchit. Aussitôt la Garde est envoyée en renfort, avec la 20e Compagnie qui participe à une batterie formée de 80 canons placée en avant du village de Starsiedel. La cavalerie ennemie est arrêtée et son infanterie dangereusement prise de flanc. A 8 heures du soir, malgré l’arrivée de Blücher, l’armée coalisée bat partout en retraite. La menace est provisoirement rejetée au-delà de l’Elbe. C’est le premier succès des armées impériales depuis la Russie.

Le 5, l’armée arrive à Kölditz sur la Mulde sur les talons de l’arrière garde prussienne. Le 11e Corps franchit la rivière. Et met en place une batterie de 20 pièces, avec la 13e Compagnie, qui, se plaçant le long de la route, oblige les Prussiens à fuir, accablés par sa mitraille.

Le 8, la vieille ville de Dresde est évacuée par les Russes. Le 9, L’Empereur donne l’ordre de passer le fleuve qui baigne la ville à Presnitz. L’artillerie de la garde avec la 20e compagnie se place sur les hauteurs et protègent le mouvement. Les russes, menacés d’être tournés, évacuent précipitamment la nouvelle ville de Dresde. Le 11e Corps l’occupe le soir même avant de se lancer à la poursuite des russes.

Le 20, l’armée arrive devant Bautzen. La 13e Compagnie est appelée pour faire sauter les portes de la ville; toutefois Marmont préfère pour pénétrer dans la ville faire escalader une partie plus accessible de l’enceinte de la ville à gauche du pont de pierre qui y mène. Le second acte de la bataille se déroule le lendemain. Le 11e Corps occupe le centre du dispositif. Au signal de l’attaque latérale emmenée par Ney, le 11e Corps s’élance au son du canon. La bataille s’achève par le bombardement grâce à l’artillerie réunie des Corps de Marmont et de Mac-Donald du village de Kretckwitz occupé par Blücher. Les pertes de ce dernier sont considérables. A La fin du mois, l’Oder est atteint. Victor peut enfin dégager Glogau dans laquelle la 4e Compagnie est assiégée depuis cinq mois. Le 29 mai, un armistice, dit de Pleiswitz, est décrété entre les belligérants. Stettin, où sont les 7e et 8e Compagnies du régiment, et Dantzig, avec la 21e peuvent enfin être ravitaillées.

Ce répit permet à l’Empereur de se renforcer. Si le régiment n’a été représenté dans la première partie de la campagne que par trois compagnies, dès le 15 juin, 6 nouvelles compagnies redevenues opérationnelles viennent le renforcer. Il faut bien se rappeler que l’Empereur est aux abois: des moyens extrêmes sont utilisés pour prévenir à reformer des unités opérationnelles. Ainsi, la 10e Compagnie est remise sur le pied de guerre en incorporant 84 hommes venus des régiments d’artillerie de marine. En avril déjà, la 11e Compagnie de l’armée du Portugal était rentrée au dépôt. Elle a versé son personnel survivant à la 22e Compagnie, dans l’attente d’être reformée ultérieurement. En tout cas, au 1e juillet 1813, le régiment a regagné un effectif de 3118 hommes. La performance réalisée par le dépôt, aidé il est vrai par d’autres expédients que nous avons signalés, n’est pas mince quand nous considèreront que ce même effectif n’était encore que de 2124 au mois d’avril.

Par ailleurs, la portion centrale du régiment recréé les compagnies perdues à Straslund sous le nom de 3e bis et 17e bis.

Tant et si bien que la situation au 1e août 1813 se présente de la manière suivante pour le régiment:

- La 1e au 12e Corps sous Oudinot
- En Espagne, les 2e, 22e et 6e compagnies
- La 3e bis au 13e Corps de Davout avec les 14e et 18e
- La 4e à Glogau
- La 5e à Hambourg
- Les 7e et 8e à Stettin
- Les 9e, 27e et 28e à Mayence dans le 1e Corps de réserve
- La 10e sous Marmont au 6e Corps
- La 11e, à Wurtzbourg dans le Corps de Bavière sous Augereau
- La 12e, dans la 5e Division du 2e Corps sous Victor
- La 20e, au 11e Corps sous Mac-Donald
- La 16e et la 26e au parc général à Magdebourg
- La 19e à Flessingue
- La 21e à Dantzig
- La 23e au Helder en Hollande
- Les 24e et 25e Compagnies à Cherbourg
- La 26e à Magdebourg

Le 15 août, les hostilités reprennent. Le 24 août, Oudinot avec les 4e, 7e et 12e Corps, est battu à Gross Boeren. Le capitaine Guidon de la 13e Compagnie, blessé pendant l’action est fait prisonnier. Le 12e Corps est alors dissout; la 1e Compagnie est rattachée à la réserve d’artillerie du 4e Corps. Les 6 et 7 septembre, c’est au tour de Ney d’être battu à Dennewitz: il est contraint de rétrograder jusqu’à Torgau. Toutefois, rien de décisif n’est joué. Pendant un mois l’Empereur cherche alternativement en Bohème et en Silésie la bataille mais l’adversaire se dérobe sans cesse. A la fin, voyant que ses communications menacent d’être coupées, il se porte d’un bloc à Leipzig, laissant une forte garnison à Dresde, qui comprend les 1e, 14e et 15e Compagnies. Toutefois, Augereau l’ayant rejoint, ce seront tout de même 6 compagnies du Régiment qui participeront à la bataille des 16 et 18 octobre. La 10e Compagnie, placée avec l’artillerie de Marmont sur le plateau de Mockern est très durement éprouvée. A l’instar des 13e et 20e Compagnies qui, le 18, n’ont pas encore franchi le pont de Leipzig lorsqu’il saute. Nous, disposons fait rarissime, d’un état du personnel des 6 compagnies engagées à la date du premier novembre.

- 1e Compagnie, attachée au 4e Corps: 46 hommes
- 1e Compagnie, attachée au 6e Corps: 40 hommes
- 13e Compagnie, attachée au 7e Corps: 50 hommes
- 20e Compagnie, attachée au 11e Corps: 57 hommes
- 9e Compagnie, du Parc Général, 36 hommes
- 12e Compagnie, du Parc Général: 51 hommes

La suite de la campagne n’est plus que le récit de la fuite des débris d’unités élémentaires vers le Rhin. Toutefois, d’autres compagnies ont été laissées sur l’Elbe et l’Oder. A Hambourg, Davoust ne se rendra que lorsqu’il apprendra par un général français la chute de l’Empire. Avec lui sont enfermées dans la ville les compagnies suivantes: 3e bis, 5e, 14e, 17e bis et 18e. A Magdebourg, le général Lemarrois agira de même avec les 16e et 26e compagnies. La 15e se rendra à Dresde le 11 novembre. Stettin capitulera avec les 7e et 8e compagnies le 5 décembre après un blocus de 9 mois. La 21e Compagnie, à Dantzig, sera de même faite prisonnière après un siège d’un an. Enfin, la 4e Compagnie suivra dans sa chute la garnison de Glogau le 10 avril 1814.

L'armée d'Espagne, vaincue et assaillie de toute part ne peut se maintenir plus longtemps et doit repasser précipitamment la Bidassoa après le désastre de la Vittoria le 21 juin. A la bataille de la Vittoria, le général Tirlet se voyant dans l’impossibilité de sauver le matériel de l’artillerie, l’abandonne au profit de la sauvegarde des hommes et des équipages. Les 2e, 22e et 6e Compagnies se retrouvent de fait sans emploi. Soult décide de l’évacuation de l’Espagne le 31 août. La 2e reste assiégée dans Bayonne. Les deux autres compagnies regagnent Vincennes.

Sur le Rhin, la situation ne s’améliore guère. Victor lui-même doit se replier sur les Vosges, Marmont à Strasbourg, mais en vain puisque les autrichiens passent traîtreusement par la Suisse. Les 27e et 28e Compagnies abandonnent Mayence pour Landau, les 9e et les 20e gagnant Thionville.

Avec l’année 1814, Napoléon aux abois met tout en oeuvre pour se procurer de nouvelles ressources en homme. Le baron Caron, nouveau chef de corps reçoit l’ordre le 1e octobre de former de nouvelles compagnies pour remplacer celles du cadre régulier encerclées ou disparues. C’est ainsi qu’une 4e bis prend position dans l’île de Walcheren; Puis une 7e bis, une 8e bis, et une 21e bis qui s’installent à la citadelle d’Anvers. Le 12 janvier la 7e bis et la 21e bis combattent d’ailleurs l’armée de Von Bülow à la bataille de Merksem. Le 22 janvier, trois nouvelles compagnies, les 29, 30, et 31e, sont rattachées au régiment à partir des canonniers garde-côtes de Boulogne, Nantes et Cherbourg. Le dépôt lui-même a quitté Anvers pour Vincennes le 8 février 1814.

Les canonniers du "8" participent encore aux batailles de Craonne, avec les 6e, 11e et 13e Compagnies sous les ordres du prince de la Moskowa le 7 mars, de Laon et enfin sous les murs de Paris. La 31e Compagnie a rejoint les 1e et les 12e Compagnies dans le parc général avant la bataille de Meaux.

Dans une situation adressée au général Neigre, il est noté que le personnel de la 6e Compagnie est réduit à 39 hommes, la 13e à 26, et la 10e à 13.

L'Empereur fait ses adieux à la garde le 20 avril 1814 dans la cour du palais de Fontainebleau et gagne son exil de l'île d'Elbe. Si nous voulions dresser un bilan de l’action du régiment, nous n’aurions qu’à nous reporter à l’état nominatif des capitaines du régiment daté du 20 juin 1814: Sur 83 théoriques, il n’y en a que 46 de présents: 33 au moins sont encore déclarés prisonniers de guerre.

Les compagnies du 8e Régiment d'artillerie subsistantes sont à l'abdication dispersées à Laval, Evreux, Nevers et Le Havre. Seule la 25e Compagnie, issue des cohortes hollandaises, est renvoyée immédiatement à Breda. La 30e rejoint Cherbourg, La 31e Nantes, et la 29e Boulogne. Les autres compagnies sont rassemblées ensuite à Douai, avec en plus la 6e Compagnie de l’artillerie à pied de la vieille garde. Sauf la 21e qui le 24 août embarque pour la Martinique. Le 1e septembre le lieutenant général Baron de Taviel dissout le régiment pour le recréer sous la forme d’un état major et de 21 compagnies. Dans le rapport qu’il fait à cette occasion, Taviel remarque que «l’esprit de corps» y est «excellent». «Les officiers, sous-officiers et soldats sont remplis de zèle, de bonne volonté, et de dévouement pour le roi». Une telle appréciation n’engage de fait que son auteur, comme l’avenir le révélera.

L’instruction en temps de paix est permanente. Trois fois par semaine ont lieu des écoles de tir en cette place ou des manœuvres d’artillerie au petit polygone de Douai. Avec la même périodicité, on fait également des exercices d’infanterie sur l’esplanade, et des manœuvres de batteries de campagne attelées avec le concours de l’escadron du train. A la date du 1e septembre, le régiment est réduit à un effectif de 940 hommes de troupe.

Le 22 janvier enfin, le régiment quitte Douai pour rejoindre Rennes où il arrive le 25 février avec un effectif de 60 officiers et 1145 hommes de troupe.

7) Les 100 jours

Mais l’Empereur ne peut se contenter de l’île d’Elbe. Le 1e mars, il débarque en France et se dirige vers Paris. Le 12 mars, les quatre premières compagnies quittent Rennes pour se porter à sa rencontre et comme d’autres, à l’instar des plus célèbres, comme Ney, se rallient. Six autres compagnies envoyées en renfort ont été décommandées par précaution sur ordre du gouvernement de Louis XVIII, avant qu’il ne prenne la fuite, devant le ralliement presque unanime de l’armée. Les quatre premières compagnies sont intégrées dans le 6e Corps du comte Lobau. La 4e Compagnie est affectée à la réserve d’artillerie de ce corps, la 1e à la 19e Division d’infanterie, la 2e au 20e, la 3e à la 21e. Les 6e, 7e et 8e Compagnies rejoignent ultérieurement le parc général à La Fère. Ces sept compagnies sont présentes à Waterloo. La 1e Compagnie s'est notamment distinguée en participant à la charge au mont saint Jean. .

Le reste du régiment avait reçu la mission de protéger les côtes contre les attaques de la flotte anglaise mais aussi de réprimer l'insurrection royaliste naissante sur la Loire et en Bretagne. Ce même jour du 21 juin, la 13e Compagnie est engagée dans un combat à Auray contre un parti de Vendéens emmenés par monsieur de la Rochejacquelein. L’affrontement est sanglant, le capitaine Mohrain et le lieutenant de Saint-Paul y perdent la vie.

La deuxième abdication voit la dissolution de la presque totalité du régiment. Deux conseils de liquidation, diligentés par le baron CARON à La Rochelle, et le colonel Pousset à Rennes, règlent son sort au Régiment. Seules deux compagnies, la 15e et la 16e Compagnie restent à Cherbourg, dans l'attente du sort que le gouvernement royaliste voudra bien leur réserver.

CHAPITRE IV: DE LA RESTAURATION
À LA SECONDE RÉPUBLIQUE


Le 15 mars 1816, le 8e Régiment d'Artillerie prend le nom de « Régiment d’artillerie à pied de Rennes ». Ses compagnies sont formées par des canonniers issus des cinq départements de l'ouest. L'établissement de ce nouveau régiment date du 21 mai 1816. Son colonel se nomme Gauldrée-Boileau, il gardera son poste jusqu'en mai 1830. Toutefois, le 16 août 1820, il reprendra le nom de 8e Régiment d'artillerie à pied. Le 1e avril 1819, le régiment est envoyé en garnison à Toulouse.

1) Expédition d'Espagne

En 1822, le régime royaliste est contraint par la logique des relations internationales issues du congrès de Vienne et élaborées par Metternich, d'intervenir en Espagne. Le congrès de Vérone en effet exige de la France qu'elle rétablisse sur son trône le roi d'Espagne Ferdinand VII renversé par une insurrection menée par les Cortes. Immédiatement, onze compagnies du «8» sont concentrées à Bayonne.

Onze compagnies du régiment participent à cette expédition qui est une véritable promenade militaire: l'argent de la corruption taille en effet des coupes claires dans les rangs de l'armée espagnole. C’est la 3e Compagnie du 8e RAP qui tire le premier coup de canon de la campagne le 6 avril 1823. C’est un test pour le Régime, puisqu’il s’agissait de s’opposer aux menées séditieuses du colonel Fabvier, un bonapartiste réfugié en Espagne qui entendait rallier l’armée à son combat, en vain puisque les boulets du «8» dispersent ses maigres troupes.

Quatre compagnies font partie du premier corps commandé par le maréchal Oudinot qui a repris du service sous le nouveau régime. Elles participent au combat de Logrono le 18 avril. Puis le 1e Corps prend le chemin de Madrid, entre le 9 mai à Burgos, et le 24 dans la capitale espagnole. Puis, sous les ordres du Général Bourke, elles assistent au siège de La Corogne. Commencé le 6 août, le siège est interrompu le 12: les batteries d'artillerie ont déclenché un incendie dans la ville tant et si bien que les habitants imposent aussitôt la reddition à la garnison.

Les 1e, 2e, 5e, 6e, 7e et 11e Batteries participent au siège de Pampelune. Le 30 août, les compagnies du "8" soutiennent de leur feu les colonnes d'assaut lancées sur la position du Trocadero qui défend Cadix. Cette dernière n'a plus alors qu'à se rendre: Ferdinand VII est libéré, ce qui met un terme à la campagne. L'armée française, en imposant une série de revers aux partisans des Cortes, conduit ces derniers à se montrer plus accommodant. Dès que le monarque libéré a retrouvé son trône, la guerre civile s'éteint d'elle-même. Le duc d'Angoulême qui avait dirigé cette campagne rentre en France le 23 novembre avec la majeure partie des troupes. En revanche, les 3e, 4e, 7e, 12e et 15e Compagnies, restent en Espagne avec l’armée d’occupation jusqu’en 1828.

Artillerie française système 1827

2) Expédition de Morée

En 1828, deux compagnies du régiment quittent la garnison de Valence afin de participer avec le corps expéditionnaire commandé par le général Maison à la délivrance de la Morée, le Péloponnèse actuel, opprimée par les troupes ottomanes d'Ibrahim Pacha. Deux noms de commandant d'unité nous sont connus. Il s'agit du Capitaine Alvizet commandant la 15e Compagnie et du capitaine Munch, commandant la 16e Compagnie.

Le débarquement du corps expéditionnaire a lieu sur la plage de Coron les 5 et 6 septembre suivant. Face à un tel déploiement, Ibrahim Pacha fuit le combat et rembarque vers l'Egypte le 5 octobre. Il ne reste plus que des places fortes pour défendre encore la souveraineté ottomane sur cette partie du monde. Navarin, Modon, Koron et Patras se rendent vite. Pour sauver l’honneur des Turcs, il a été convenu que les garnisons garderaient les portes fermées, mais n’empêcheraient aucunement la prise d’assaut des murailles laissées délibérément sans surveillance.

Seule la place dite du Château de Morée résiste un temps. Le général Sébastiani qui commande l'investissement de la place, se refuse à risquer inconsidérément la vie de ses hommes. Les travaux de siège commencent le 19 octobre; les 15e et 16e Compagnies sont affectées à la batterie «Georges IV». Le 30 octobre, l’artillerie forte de 40 pièces ouvre le feu; 22 tirant en brèche et 18 sur les remparts. Une large brèche est ouverte dans la muraille en moins de quatre heures. Avant que l'assaut ne soit donné, la place se rend sans condition. L’armée n’a perdu dans l’affaire que 25 tués ou blessés, dont un canonnier de la 16e Compagnie tué à son poste. En récompense des services rendus, le capitaine Münch de cette compagnie est fait chef d’escadron.

Les défenseurs de la ville comme ceux des autres places précédemment sont embarqués vers Smyrne, sous domination turque. La Morée libérée, la majeure partie du corps expéditionnaire se rembarque à la fin du mois de novembre 1828. Toutefois, des troupes d’occupation sont laissées en arrière. La 15e Batterie ne rentrera en France qu’en décembre 1829 et la 16e en septembre 1832.


3) Réorganisation de l'artillerie par Le maréchal Valée

Ce temps de repli ou d'engagements limités, est utilisé par le Maréchal Valée, inspecteur général du service central de l’artillerie, pour mettre à plat dans le décret du 5 août 1829, les déficits d’organisation décelés pendant la période précédente. Tout d’abord, les conducteurs de pièce sont définitivement assimilés aux servants; les premiers deviennent des canonniers à part entière formés au service des bouches à feu au lieu de continuer à faire partie du Train. L’unité d’artillerie devenue enfin homogène prend le nom de « batterie ». Cette batterie est commandée par un capitaine et doit renfermer tout ce qui concourt au service de six bouches à feu. En même temps, on adopte les caissons qui permettent d’asseoir les servants sur les coffres et de les transporter ainsi à vive allure. Ce qui dote la batterie montée d’une mobilité équivalente à celle de la batterie à cheval où les servants sont tous des cavaliers. Il n’y a plus alors de batteries à pied que pour le service des sièges et des ports. Une partie du train d’artillerie est conservée en réserve sous la dénomination de train des parcs.

Le régiment quant à lui prend le nom de 8e Régiment d'artillerie, le 21 mai. Formé sous les ordres du colonel de Bereauville, il compte alors 79 officiers, 1323 hommes et 266 chevaux. Il perd 10 compagnies qu'il cède au 10e Régiment d'artillerie, mais reçoit en échange 3 compagnies du 2e Régiment à cheval et 5 compagnies du 1e Régiment à pied.

Concrètement, la structure régimentaire se présente ainsi: trois batteries à cheval numérotées de 1 à 3. Puis six batteries montées numérotées de 4 à 9. Enfin sept batteries à pied numérotées de 10 à 16. La 15e et la 16e Batterie étant encore en Morée. A cette date, 79 officiers et 1323 hommes composent le régiment.

En 1833, une nouvelle réforme affecte les structures des régiments d’artillerie dans la voie d’un allégement et d’une simplification. Le régiment se compose dès lors d’un état-major, un peloton hors rang, deux batteries à cheval portant les numéros 1 et 2. Et seulement 10 batteries montées numérotées de 3 à 12. Enfin un dépôt.

L'artillerie de ligne se décompose de la manière suivante: 10 régiments d'artillerie, 1 bataillon de pontonniers, 12 compagnies d'ouvriers, une compagnie d'armuriers. Chaque régiment comprend 16 batteries: 3 à cheval et 13 à pied, dont 6 au moins doivent être montées en temps de paix, c'est à dire pourvues d'attelages et préparées à partir en campagne.


4) Campagne de Belgique

La révolution belge de 1830 avait libéré ce pays du joug hollandais. Déjà en 1831, l’armée du Nord franchit la frontière le 8 août pour soutenir les révoltés belges. Les 1e, 4e, 5e, 6e et 8e Batteries participent sous le commandement du maréchal Gérard à l’opération et rentrent en septembre. Mais, malgré les injonctions des gouvernements européens, le 22 octobre 1832, la Hollande se refuse toujours à évacuer la citadelle d’Anvers. Si bien que la France se décide à intervenir.
Le régiment apporte un renfort substantiel au contingent de l’armée du nord en envoyant en plus les 2e, 10e, 11e, 13e, et 14e Batteries qui arrivent le 15 novembre 1832. Le régiment fournit donc à l’occasion du siège d’Anvers dix batteries.

Afin de ménager la ville, il est convenu entre les maréchaux Gérard et Chassé, qui commande les troupes néerlandaises, de limiter les combats à la citadelle. Les travaux de siège sont diligentés par le maréchal Haxo en dépit du sol détrempé. La tranchée est ouverte le 29 octobre, les batteries peuvent ouvrir le feu le 4 décembre. Le 14 la lunette Saint-Laurent est enlevée d’assaut. Et le 23, la citadelle réduite à un monceau de ruines n’a plus qu’à se rendre. La campagne de Belgique est alors terminée.

5) Expédition de Rome (1849)

Le Pape avait dû fuir Rome en 1848 face à une insurrection populaire et s’était réfugié à Gaète. Le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte convainc l’assemblée nationale d’envoyer en Italie un corps expéditionnaire pour résoudre le problème avant que l’Autriche ne prenne une quelconque initiative dans la péninsule. Un corps de 6000 hommes est envoyé mais il est repoussé dans sa marche sur Rome le 30 août. Des renforts arrivent, en particulier la 16e Batterie forte de quatre officiers et de 133 hommes. Cette dernière est affectée au parc de siège. Le 6 juin, le lieutenant en second Clère est tué d’une balle. Le 26, le capitaine commandant et le lieutenant en 1e tombent malade: la batterie est alors commandée par un maréchal des logis jusqu’à la reddition de la place. Et le 7 juillet, la 16e Batterie vient occuper le fort Saint-Ange.

6) batteries en Afrique: de 1842 a 1860.

Le régiment n’a pas participé à la conquête de l’Algérie. Néanmoins, il a été amené à entretenir à trois reprises une batterie en Algérie.
- De 1842 à 1854, la 15e Batterie.
- De 1856 à 1857, la 1e Batterie.
- De 1857 à 1860, la 5e Batterie qui prend l’appellation de 9e Batterie après le décret impérial du 20 février 1860.

Une décision ministérielle du 15 juin 1842 incorpore au régiment une batterie qui y était déjà présente et qui prend l’appellation de 15e Batterie. Elle est employée sous les ordres du gouverneur général Bugeaud à la pacification de la Kabylie, en particulier lors de deux colonnes. La première dans les montagnes de l’Ouarensis à l’automne 1842. La seconde, au mois d’avril 1844 en direction de Dellys.

L’organisation nouvelle de l’artillerie de 1854 enlève au 8e RA la seule batterie qu’il possédait en Algérie. En revanche, il lui est adjoint la 1e Batterie du 3e RA et la 3e du 7e RA. Ces deux batteries embarquent aussitôt pour la Crimée. Seule la 1e Batterie revient en Algérie par la suite, remise sur le pied de guerre à 245 hommes, et 147 chevaux et mulets. Elle participe à son tour à une multitude d’action contre les tribus kabyles. L’ensemble de son action lui vaut la citation suivante le 1e décembre 1857, du maréchal Randon, gouverneur général de l’Algérie: « Rappelez par la voie de l’ordre les services de la 1e Batterie du 8e RA, c’est consacrer pour elle et pour le régiment dont elle fait partie, les titres incontestables qu’elle a acquis à la reconnaissance de la France et de l’Algérie.»

Elle est remplacée par la 5e Batterie qui reste en Algérie jusqu’en octobre 1860. Un fait d’arme émerge de ces trois nouvelles années de pacification. Une colonne commandée par le général Desmarets quitte Sétif le 23 mars 1860. Mais le 25, elle est assaillie par un fort parti indigène. Seule la mitraille envoyée sous le commandement du capitaine Rostaing sauve la mise aux troupes françaises, en forçant l’adversaire à fuir vers les montagnes de Bou-Taleb. La section a tout de même eu deux hommes blessés et un mulet tué dans l’action.

Ultérieurement, l’Algérie enfin pacifiée, ne nécessitera plus l’envoi régulier de troupes de la métropole.

II) De 1854 à 1940

CHAPITRE V: LE SECOND EMPIRE


Le 14 février 1854, une nouvelle réforme revient sur les structures régimentaires de 1829. Désormais, on ne trouve plus dans les régiments que des batteries de la même espèce. Il est donc recréé des régiments à pied, des régiments montés et des régiments à cheval. Ce décret repose sur le principe qu'il doit y avoir autant de genre de régiments d'artillerie que de modes d'emploi. Par conséquent, trois types de régiments sont créés pour former une arme composée de 17 régiments :

- L'artillerie à cheval, destinée à manœuvrer avec la cavalerie et à jouer un rôle primordial dans les réserves d'armées. Elle est composée de quatre régiments numérotés 13, 14, 16 et 17.

- Un régiment de pontonnier qui porte le numéro 15.

- L'artillerie montée ou de ligne affectée au service des divisions d'infanterie à 6 régiments numérotés de 6 à 12.

- L'artillerie à pied qui doit concourir à l'attaque et à la défense des places, avec les cinq premiers régiments qui portent les chiffres 1 à 5.

Dans cette nouvelle organisation, le 8e Régiment d'artillerie devient le 17e Régiment d'artillerie à cheval. Quant au nouveau 8e qui prend le nom de 8e Régiment d'artillerie monté, il est constitué à Toulouse le 16 mars 1854 avec des éléments pris aux anciens 3e et 7e Régiments d'artillerie. Son nouveau chef de corps est le colonel Voysin-Gartempe et il comprend 15 batteries montées.

A vrai dire, cette réforme de 1854 établit une rupture profonde dans la filiation du 8e Régiment d'artillerie. Ni les hommes, ni les structures ne sont plus les mêmes. Toutefois le nouveau corps conserve l'étendard et les traditions de l'ancien «8». Il faut bien constater que l'esprit de corps dans un régiment tient plus aux récits des beaux exploits et aux belles figures qui ont servi sous lui, sous les plis tutélaires de son étendard, qu'à une quelconque succession ininterrompue des générations militaires. Une telle filiation ne se trouve nulle part. L'étendard seul est la garantie de la pérennité d'un corps.
Mais les réformes ne s'arrêtent pas là pendant le second Empire. En 1860, il est recréé un train d’artillerie à la place des batteries de parc, pour les batteries à pied. Il est décidé d’inclure les batteries à pied et les batteries montées dans un même régiment qu’à partir de 1867. Par le décret impérial du 13 mai, chaque régiment d’artillerie doit préparer pour le temps de guerre 12 batteries, les quatre premières étant des batteries montées, les huit suivantes des batteries à pied.

1) Campagne de Crimée

A peine réorganisé, le régiment est mobilisé pendant le printemps 1854 pour participer à la campagne de Crimée. En effet, la France et la Grande-Bretagne entendent faire cesser l’entreprise de démembrement de l’Empire ottoman qu’a entamée la Russie. En avril 1854, la guerre est déclarée. Un corps expéditionnaire franco-britannique est monté. Le 8e RA fournira sept batteries dont quatre immédiatement dans la première mouture du contingent français; C’est à dire les 3e et les 4e Batteries avec la division du général Canrobert et les 1e et 15e Batteries dans la réserve d’artillerie commandée par le colonel Forgeot. Les 2e, 7e et 8e Batteries seront ultérieurement envoyées en renfort au moment du siège de Sébastopol.

La 3e Batterie, ex 9e Batterie du 7e RA, rejoint à Gallipoli l’armée d’Orient. Cette dernière reçoit l’ordre de gagner Varna sur la mer noire. La batterie campe le 3 juin sur les hauteurs de Branka. Elle fait alors partie de la 2e DI qui reçoit l’ordre avec un fort parti de Bachi-Bouzouks, d’avancer à l’intérieur de la Dobroudja. Du 20 juillet au 21 août, la batterie perd à cause du choléra son lieutenant en premier, Bros de Puerchredan, son adjudant et 26 hommes. De surcroît, 75 officiers et sous-officiers sont évacués. Les pertes sont telles que la batterie ne peut rembarquer qu’avec quatre canons lorsqu’un objectif clair est enfin assigné au corps expéditionnaire: la citadelle de Sébastopol, principal port de guerre russe en mer noire.

Le 14 septembre, à 8 heures, l’escadre franco-britannique mouille devant Old-Fort et commence à débarquer. La 4e Batterie rejoint l’armée d’orient le 15 septembre. Mais 40000 russes attendent le corps expéditionnaire, sur la rive gauche de l’Alma, un petit fleuve côtier qui barre la route de Sébastopol. Dès le 19 septembre, la 3e Batterie a l’honneur de tirer les premiers coups de canon de la campagne contre des éléments avancés russes. Par un chemin raviné, l’artillerie montée de la 2e Division avec les 3e et 4e Batteries, se porte le 20 septembre sur les hauteurs dominant le fleuve, et entame un formidable duel d’artillerie avec les russes qui ne cessent de se renforcer. La 3e Batterie effectue dans la journée quatre mises en batteries. Tandis que la 15e demeure en réserve. Mais la diversion ainsi produite a permis de tourner l’aile gauche des russes et de remporter une victoire éclatante. Pendant les deux jours suivants, on enterre les morts. Le 23 la marche sur Sébastopol reprend. L’armée alliée arrive devant le 30.

L’armée est partagée en un corps de siège et un corps d’observation dont fait partie la 1e Division de l’armée d’orient. Il faut bien comprendre que l’armée assiégeante, elle-même en permanence menacée par des armées de secours russes, est en quelque sorte obligée de se battre sur deux fronts.

La 1e Division sous les ordres du général Bosquet vient camper au col de Balklava. Le 25 octobre une armée russe de secours est battue à cet endroit, comme le 5 novembre, lors de la bataille d’Inkerman. Une armée russe de secours avait surprit le camp anglais. L’arrivée de la division Bosquet, avec notamment les 3e et 4e Batteries, les sauve.

Pendant l’hiver ces deux batteries prêtent leur attelage pour l’armement et le ravitaillement des batteries de siège. Ce travail très pénible provoque la perte de nombreux chevaux. En février 1855, la 1e Division de l’armée d’Orient, devient la 1e Division du 2e Corps d’armée placée sous le commandement du maréchal Canrobert. La 3e Batterie est à nouveau présente le 25 mai 1855, avec la 4e Batterie, à la bataille de Tchernaïa où est battue une nouvelle armée de secours russe.

Le 7 juillet, la 3e Batterie commence la construction de la batterie numéro 29, avec 10 mortiers de 32, dirigée contre la redoute de Malakoff, le petit redan du carénage, et la courtine qui relie ces deux ouvrages. Le 20 août, elle entreprend de bâtir une annexe à la batterie numéro 39 pour servir deux mortiers de 27 qui tirent sur la courtine et les batteries adverses de deuxième ligne. A la fin du siège, elle met en oeuvre, en plus de son service aux batteries 29 et 39, huit mortiers de 15, qui sont transportés aux avant-postes la nuit jusqu’au 8 septembre. Le 17 septembre, la 3e Batterie reprend sa position initiale sur les monts Fedioukine, y construisant des baraquements et des écuries pour l’hivernage.

La 4e Batterie construit à partir du 3 février la batterie numéro 30 destinée à mettre en oeuvre 10 canons-obusiers de 30 de la marine. Puis du 6 mai au 31, elle sert à la batterie numéro 3 des mortiers de 32 et 37 pouces. Puis elle participe à la construction de la 44e Batterie. Elle est présente lors de l’attaque infructueuse de Malakoff le 18 juin 1855. Et à partir du 4 septembre, elle sert avec la 15e Batterie du 8e RA, la batterie de siège numéro 28.

La 1e Batterie n’a pas d’attributions fixes jusqu’au mois d’octobre 1854. Du 16 octobre au 17 novembre elle sert la 4e Batterie de siège tout en renforçant la 7e, et à partir du 13 décembre, la 12e et la 13e Batterie. Le 16 décembre, elle est utilisée exclusivement à la 12e Batterie bis jusqu’au 23 mai 1855. Du 3 au 21 juin elle participe aux reconnaissances dirigées vers la vallée de Baïdar. Du 13 au 24 juillet elle est utilisée pour construire la batterie numéro 21. Puis jusqu’au 5 août, à la batterie numéro 34. Cette dernière est équipée de 6 obusiers de 22 pouces et mortiers de 27. Elle tient la position jusqu’au 8 septembre, souffrant beaucoup du feu de la place assiégée et des batteries installées sur le mamelon vert qui tirent par-dessus elles. Ces tirs projettent les cordages enflammés des sabots d’obus qui retombent sur les positions de la batterie, et provoquent par deux fois l’explosion des magasins de chargement. Elle repart ensuite en Algérie.

La 15e Batterie conserve en permanence pendant le siège une demi-batterie attelée de garde dans les tranchées, afin d’être capable de se porter à tout instant où le besoin se ferait sentir. Le reste de ses effectifs sert ponctuellement à réparer certaines batteries de siège. Elle est présente au grand complet, les pièces attelées, lors de l’attaque infructueuse de Malakoff le 18 juin, comme le 8 septembre à l’attaque du premier corps contre le bastion central.

La 2e batterie a commencé le 28 juin 1855 la construction de la Batterie de siège numéro 21. Elle arme 3 canons de 50, 2 obusiers de 80, et un mortier à plaque. Elle ouvre le feu dans la nuit du 4 au 5 septembre contre la portion centrale. A titre indicatif, cette batterie a perdu 12 hommes et 2 chevaux, tués, et 16 canonniers blessés. Toutefois, elle a perdu depuis son départ de Marseille durant l’été et l’automne 1855 54 hommes morts de maladie. Les conditions sanitaires de la campagne de Crimée ont plus décimés les rangs alliés que les boulets russes.

La 7e Batterie est arrivée en Crimée le 15 mai 1855. Elle sert deux batteries de siège: la 14 et la 34. Par ailleurs elle aide à la construction de la batterie numéro 39 qui doit mettre en oeuvre un obusier de 22 pouces dont la mission sera de ricocher la face droite du bastion central. Tandis que ses pièces de campagne auront pour mission d’interdire toute sortie venant de ce bastion et de celui nommé la Quarantaine. Le 29 mars, le capitaine Debout et le lieutenant en second Harel en examinant les assiégés depuis une embrasure de la batterie 34, sont mortellement fauchés par un obus. Le 18 juin, le lieutenant en 1e Destresme reçoit un éclat qui le blesse irrémédiablement. Le 19 juin, le capitaine en second Laforgue de Bellegarde est tué par un biscaïen. Vu les pertes, la batterie est modifiée. Ses trois pièces de campagne sont remplacées par des canons-obusiers de 30, toujours dans la perspective de lutter contre une éventuelle sortie, mais aussi pour contre-battre avec plus d’efficacité les tirs venant de la lunette droite du bastion central.

Enfin, une dernière batterie, la 8e, a également participé au siège. A titre anecdotique, elle a perdu dans le naufrage de «l’Amphitrite» au large de Bonifacio le 27 mars 1855, 20 chevaux. A son arrivée, elle est affectée à la construction de la batterie numéro 38 qui arme 8 canons de 30 et 2 obusiers de 80. Le 6 avril elle ouvre le feu contre l’ouvrage dit de la Quarantaine. En quelques jours, elle a 4 tués et 27 blessés. Dans la nuit du 22 au 23 mai, la 8e Batterie soutient puissamment la 3e DI dans son attaque du Cimetière. Ce qui vaut au lieutenant Beauvalet d’être cité à l’ordre du 1e Corps pour la précision de son tir dans des circonstances difficiles. Le 7 juin, elle aide à un nouvel assaut en ouvrant un feu très vif de 2 heures 30 à 17 heures. Elle a, le soir, 18 hommes hors de combat et deux pièces attelées hors de service. Une nouvelle fois lors de l’attaque le 17 juin du fortin de Malakoff, elle est engagée. Enfin, pour l’assaut final, elle entretient un feu très violent du 5 au 9 septembre: 150 coups par pièce et par jour sont tirés. Toutefois, cela coûte cher: 4 tués, 27 blessés, 3 pièces de 30 pouces détruites. Les épreuves de la batterie ne s’arrêtent pas là. Le 9, Lorsque le lieutenant Beauvalet part inspecter les batteries de la Quarantaine, un magasin à poudre explose subitement, tuant encore deux canonniers.

Après la prise de Sébastopol, le 8 septembre 1855, les batteries du 8e RA rentrent en France, sauf les 3e, 4e, 6e, 11e et 13e, provisoirement attachées à l’armée d’occupation de la Crimée. Le 30 mars 1856, la paix est signée. Le Régiment a gagné dans la campagne une nouvelle inscription sur son étendard: « CRIMÉE »



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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 11:55

2) Campagne d’Italie

Lancé dans une politique hardie de défense des minorités nationales opprimées depuis le traité de Vienne de 1815, Napoléon III, ne peut qu’entrer en conflit avec l’Autriche en 1859 qui menace le Royaume de Piémont. La guerre est déclarée le 26 avril 1859. En mai 1859, une armée de 150 000 hommes fait mouvement vers l’Italie. Six batteries sont fournies par le 8e RA pour cette campagne.

- La 6e attachée à la 1e Division du 1e Corps
- La 9ème attachée à la 1e Division du 3ème Corps
- La 11e en réserve du 1e Corps.
- La 12e attachée à la 2e Division du 4e Corps
- La 13e attachée à la 2e Division du 5e Corps

La 6e Batterie prétend avoir lancé le premier boulet à Voghera le 16 mai et le dernier tir le 24 juin à Solferino.


La 6e Batterie débarque à Gènes le 5 mai. Elle campe du 16 au 19 à Voghera. Le 20 mai à Montebello a lieu un premier affrontement. Sur l’ordre du général Forey, le Lieutenant de Saint-Germain va porter les deux pièces de sa section près du pont de Foszagazzo et ouvre le feu sur les Autrichiens. Bientôt elle est criblée de mitraille et le lieutenant de Saint-Germain tombe gravement blessé. Les canonniers de la batterie continuent résolument le tir et maintiennent les Autrichiens à distance. En tout, 71 coups d’obus à mitraille ont été tirés. Cinq canonniers ont été tués dans l’affrontement. Puis quand l’infanterie a enlevé Genestrolle et Montebello, la 6e Batterie du 8e RA accourt et poursuit de ses boulets la retraite de l’ennemi.


Mais le gros de l’armée gagne l’Italie du Nord par les cols alpins. Le 31 mai, au passage de la Sesia, un fort contingent autrichien s’efforce d’arrêter les troupes françaises. La 1e Section de la 9e batterie prend position sur la route de Mortara et lutte à 2000 mètres de distance contre une batterie autrichienne qu’elle parvient à faire taire en 21 coups.


A nouveau le 4 juin à Magenta, l’armée autrichienne cherche à s’opposer à la marche irrésistible des Français. La 12e Batterie, attachée à la 2e Division du 4e Corps, prend une part active à la défense du village de Ponte Vecchio di Magenta menacé. A coups de mitraille, contre des fantassins parvenus à moins de 400 mètres, la batterie tire et repousse victorieusement leur assaut.


Pistolet de mise à feu d’un canon.
Son canon très court présente un angle de 43° dirigé vers le bas. (vers1860)

Le 8 juin l’armée française atteinte Milan. Le 9 elle marche sur Melegrano. La 6e Batterie ouvre le feu à16 heures et continue son tir contre les lignes autrichiennes situées à 700 mètres d’elle jusqu’à 19 heures et sans éprouver la moindre perte.

L’affrontement décisif a lieu le 24 juin à Solferino. La 6e Batterie depuis une légère éminence seconde efficacement l’attaque de la tour de Solferino tout en bombardant la ligne de Cyprès qui couvre l’artillerie autrichienne. Elle tire de 4 heures du matin à 13 heures de l’après-midi. Elle a consommé dans cette journée 500 coups tout en n’ayant à déplorer que quatre blessés. La 11e Batterie quant à elle, agit depuis le plateau de Castiglione dans la même zone. Elle tire dès 6 heures du matin contre les réserves d’infanterie autrichiennes placées en avant de la tour, mais qui sont malencontreusement protégées par un épaulement. Lorsque l’assaut est lancé contre la tour de Solferino à 13 heures, elle cesse également son tir. Mais trois tués viennent endeuiller son bilan. Enfin, la 12e Batterie, a également été engagée. Elle est placée au petit matin en avant du village de Medale, ses canons pointés dans la direction même de la route de Guidizzolo. Elle répond fermement au feu ennemi tout en ayant plusieurs fois à mitrailler des charges de cavalerie. Elle doit même se porter seule en avant de la première ligne pour dégager le village de Casa di Nuova menacé un temps. De fait, elle doit continuer son feu de 7 heures à 18 heures, laps de temps ou un violent orage achève la déconfiture de l’armée autrichienne. Trois hommes, et, n’oublions qu’au temps de l’artillerie montée ils sont fondamentaux, 13 chevaux, ont été tués.

En tout, le régiment a perdu dans la mémorable journée de Solferino 6 tués et 8 blessés.

La 10e Batterie, comme à Magenta d’ailleurs, ainsi que la 9e et la 13e, se contentent en la circonstance d’entendre de loin le son du canon sans participer le moins du monde à l’action.

Le général Niel dans son rapport à l’Empereur, rendra un hommage vibrant à l’action de l’artillerie durant cette bataille: « Dans cette lutte qui dura une partie de la journée, notre artillerie eut toujours un avantage incontestable et ses terribles effets furent marqués par les cadavres d’hommes et de chevaux qui jonchaient le sol en nombre considérable.» De ce jugement élogieux sur l’action de l’Arme, un seul commentaire s’impose: «post alter fulmina terror ! ». Il est néanmoins fort dommage que les leçons tactiques d’une supériorité en artillerie ne soit pas mieux envisagée par le haut commandement français. Les canons français se sont montrés supérieurs aux autrichiens sans nul doute et ont permis d’emporter la victoire; mais qu’en sera-t-il ultérieurement?

Comme on le voit, les six batteries du 8e RA attachées à l’armée d’Italie ont su faire honneur au régiment. C’est à elles qu’il doit de voir figurer sur son étendard le nom de « SOLFERINO ».


Canon de forteresse 1863

En 1870, au moment de l’entrée en guerre, la situation de l’artillerie du point de vue de la structure se présente de la manière suivante.
- 2 régiments de la garde impériale (un monté et un à cheval, à 6 batteries).
- 5 régiments montés, à 8 batteries montées et 4, à pied.
- 1 régiment de pontonniers.
- 4 régiments à cheval à 8 batteries.
- 2 régiments du train à 16 compagnies chacun.
- 10 compagnies d’ouvriers et 6 compagnies d’artificiers.


3) la guerre de 1870.

La France se montre inquiète depuis 1866 de la puissance de la Prusse qui a abattu sans coup férir l'Autriche et envisage déjà de réaliser à son profit l'unité allemande. Une dépêche rendue savamment injurieuse par Bismarck fournit le prétexte à la France pour déclarer la guerre. Mais le 6 août, les armées impériales sont défaites lourdement dans les affrontements de Frœschwiller et Forbach. L'Alsace doit être évacuée et l'armée française se reforme à la hâte derrière les Vosges. Un 12e Corps est constitué de toutes pièces à partir de troupes d'Afrique, de régiments d'infanterie de marine et d'éléments épars.

Quant au régiment, sa montée en puissance s’est déroulée de la manière suivante. Le 16 juillet voit la création du cadre de dépôt qui ne doit exister qu’en temps de guerre. Le 18 juillet 1870, les 1e et 2e Batteries sont dédoublées tandis que les 3e et 4e Batteries sont transformées en batteries montées. Le régiment est alors composé, de 14 batteries et d’un cadre de dépôt. Le 20 juillet, les 6e et 9e Batteries partent en direction de Thionville. Le 29, les 5e, 7e, 8e, 10e, 11e et 12e partent rejoindre le camp de Chalons. Le 5 août, la 2e Batterie part pour Longwy. Le 14, c’est au tour de la 1e bis de quitter la Fère pour se rendre à Soissons.

3.1) Armée de Sedan

Quatre batteries sont envoyées depuis la Fère au camp de Châlons. La 10e, équipée en canons à balles, la 11e avec des canons de "4" rayés de campagne, la 4e et la 3e, équipées en canon de 12 rayés de campagne.

Les 10e et 11e Batterie quittent le camp de Chalons le 13 août pour être envoyés en renfort à Metz. Mais dans la nuit, le chef de gare de Commercy arrête les convois militaires. La voie est coupée à Pont à Mousson et les convois précédents ont dû faire machine arrière sous la mitraille. Interrogé, le commandement de l’armée donne l'ordre aux deux batteries de gagner Verdun à pied, escortées par le 4e Régiment de chasseurs à cheval. A la pointe du jour, le matériel est débarqué à Lérouville et la marche commence en direction de Chalons qu'elles rejoignent à temps pour être intégrés au 12e Corps commandé par le général Lebrun. A l'instar des 3e et 4e Batteries qui sont incorporées à la réserve d'artillerie du corps. Ces deux batteries sont constituées de réservistes ou de conscrits qui jusqu'au 21 en sont encore à apprendre le maniement des armes. De la 4e Batterie, son commandant d'unité écrira désabusé, les mots suivants: «La plupart des jeunes recrues n'avaient jamais monté à cheval et beaucoup, arrivés la veille du départ, se mirent en route sans avoir jamais vu un canon ». Mais, dans les dramatiques journées qui suivent, elle n'en fait pas moins son devoir honorablement.

Sur l'ordre du maréchal Mac-Mahon, l'armée du camp de Chalons doit faire mouvement vers Metz. Cette armée est constituée de quatre corps d'armée. Le 12e qui intéresse le 8e RA comprend quatre divisions dont trois d'infanterie. La 2e est celle qui accueille les deux batteries rescapées de Commercy. A titre indicatif, la 3e Division est la fameuse division "bleue" qui regroupe les régiments d'infanterie de marine.

L'armée se met en marche vers Reims, puis Rethel et enfin Stenay. Apprenant le mouvement de cette armée de secours pour Metz, le général en chef prussien Moltke, fait pivoter une de ses armées, qui marchaient déjà vers Paris, en direction du nord. Le 27, contact est pris entre les deux armées. Le 28 au soir, ordre est donné au 12e Corps de ne pas continuer sa route vers Stenay mais de se porter le lendemain vers Mouzon, afin de s'emparer du point de passage et tenir la ville coûte que coûte.


BATAILLE DE MOUZON

Sans problème particulier, le corps accomplit sa mission. Lebrun installe ses troupes sur la rive droite de la Meuse et attend le Ve Corps qui doit le remplacer. Le lendemain matin vers 11 heures une furieuse canonnade retentit en direction de Beaumont: le 5e Corps vient d'être surpris et reflue en désordre vers Mouzon. Lebrun réagit aussitôt et une partie de ses forces repassent la Meuse en vue de faciliter le mouvement du corps défait. Au même moment la 2e Division sous le général Lacretelle voit arriver sur sa droite, sur la même rive, des troupes prussiennes. La 11e Batterie prend position sur un mamelon avancé et ouvre le feu, sur des éléments de l'armée bavaroise qui avance en direction de Mouzon. Lorsqu'elle commence à être à son tour sévèrement contrebattue par une batterie établie sur les hauteurs de la rive gauche, elle n'a plus d'autre recours, l'avance ennemie étant de toute façon enrayée, que de se retirer. Peu après, la 10e Batterie est envoyée sur les bords de la Meuse pour s'opposer au franchissement comme à toute progression sur la rive gauche. Quelques 56 coups sont tirés par pièce mais la position devient intenable. Une autre batterie d'un calibre supérieur est appelée à la rescousse. Elle se replie à 14 heures pour laisser la place aux canons de "12" de la 3e Batterie qui arrive au trot. Néanmoins, cette dernière ne parvient pas à régler correctement ses fusées et après 18 coups tirés par pièce, elle se replie la mort dans l'âme. Ce qui l'a sauvé par rapport à la batterie allemande de la rive gauche, c'est que celle-ci tirait en percutant: l'éloignement entre les pièces et surtout le sol très argileux, ont été déterminants. A minuit, l'ordre est donné de se replier vers Sedan.

JOURNEE DU 31 AOÛT

Le 31, lorsque le corps arrive à la hauteur de Bazeilles on se rend compte avec effroi que le pont de cette localité est toujours en place. Déjà les prussiens s'empressent depuis la rive gauche de forcer le passage et de prendre le village tandis que ses canons assaillent les convois qui empruntent la route de Sedan. Tandis que la 3e Division reprend Bazeilles, la 10e et la 11e batterie prennent position sur les hauteurs dominant le village. Un feu nourri est échangé des deux rives de la Meuse. A 10 heures, la division d'infanterie de marine est maîtresse de Bazeilles. A 3 heures de l'après-midi, lorsque tous les convois sont enfin passés le feu cesse. Les deux batteries restent vigilantes jusqu'à 17 heures, avant d'aller rejoindre leur bivouac sur le plateau de Sedan. Chacun sent que la bataille décisive que Mac-Mahon cherche à éviter depuis deux jours est désormais inéluctable. Les batteries par précaution ne montent pas les tentes et laissent les chevaux attelés.

JOURNEE DU 1e SEPTEMBRE: BAZEILLES

Le lendemain 1e septembre la bataille reprend. Le XIIe Corps a en charge l'aile droite de l'armée. Il a pour mission de tenir les hauteurs de la Moncelle face à la Meuse ou, plus exactement, le triangle formé par la route de Stenay entre les villages de Bazeilles et de Balan, la Givonne de Bazeilles à Daigny, et enfin le chemin de Daigny à Balan. Par précaution, Lebrun ordonne qu'à 4 heures du matin le Corps soit sur le pied de guerre.

Dès 4 h 30 une forte fusillade se fait entendre au niveau du village de Bazeilles, tandis que l'ennemi tente de passer le pont. Un violent tir d'artillerie soutient la manœuvre depuis les hauteurs de Wadelincourt. L'infanterie de marine résiste héroïquement.

A 5 heures du matin, les 10e et 11e Batteries sont en position à l'aile gauche, sur les hauteurs qui dominent Daigny. A l'approche de l'ennemi, les canons à balle ouvrent un feu nourri. Au bout de deux heures de canonnade, les Prussiens sortent du bois Chevalier et parcourent au pas de course le plateau que la division occupait la veille. Les canons à balle opèrent des ravages mais un obus tombe et blesse gravement le Capitaine en second.

La batterie de "4" n'est pas en reste pendant ces moments cruciaux. Elle a ouvert le feu à 5 heures du matin et pendant 6 heures elle entretient un feu nourri, balayant tout le plateau situé devant elle. Par quatre fois, elle interdit aux batteries prussiennes de s'établir sur la ligne du bois Chevalier à Rubécourt. A 8 heures, des fantassins sont venus demander de l'aide face à une maison remplie de Prussiens à Petite Moncelle. Le Lieutenant Altmayer s'y porte avec sa section et en quelques coups, fait taire le nid de résistance. A 10 heures, l'infanterie qui occupait le devant de la position évacue la zone. Les batteries n'ont plus d'autres ressources que d’atteler et de gagner une position moins menacée. La 10e batterie a perdu dans l'affaire le capitaine Borneque, le capitaine en second Geiger, le lieutenant en 1e Mynard: tous trois succomberont à leur blessure; 12 canonniers ont été blessés. La 11e Batterie pourtant soumise au même feu n'a eu qu'un blessé.

Pendant le reste de la journée, les deux batteries continuent à occuper des positions menacées, d’abord en avant de Balan, puis vers Bazeilles et enfin vers le bois de la Garenne. Lorsqu'il ne reste plus que 5 à 6 coups par pièce dans les caissons, ils sont gardés, par précaution, s'il fallait forcer le passage.

Depuis le matin, l'artillerie de réserve du 12e Corps a pris position au village de Cazal sur les hauteurs de la Givonne, surplombant la route de Sedan à Mézières. La 3e Batterie tire sans discontinuer de 6 heures du matin à 15h30. La 4e Batterie entreprend tout d'abord de tirer en direction de la Plâtrière, ce qui s'avère trop dangereux. Elle se déplace alors vers le fond de Givonne et de là, peut tout à son aise exercer un tir de contrebatterie. A 15 heures, il n'y a plus que la 3e Batterie qui tire encore de sa position. Elle a tiré dans l'affrontement 150 coups par pièce. A 15h30, l'ordre lui parvient de se replier vers le fort d'Asfeld qui défend Sedan.

C'est la dernière batterie à continuer à tirer. Les 10e, 11e et 4e Batteries ont rejoint la cohue de troupes débandées dans les fossés de Sedan. Dans le fort, les canonniers entreprennent de creuser des embrasures, tandis que le capitaine en second Peltier fait tirer contre les batteries ennemies avec deux vieux canons de 16 non rayés abandonnés par leurs servants. A 5 heures du soir, le 2 septembre, le feu cesse; la garnison se rend.

Du comportement et du rôle de l'artillerie dans la bataille, nous aimerions donner deux témoignages d'officiers ayant eu sous leurs ordres les batteries du "8". Tout d'abord le lieutenant-colonel Colcomb, qui commande l'artillerie de la 2e Division du 12e Corps. Faisant son rapport au général Lebrun quant à la journée du 1e septembre, il déclare: "Il me reste à signaler, mon général, la remarquable aptitude au feu des batteries placées sous mon commandement. C'est pour moi une grande consolation d'avoir eu l'honneur de commander pareilles troupes qui, j'en suis certain, ont acquis l'estime de nos ennemis." Alors que s'est-il passé pour que de partout les troupes françaises aient reculé dans le plus affreux désordre? Pour le général Lebrun cela ne fait aucun doute; ainsi déclare-t-il: "Les troupes que j'ai eues sous mes ordres dans cette malheureuse journée n'ont pas cédé devant l'ennemi: elles ont été écrasées par une artillerie formidable."



3.2) L'armée de Metz.

Après la bataille d’Alsace, Bazaine aurait dû se replier vers Verdun mais il s’attarde à Metz en dépit des ordres de Napoléon III. Il livre un combat retardateur à Borny sur la rive droite de la Moselle alors que les Allemands franchissent la rivière au sud de la ville. Une série d’affrontements décisifs se produisent les 16, 17, et 18 août, à Gravelotte, Rezonville, Mars La Tour et Saint-Privat qui rejette l’armée dans Metz. Résigné sur son sort, Bazaine ne tente rien de sérieux et capitule le 27 octobre, livrant à l’ennemi 173000 hommes, plus de 1000 canons et 53 drapeaux. Passons maintenant à une vision rétrospective des actions dans lesquelles les batteries du 8e RA ont pu se retrouver engagées.
Les 6e et 9e Batteries avaient quitté la Fère le 20 juillet et gagné Thionville le 30, avant de se replier sur Metz. Les 5e, 7e et 8e Batteries après la Fère le 24 juillet, puis Laon, le camp de Chalons du 30 au 11 août, arrivèrent à Metz au milieu du mois. C’est donc cinq batteries du régiment qui se retrouvent impliquées dans la bataille de METZ, dans le cadre de la 1e Division du 4e Corps.

JOURNEE DU 16 AOUT



Surpris à 9 heures 15 par le début de la bataille, les batteries lèvent rapidement le camp.

Les 5e, 7e, 8e et 12e Batteries du 8e RA prennent position au nord-ouest de Rezonville, à droite du corps d’armée. Elles ont pour mission d’arrêter les troupes allemandes qui montent à l’assaut du 6e Corps. Elles ouvrent le feu à 10 heures du matin sur l’infanterie et la cavalerie ennemie qui avance près du bois de Vionville, tout en luttant avec l’artillerie qui accompagne ces troupes. Vu la justesse et la puissance de l’artillerie prussienne, les pièces sont placées en échelon, à 30 mètres de distance les unes des autres. Toutes les demi heures, le lieutenant-colonel de Montluisant, commandant l’artillerie du premier Corps les fait avancer ou reculer pour empêcher l’ennemi de régler son tir. Ce dernier, surpris de la résistance, augmente progressivement l’importance de ses contrebatteries, jusqu’à réunir 40 batteries, toutes de fort calibre, tirant depuis une distance de 2200 mètres. La division n’a en ce lieu que du calibre « 4 » à leur opposer, mais leur pointage remarquable permet d’assurer le continu de la mission. Encore une fois, la terre meuble limite les pertes. Les Prussiens, ne pouvant faire taire les batteries, en désespoir de cause font venir des mitrailleuses, beaucoup plus meurtrières. Le capitaine Abord de la 5e Batterie est tué, son remplaçant, le capitaine Dupuis a son cheval tué sous lui. Un coffre à munitions saute dans la 7e Batterie; le combat se poursuit ainsi jusqu’à 14 heures, les pièces étant déplacées à bras lorsque l’ennemi s’essaye à régler son tir contre elle. Lorsqu’à 14 heures, le feu de l’ennemi s’arrête, c’est pour laisser ses cuirassiers et ses Uhlans chargés. La 5e Batterie est traversée de part en part. La 7e tourne ses pièces en arrière et s’apprête à faire payer lourdement à coup de mitraille la charge suivante qui se prépare à seulement 500 mètres, lorsque la cavalerie française intervient et détruit les allemands sur place. La 5e Batterie ayant 26 hommes et 36 chevaux hors de combat, se replie. Globalement, l’ensemble des batteries recule alors. Le feu de l’ennemi sur le plateau central de Rezonville cesse après sa charge malheureuse. La 7e Batterie a le temps d’aller récupérer des avant-trains abandonnés, pour être prêts lors d’un retour offensif ultérieur. Le soir, l’infanterie abandonnant le terrain, la batterie n’a plus qu’à se replier à son tour.

Vers 15 heures 30, la 12e Batterie, se met en position dans un pli de terrain, sur les hauteurs qui domine la plaine de Rezonville. Bien qu’elle soit prise à partie avec une batterie à cheval venue la renforcer, elle éprouve la satisfaction de voir l’aile gauche ennemie reculer sous leur feu conjugué. Le soir, à son tour, elle se replie.

La 8e Batterie, dès le commencement de la bataille, s’est mise en position en avant du village de Saint Marcel. Elle tire environ 150 coups de cette position, puis va appuyer le 4e Corps, avant de revenir à sa première position et de retirer encore une centaine de coups sur les retours offensifs de l’ennemi. Vers 16 heures, elles se portent en avant de nouveau pour soutenir la 1e Division fort malmenée. Accablée par un tir violent, elle est contrainte peu après à un nouveau repli.

JOURNEE DU 18 AOUT: BATAILLE D’AMANVILLIERS

Rien n’annonce un engagement général en cette journée, lorsque, brusquement, vers 11 heures 30, le canon se fait entendre à la fois sur tout le front de l’armée française. La bataille du 18, qui prendra le nom de défense des lignes d’Aman Villiers, « est essentiellement une lutte d’artillerie contre artillerie, bataille défensive dans laquelle l’ennemi nous impose la distance du tir et profite très habillement de la supériorité de justesse de ses canons. Nos batteries, malgré les pertes très sérieuses qu’elles éprouvent, recommencent le tir toutes les fois que c’est nécessaire pour couvrir les mouvements de l’armée, mais leur feu est presque continuellement éteint; néanmoins la plupart d’entre elles ne quittent le champ de bataille que la nuit venue, après avoir épuisé leurs munitions et avoir assuré la retraite. » C’est en ces termes que le général Soleille, commandant l’artillerie de l’armée, décrit la journée. Encore une fois le rôle de l’artillerie est essentiel, même si cela s’est révélé contre l’armée française. Toute l’artillerie du 4e corps a pris part à la bataille du 18 août.

La 1e Division s’était repliée sur Saint-Privat et s’y était ravitaillée dans la matinée du 17. Le 18 à midi, une vive canonnade annonce la présence de l’ennemi. Le centre du 4e Corps est à Aman Villiers. L’ennemi se montrant à Vernéville, les batteries de réserve prennent aussitôt position. Les batteries de « 4 » du chef d’escadron Prémer canonnent avec le plus grand succès les colonnes ennemies qui débouchent du bois de la Cusse et continuent le feu jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Au début de l’action, deux tirailleurs viennent demander du renfort pour ramener dans les lignes françaises deux pièces ennemies abandonnées. Deux conducteurs de « bonne volonté » Koehl et Valentin, sous la conduite du lieutenant Palle, vont les chercher sous les balles. La division prend aussitôt les armes et occupe une position entre Aman Villiers et Saint-Privat, appuyant le 6e Corps qui forme l’aile droite de l’armée. L’objectif des Prussiens est le 6e Corps. La seule satisfaction de l’artillerie du 4e Corps est de leur infliger des pertes sévères dans leur attaque par un tir violent sur leur flanc. Après une lutte d’artillerie dont la division souffre beaucoup, le 6e Corps bat en retraite vers Metz. Vers 14 heures, les batteries du 4e Corps contrebattues de face et en écharpe, se portent en arrière pour recompléter leurs munitions. Vers 16 heures, le feu devenant insoutenable, les trois batteries du 4e Corps sont rappelées et rouvrent le feu sous une grêle de projectiles de toute sorte. Malgré son allant, bombardé de plus en plus gravement, isolé sur sa gauche, le 4e Corps doit à son tour se replier.



SIEGE DE METZ


L’ensemble de l’armée s’entasse alors dans Metz. La 12e batterie seul sort donne l’exemple. Les batteries reversent à l’arsenal leurs pièces de « 4 » et perçoivent en échange des pièces de « 12 » Elle assiste aux attaques de Sainte-Agathe et de Ladonchamps du 27 septembre et du 2 octobre. Le 3, elle est chargée de construire une batterie de 4 pièces de « 12 » dans le parc de Ladonchamps. Elle tire quotidiennement. Pendant la grande sortie du 7, elle demeure en place quoique la contre-attaque allemande l’ait amené jusque dans les fossés de son ouvrage. Ce sera la dernière belle action connue avant la fin.

Le 13 octobre, les hommes démontés sont armés de fusil modèle 1866. Et le 29 octobre, c’est la capitulation: les officiers doivent eux-mêmes conduire leurs hommes aux lignes prussiennes.


3.3) Longwy, Soissons et quelques autres lieux.

Deux batteries de place ont su résister longtemps. Le capitaine Rives avait été hâtivement envoyé au mois d’août 1870 dans Longwy avec 69 hommes. La garnison est notoirement insuffisante avec seulement 1500 hommes des 9e et 19e Bataillons de marche, 180 douaniers, 30 gendarmes à cheval: le caractère hétéroclite de l’ensemble n’est guère différent de ce qui se trouve à Bitche à la même époque. Grâce aux évadés des armées de Sedan, Metz, Thionville ou Verdun, mais aussi d’anciens militaires, Rives parvient à augmenter son effectif à 180 hommes. De plus la garnison opère des sorties sur les arrières prussiens. Comme le 30 août, en direction d’Oude la Tige, où elle parvient à annihiler un escadron entier du 10e Hussard de Magdebourg. Dans cette échauffourée, la garnison récupère 35 chevaux, ce qui permet aux gendarmes et aux artilleurs, de jouer aux éclaireurs et de harceler de nouveaux convois. Avec le temps, le capitaine Rives, récupère suffisamment de chevaux pour monter deux sections de « 4 » rayés. Ces derniers sont utilement utilisés en avant de la place dans les journées des 17 et 18 septembre lorsque les prussiens entament sérieusement l’investissement de cette place, véritable épine sur leurs arrières. Ils amènent jusqu’à 12 batteries pour amener à la raison la garnison qui n’a plus d’autre ressource que de se rendre le 25. Le lieutenant-colonel Massoroli, commandant de la place, tient néanmoins à rendre un vibrant hommage à la 2e Batterie en ces termes: « Monsieur le capitaine Rives, commandant la 2e Batterie du 8e RA, a commandé le feu avec une vigueur et une justesse des tirs dignes des plus grands éloges, lui et ses 180 artilleurs si insuffisants pour le nombre, y on supplée en ne prenant aucun repos de 8 jours et 8 nuits consécutifs. »



A Soissons également, la 1e Batterie bis ne démérite pas. A partir du 12 octobre 1870, les batteries prussiennes totalisant 27 bouches à feu, ouvrent le feu sur la ville, incendiant délibérément l’hôpital et les habitations. Jusqu’au 15, la 1e bis continue le combat, parvenant même à neutraliser une batterie ennemie placée sur le mont Sainte-Geneviève. Mais la garnison, submergée par un déluge d’obus, doit se rendre après trois jours de bombardement. Les combats ont été extrêmement violents. Pour la 1e batterie bis, sur un effectif de 72 sous-officiers et soldats, 6 sont tués et 52 blessés.


Ci-dessus, la mitrailleuse Montigny, à plusieurs canons,
avec laquelle les français comptaient surprendre et détruire les prussiens en 1870

Le 6 septembre, le dépôt régimentaire du 8e RA quitte La Fère pour se replier à Vincennes puis Rennes. Après les néfastes capitulations de Sedan et de Metz, le dépôt du 8e RA, continue à fournir des batteries qui combattent partout où le gouvernement de la Défense Nationale les appelle. Les nouvelles batteries sont numérotées de 13 à 27, avec en plus deux batteries de montagne numérotées un et deux. En tout, pendant la guerre, le régiment équipe 31 batteries, immatriculant 11000 hommes et 7000 chevaux. Les 14 premières batteries ont été faites prisonnières, sauf la 1e et la 2e bis, à Sedan, Metz, Longwy et Soissons.

C’est ainsi qu’à l’armée de la Loire avec le Général de Chanzy, elles luttent à Patay, à Beaune-La-Rolande, au plateau d’Auvours, au Mans. Mais aussi à l’armée de l’est sous Bourbaki: trois batteries, les 14e, 20e et 24e sont présentes aux combats de Villersexel et à Héricourt. Pour elles, la campagne se termine internées en Suisse. D’autres enfin concourent dans l’armée du général Ducrot à la défense de Paris et se distinguent aux sorties de Buzenval et de Champigny. En effet deux batteries de marche, la 13e, constituée d’engagés volontaires, et la 17e, ont gagné Paris le 3 octobre 1870. Une 14e batterie montée à Rennes avec des canons de « 8 » rayés de campagne, rejoint la capitale le 10 novembre. Tandis qu’une 16e Batterie est ultérieurement créée dans la ville assiégée par dédoublement de la 13e Batterie.

Finalement, la guerre se termine tragiquement dans une amorce de guerre civile jouée devant les yeux des prussiens satisfaits. La répression de la commune de Paris n’est certainement pas la page la plus mémorable de cette guerre perdue. Dans l’armée des versaillais, sont présentes six batteries du 8e RA, les 18e, 20e, 22e, 24e, 25e, 27e. D’ailleurs, le capitaine Masson, un ancien de la 9e Batterie rentré de captivité, est tué dans la répression.


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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 12:00

CHAPITRE VI LA 3E REPUBLIQUE ET LA GRANDE GUERRE


La guerre terminée, le 8e d’artillerie est réorganisé, d’une part avec les cadres et les hommes rentrant de captivité, et d’autre part, avec ceux ayant figuré aux armées de province. Le régiment compte à cette période jusqu’à 26 batteries. Le régiment est recréé en tant que tel en 1872 à Saint-Omer. En 1873, un certain nombre de ces batteries servent à constituer le 25e Régiment d’artillerie nouvellement formé. Le 8e forme alors avec le 25e, la brigade d’artillerie du 6e Corps d’armée, à Chalons/Marne le 21 août 1875, avec des batteries à Nancy. Le 24 juillet 1883, une loi portant organisation de l’artillerie de forteresse, enlève au régiment ses trois premières batteries qui sont basées alors à Toul, au profit d’une nouvelle unité intitulée « 6e Batterie de forteresse ».

À la création du 20e Corps d’armée, en 1895, le 8e Régiment d’artillerie le rejoint à Nancy, siège du quartier général. Lorsqu’il est décidé de rattacher les batteries aux régiments d’infanterie qu’elles auraient à appuyer en temps de guerre, le 8e RA est rattaché à la 11e Division d’infanterie.


1) l’artillerie de la revanche

Après la Guerre de 1870, le 8e Régiment d’artillerie est recréé en 1872 à Saint-Omer puis est mis en garnison à Chalons en 1874. A la veille de la guerre de 1914, il est stationné à Nancy et à Lunéville. Il comporte 9 batteries de 75 montées et deux batteries à cheval.



Le renouveau du matériel: le canon de 75 mm ou « l'artillerie de la revanche ».

Après les lourdes défaites de la guerre de 70, l'artillerie a été lourdement mise en accusation. Les canons rayés des entreprises Schneider ont été complètement surclassés par les canons Krupp, rayés, en acier, et à chargement par la culasse. Dès 1871, des études sont entreprises qui débouchent sur le système de Bange qui adopte en fait les points forts de l'artillerie prussienne. De cette première réflexion sont issus les canons suivants: 80, 90 de campagne modèle 77, 80 de montagne modèle 77, canons de 120 et 155 longs de sièges et côtes modèles 78 et 77; Mais aussi des mortiers, de 220 et 270 modèle 1880 et 1885. Enfin le canon de 240 de côte modèle 1884. Tous ces matériels s’avèrent peu mobiles. A la fin du 19e siècle une pièce tractée ne peut parcourir que 4 km/h et 30 km par jour. Tout matériel supérieur à 5 tonnes nécessite un attelage minimal de 10 chevaux. Par ailleurs quelque soit la valeur balistique du système de Bange, le problème essentiel de l'artillerie n'a pas été résolu: il s'agit du recul. Ce dernier, nécessite en effet après chaque coup, de remettre la pièce en batterie et de repointer. Pour supprimer le dépointage, la première solution utilisée a été le recours au plan incliné: il faut néanmoins que les pièces soient particulièrement solides pour résister à un tel traitement. Pour l'artillerie de campagne, la question reste entière car la mobilité et la légèreté des pièces, priment sur toute autre considération. La solution, c'est le frein hydraulique, capable d'amortir le recul et de ramener, grâce à un système de récupérateur, le tube dans sa position initiale, l'affût restant fixe. L'aboutissement de ces réflexions est le canon de 75mm modèle 1897, qui utilise ce qu'on appelle alors « le lien élastique ». Réalisation révolutionnaire qui reste longtemps inégalée à l'étranger. Sa portée pratique en 1914 est de 5500 mètres. Ce qui nécessite de pourvoir chaque batterie d'une grande échelle métallique qui permet à l'officier de tir, de s'y jucher est d'observer son tir à la jumelle, et ainsi de donner les consignes nécessaires oralement.



Le principal inconvénient du « 75 » alors est d'insuffler par ses qualités intrinsèques, un sentiment de supériorité à ses utilisateurs qui en viennent à nier l'utilité de tout autre canon, en particulier de l'utilité de se doter d'une artillerie lourde. La doctrine des « soixantequinzeboutistes » est la suivante. L'adversaire écrasé par le feu intense des « 75 », n'aura plus d'autres recours que de se terrer dans des trous d'où l'infanterie viendra les débusquer. Et là ! s'ils essaient de sortir, l'artillerie les étrillera ! Cette erreur de perspective aura de lourdes conséquences sur le déroulement des opérations en 1914.

2) LA GRANDE GUERRE 1914-1918.

L’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 déclenche un processus complexe d’intimidation réciproque qui, par le jeu des systèmes d’alliances conclus entre les différents pays, finit par impliquer l’Europe entière, dans une logique infernale qui débouche sur la guerre.



2.1) 1914

OFFENSIVE EN LORRAINE

Le 26 juillet 1914 à 20 H 45 le lieutenant-colonel Guillochon commandant provisoirement le 8e RA, est alerté à Rosnay l’Hôpital (Aube), alors que le régiment rentrait d’une école à feu à Mailly. Le 27 juillet, les trois groupes formant le régiment s’embarquent à Brienne le Château en direction de Nancy où ils arrivent le 29 après midi. Mis en alerte le 30 juillet 1914 à 23 heures 30, en même temps que la 11e Division, le régiment quitte le quartier Drouot sous les ordres du Colonel Mauger le 31 juillet à 1914 à 13 heures 30, puis prend position dans des cantonnements de couverture au nord-est de Nancy; le long de la nationale « 413 ».
- Le 1e Groupe à Saulxures (975/968)
- Le 2e à Agincourt, (970/016)
- Le 3e à Essey lès Nancy. (968/990)

Le 8e Régiment d’artillerie fait alors partie du 20e Corps d’armée qui est commandé jusqu’à la fin du mois d’août par le général Foch. Il appartient à l’artillerie divisionnaire de la 11e Division d’infanterie.


COMBATS DE JUVELIZE, DONNELAY

Le 12 août, ayant accompli sa mission de couverture, le régiment fait mouvement vers la frontière et s’installe en cantonnement d’alerte. Le 1e Groupe à La Neuvelotte, les 2e et 3e Groupe à Champenoux. Le 14 août à une heure, l’ordre d’attaque est donné. La 11e Division gagne par Rémereville, Hoëville, la pointe est du bois de Serres où elle se rassemble. Puis elle marche en trois colonnes en direction des hauteurs au sud de Marsal, Juvelize, Donnelay. L’engagement a lieu à 11 heures, de Rechicourt la petite à Juvrecourt. Le Régiment traverse Arracourt puis Rechicourt et appuie l’attaque. Le 1e coup de canon est tiré le 14 août à 14 heures.

Le 1e groupe est au Signal Allemand, le 2e Groupe à la Haute Riouville, le 3e au sud du Signal Allemand. Les batteries appuient l’infanterie de la 11e Division et contrebattent pendant toute la journée les batteries de la côte 250 au Nord-Ouest de Juvelize. A 15 heures, le capitaine Huardot commandant la 5e Batterie du 2e Groupe est blessé du haut de son échelle d’observation. Le lieutenant Grimault le remplace mais il est blessé à son tour. Le sous-lieutenant Hardouet du Mazet fait alors fonction de capitaine. A la nuit, notre infanterie tient les hauteurs au sud de Bezange-La-Petite et de Xanrey; le 8e est en position le long de la route de la Haute Riouville à Coinccourt.

Le 15 août, la division conserve ses positions. Notre artillerie prend l’avantage. Le 1e Groupe est vers le bois de Moncourt, le 2e à l’Ouest de Bezange, le 3e au sud du Signal Allemand. Ce même jour deux groupements d’artillerie sont formés. L’un comprenant le 3e groupe aux ordres du lieutenant-colonel Guillochon opère aux abords de Juvelize, l’autre groupement comprenant les 1e et 2e Groupe placés sous le commandement du lieutenant-colonel Dentraygues est chargé de l’appui direct de la 11e D.I. Le 16 août, lorsqu’on reprend l’offensive, l’ennemi a disparu, replié vers le Nord. Nous n’avons eu affaire qu’à un avant-ligne, puissamment soutenue en artillerie. Le 16 au soir nous occupons Juvelize et Donnelay. Le premier Groupe cantonne à Donnelay, le 2e à Lezey, le 3e à Juvelize. Le 17 août, le 1e Groupe se déplace à Bezange-La-Petite.

Le 18 août, les 1e et 2e Groupes, en position au sud de Marsal et de Moyenvic, appuient le passage de la Seille par le 37e RI qui occupe le Bois De La Geline.

Les allemands se replient sans chercher à résister outre-mesure, en direction du nord, talonné par le 20e Corps. Toutefois, contrairement aux prévisions allemandes, les français hésitent à trop s’avancer, loin de leurs lignes arrière. En trois jours, ils n’ont progressé en Lorraine annexée que de 20 km. Changeant de tactique le commandement allemand s’établit en défense ferme sur la ligne Sarrebourg-Mohrange.

Le 18 août au soir, le 1e Groupe est à Moyenvic, le 2e à Lezey, le 3e à Salival.

MOHRANGE 1914



La 11e DI reprend l’offensive le 19 août. Sous la protection de l’artillerie, en position à la lisière nord du Bois De La Geline, la Division atteint vers 11 heures ses premiers objectifs: Hampont, Wuisse, et la crête au Nord, les hauteurs de Koeking.

L’artillerie est portée en avant: 1e Groupe au sud de Riche, le 2e au nord de Wuisse et à la tuilerie de Koeking, le 3e à l’est du bois d’Haboudange. De la position de la ferme de Haut de Koeking, les 4e et 6e Batteries, observant des toits de la ferme, prennent en écharpe l’infanterie allemande, qui attaque le 15e Corps placé à la droite de la division.


Un ordre malencontreux du chef d’état-major du 20e CA envoie à 23 heures tout le 8e bivouaquer à Burlioncourt. Les groupes sont cependant en sûreté derrière l’infanterie. Le 4e BCP est à Pevange, le 37e RI au nord de Riche et à Conthil, les 69e et 79e RI à Lidzering. Les groupes arrivent à Burlioncourt le 20 août à 2 heures pour en repartir à 4 heures et reprendre leurs positions vers 6 heures. Or depuis l’aube, après une violente préparation de l’artillerie allemande, notre infanterie est contre-attaquée vigoureusement sur tout le front. Son offensive est rapidement enrayée. Le régiment appuie ultérieurement les attaques sur Lidrequin, Conthil, puis de Mohrange. Les batteries dans cette journée infligent de lourdes pertes à l’ennemi.

Le 20 août vers 14 heures, la 11e DI, découverte sur sa droite, se replie; les groupes du 8e se replient par échelon, ayant à certains moments les allemands à moins de 600 mètres et, par la route de Chateau-Voué à Hampont, gagnent Morville sans avoir perdu un canon.. Dans la nuit du 20 au 21 août, ils gagnent en même temps que la division la région de Juvrecourt. Et, le 21, ils couvrent la retraite vers les ponts de Varangeville.


DEFENSE DU GRAND COURONNÉ 1914

Du 22 au 24 août, des hauteurs entre Saint-Nicolas et Rosieres-Aux-Salines, les tirs du régiment arrêtent l’ennemi dans les vergers au nord de Dombasles et l’empêchent de s’installer sur la crête de Flainval. Le 25 août, une armée allemande, venant de Lunéville, cherche à traverser les lignes françaises entre la Meurthe et la Moselle en direction de Damelievres. L’ennemi entre au contact du 20e Corps à 2 km du village d’Hudivillier sur la lisière de la forêt de Vitrimont. Pour le 20e Corps, il faut tenir sur place afin de sauver Nancy. Le 1er Groupe s’installe au Nord d’Hudivillier en vue d’appuyer la marche du 79e R.I. sur Deuxville. Les 2e et 3e Groupes sont en appui du 26e RI dans sa marche vers Vitrimont. Leur tir est concentré sur les hauteurs du Léomont et sur le versant oriental où sont positionnées des batteries allemandes. L’efficacité de leur tir sera attestée par la découverte du matériel des colonnes légères du 2e Groupe du 8e Régiment d’artillerie prussien abandonné sur place.

Le 26 août, le 3e Groupe prend position au niveau du cimetière du village d’Anthelupt. Au soir de cette journée, la Division a atteint Vitrimont et les hauteurs du Léomont. Mais les allemands tiennent toujours Deuxville et la ligne de colline passant par le mont Friscati à gauche et à droite par la Faisanderie. Toute la nuit l’attaque continue vers ces deux directions.

Le 27 août, c’est au tour des allemands d’attaquer, mais leur effort pour reprendre le Léomont reste vain. Le 2e Groupe bat pendant toute la journée les pentes est du mont Friscati. Le régiment, en prévision d’une offensive française généralisée, change de position. Le 1e Groupe se place à la hauteur de la Maison Forestière, le 2e à 500 mètres au nord de Vitrimont, le dernier à 300 mètres de la lisière nord de la forêt de Vitrimont. Le 29 août, les tranchées commencent à être creusées. Le 2e Groupe menacé se replie sur la route Nancy-Lunéville à l’ouest de la ferme de Léomont. Le 31 août, le 1e Groupe est violemment pris à partie après avoir été repéré par un aéroplane et le capitaine Fiévet commandant la 1e Batterie est tué par un obus de 210.

Le 1e septembre, l’armée française attaque sur tout le front, tandis que les trois groupes du 8e RA bombardent de concert les hauteurs de Friscati. Le soir, la 11ème D.I occupe enfin les hauteurs de la Faisanderie, de la ferme Saint-Epvre et le village de Deuxville. Mais les allemands tiennent toujours le mont Friscati. Le lendemain matin, le deuxième Groupe reporte son tir sur le faubourg de Nancy à Lunéville, où des mitrailleuses postées interdisent la progression de nos troupes depuis la Faisanderie. Mais le 3 septembre, une contre-attaque vigoureuse permet aux allemands de récupérer tout le terrain perdu. Les français les empêchent cependant d’atteindre Nancy. Les batteries du « 8 » reprennent leurs positions du début des combats à Rosières. Les 9, 10, 11, le sous-lieutenant Bresard, accompagné de téléphonistes, se porte jusqu’à la ligne de nos tirailleurs au nord-ouest du Léomont, pour régler le tir de sa batterie. Il inflige ainsi de grosses pertes à une batterie de 77 placée à la ferme de Remonville (30 morts), à une autre batterie à la côte 306 et à de l’infanterie dans la vallée du ruisseau de l’Etang. Le 11, à l’annonce de la victoire de la Marne, le 20e Corps repart à l’offensive en direction d’Haraucourt, Deuxville et Corbessaux. Le 12, les Allemands sont contraints d’abandonner Lunéville.

L’attaque allemande a échoué devant la défense du Grand Couronne, Nancy est sauvé. Le 20e Corps est de ceux qui ont sauvé la Lorraine. Tous ses régiments, le 8e RAC est de ce nombre, ont été cités pour ces combats (citation à l’ordre de l’Armée numéro 110 du 29 septembre 1914).


COURSE À LA MER: COMBAT DE BRAY/SOMME (du 25 septembre au 15 octobre 1914).

Foch, nouveau commandant des armées françaises du nord, tente de profiter du repli allemand vers l’Aisne après la Marne, pour les contourner par le Nord, dans une course effrénée vers la mer.

Le 20 septembre à une heure, le régiment embarque à Choloy-Domgermain et se porte sur la Somme par l’itinéraire Neufchâteau, Troyes, Montereau, Versailles, Rouen. Il débarque dans la région de Serqueux-Grandvilliers-Formerie (Oise) le 22 septembre.

Après des marches épuisantes, il vient prendre position à 2 km de BRAY/Somme. Dès son arrivée il reçoit sa mission:
- Le 1e Groupe doit battre les rives sud-est de la Somme et participer à la défense du village de CAPPY qui est soumis à une attaque.
- Les 2e et 3e Groupe sont en position d’attente dans les ravins à 3 km à l’ouest de BRAY.

Grâce à l’action du 1e Groupe, le village de Cappy est rapidement dégagé et l’infanterie peut progresser. Les trois groupes sont réunis sous les ordres du lieutenant-colonel Guillochon et les deux groupes qui n’avaient pas été utilisés pour les combats autour de Cappy se mettent en batterie au nord de Proyart avec mission d’appuyer les 41e et 43e RIC dans l’attaque de Dompierre-Becquincourt.

Du 25 septembre au 15 octobre le régiment prend part à tous les combats autour de Bray s/ Somme, éprouvant des pertes sérieuses, surtout dans la journée du 2 octobre. Il se bat à Cappy, Chuignes, Maricourt, Carnoy, Montaubau, Mametz, Fricourt, ferme de Bronfray.

Le 25 septembre, la 2e Batterie détruit une batterie ennemie qui abandonne deux pièces tandis que le 26e RI et le 4e BCP enlève le plateau autour de Cappy. Le 28 septembre, vers 15 heures, la 4e Batterie doit aller occuper une nouvelle position à 500 mètres au nord-ouest de la ferme de Bronfay lorsqu’elle est prise sous un violent bombardement de 150. Le sous-lieutenant Rolin, qui la commande, profite d’une accalmie du tir ennemi pour faire amener les avant-trains. Alors que ceux-ci arrivent, un obus tue l’officier et son cheval, quatre hommes et plusieurs chevaux d’une pièce. Avec sans froid, et malgré le bombardement, les maréchaux des logis Boubel, Leclerc, Terrien, Potel et Sambard, s’emploient à la reconstitution de l’attelage de la pièce touchée. Grâce à eux, la batterie au complet peut rejoindre le reste du groupe et continuer la mission. En dépit de la fatigue endurée pendant cette journée et celles qui l’avaient précédée, ces même sous-officiers partent à la nuit tombée chercher les corps de leur chef et de leurs camarades afin de les ensevelir près de la ferme de Bronfay. Le 30 septembre, un aéroplane lance une bombe qui tue deux hommes et 16 chevaux de la 3e Batterie. Le 2 octobre dans l’après-midi, le 2e Groupe, violemment bombardé, riposte néanmoins vigoureusement lorsqu’il reçoit l’ordre d’amener les avant-trains. Il est impossible d’amener les attelages sous un tel déluge de feu. Ordre est donné de déplacer le matériel à bras. Le capitaine Denis, le sous-lieutenant Cucuel, l’adjudant Bertrand et tous les autres personnels s’attellent aux pièces. Beaucoup sont déjà tombés lorsque le colonel donne l’ordre d’interrompre ce mouvement. Le personnel s’abrite derrière la ferme. Un nouvel ordre survient: il s’agit de se remettre en batterie afin de faire croire à l’ennemi qu’il n’y a aucune perte ni dégât. Les pièces sont remises en batterie et exécutent un tir nourri pendant toute la soirée. Le lendemain, il se trouve encore des volontaires pour conduire une section dans le village de Carnoy à 800 mètres des lignes.
Le 4 octobre, vers 15 heures, alors que le duel d’artillerie se poursuit, un obus tombe sur le poste d’observation du premier groupe. Le capitaine Level de la 3e Batterie est tué, ainsi que les deux brigadiers de tir de la 1e et de la 3e Batterie. Le brigadier Bain de la 1e Batterie était le dernier survivant des trois capitaines et des trois brigadiers de tir qui avaient quitté Nancy début août. Le village de Cappy qui était l’enjeu des combats, finit par être dégagé. Le régiment a eu 23 morts pendant cette période.

A partir du 18 octobre, le régiment est porté plus au Nord, les 1e et 3e Groupes se mettent en batterie près de Berles-Aux-Bois où vient les rejoindre le 2e Groupe. Tous participent aux attaques de Monchy-Aux-Bois, Ransart et Bois d’Adinfer jusqu’au 2 novembre.

Les 28 et 29 octobre, la pièce du maréchal des logis Bailly, de la 1e Batterie, reste en position à découvert et tire, sans abri pour le personnel, à 200 mètres de la première ligne et d’une mitrailleuses ennemie, aux lisières de Monchy. A quelques centaines de mètres de là, s’installent, le 28, la pièce du maréchal des logis Ferry, le 29, celle du maréchal des logis Dosnon.

Le 28, le canonnier Constant, de la pièce Ferry, se précipite en avant et prend des mains d’un fantassin agent de liaison qui vient d’être frappé d’une balle, (quatrième agent tué en effectuant la même mission), un pli qu’il va porter à son destinataire en parcourant 200 mètres d’un terrain vu de l’ennemi et balayé par une mitrailleuse. Blessé au retour, il sera décoré de la médaille militaire.

CAMPAGNE DES FLANDRES (hiver 1914-1915)

La chute du fort d’Anvers le 8 octobre a libéré de nombreuses troupes allemandes. Pour Le général en chef des armées du Kaiser, Falkenhayn, c’est l’occasion de tenter une percée dans le dispositif allié des Flandres. Son attaque dans le secteur d’Ypres, n’est que très difficilement contenue par les franco-britanniques.

Le 8e Régiment d’artillerie qui, du 2 au 7 novembre, a fait chaque jour des marches et des contremarches de la région d’Aubigny à celle de Merville, franchit le 7 novembre la frontière belge et cantonne aux environs d’Elverdinghe.

Les groupes sont d’abord engagés au Sud d’Ypres, à Woormezeele, Saint-Eloi jusqu’au 11 novembre, puis du 12 au 15, dans la région de Boesinghe-Zuidschoote.

À partir de ce moment, les groupes entrent successivement en secteur dans la boucle D’Ypres, sur la rive droite de l’Yperlée, occupant des positions à Pilkem, Langemarck, Saint-Julien, Fortuin.

Ils prennent part à l’attaque du secteur de Langemarck, en particulier aux attaques du Bois Triangulaire, du cabaret Korteker, de Widendreft, puis du secteur de Poëlcapelle.

Relevé en partie par une division marocaine et le 5e Groupe d’Afrique, le Régiment quitte la Belgique le 18 avril 1915 et rejoint l’Artois où une grande offensive de printemps se prépare. Pour le Général Joffre, l’objectif premier est de s’emparer des hauteurs de la côte de VIMY

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 12:01

2.2) 1915

BATAILLE D’ARTOIS (secteur d’ARRAS) : avril à juin 1915

Du 20 avril au 8 mai 1915, le régiment, en batterie entre Mareuil et Anzin-Saint-Aubin, prépare l’attaque de la 11e DI sur les lignes allemandes prévue entre la parie est du Labyrinthe et La Targette. Le premier groupe est placé à 500 mètres au sud du village de Mareuil, et juste derrière lui, le 2e Groupe. Le 3e quant à lui, se positionne à Haute-Avesne. Le plan de feu prévu se décompose de la manière suivante. Il est tout à fait représentatif des modalités d’action de l’artillerie dans la guerre de tranchée.
- De l’heure H à H+1: tirs de contrôle
- De H+1 à H+3h20: tirs lents de réglage
- De H +3h20 à H+3h40: tirs de 20 mn sur les premières lignes allemandes à raison de 3 coups pièce par minute.
- 10 mn de repos.
- De H+3h50 à H+4: tir de 10 mn sur les premières lignes allemandes à raison de 4 coups pièces par minute.
- Partir de H+4, allongement progressif du tir. La fin du tir aura lieu sur ordre.



Le 9 mai, après une préparation d’artillerie qui dure de 6 heures à 10 heures, l’Infanterie sort de ses tranchées et enlève la Maison Blanche et les premières maisons de Neuville à 10 heures. A 13 heures, Neuville est prise; A 13 h 45, une contre-attaque allemande est prise sous le feu des canons du régiment. Mais les troupes françaises sont bloquées dans leur avancée devant le cimetière et le moulin de Neuville, dans la région du Labyrinthe. La situation devient très confuse tandis que le 8e RA continue à tirer sans arrêt.

Par la suite, les batteries se portent en avant par échelons et prennent position dans le fond de Vase et sur la croupe sud-ouest de la Maison Blanche. Accompagnant par ce mouvement les attaques partielles sur Neuville-Saint-Vaast, le moulin de Neuville, le Labyrinthe, Thelus, tout en interdisant aux attaques allemandes les débouchés de la Crête de la Folie et du Télégraphe. Les pertes infligées à l’ennemi sont cruelles, en particulier le 12 mai à une division massée dans le bois de la crête de La Folie.

Le 26 mai, le régiment est mis dans le même secteur à la disposition de la 53e DI, dont il appuie les attaques sur le Labyrinthe jusqu’au 12 juin.

Le 16 juin, il prépare et accompagne l’attaque de la 11e DI sur la côte 105 et le moulin de Neuville, puis contribue à la défense du secteur jusqu’au 6 juillet.

Du 9 mai à la fin des combats le 18 juin, 100 000 français et 75000 allemands, ont été tués ou blessés pour ne déboucher sur aucun avantage tactique significatif. Joffre quant à lui, en conclut que cette opération en Artois avait échoué par manque d’ampleur. Si bien qu’il décide une autre attaque générale pour le deuxième semestre 1915.


BATAILLE DE CHAMPAGNE: SECTEUR DE SUIPPES

Après un repos de six semaines à Laneuville-Devant-Nancy, les batteries embarquent pour se rendre devant le front de Champagne, dans la région de Suippes. Elles prennent position au sud-est du Balcon (Ravin de la piste des rondins) où elles préparent l’attaque de la 11e DI qui aura lieu le 25 septembre à 9 h 15. Celle-ci dit progresser entre la Butte du Mesnil et la côte 195 (La Limace). Le 20 septembre à 14h 20, l’observatoire du régiment, au Balcon, est bombardé: le Révérend-Père Compagnon, aumônier du régiment y trouve la mort.

Conformément à un horaire fixé à l’avance, les batteries se portent en avant par échelons dans chaque groupe et abordent le ravin de Marson que certaines d’entres-elles dépassent. Mais elles ne peuvent prendre position au-delà, la Butte du Mesnil n’ayant pu être enlevée. Dans l’attaque, le maréchal des logis Valdenaire, agent de liaison auprès du 79e RI, se joint à un groupe de fantassins arrêtés par un centre de résistance et fait le coup de feu avec eux avant d’être tué. Le lieutenant Thomas, parti avec les vagues d’assaut comme observateur d’artillerie, a la cuisse fracassée par une balle; le téléphoniste Benoît, qui lui s’est retrouvé avec le poignet brisé, surmontant sa douleur, charge l’officier sur son dos et le met à l’abri, avant d’aller rendre compte à la batterie et de se faire soigner. Ces deux exemples d’héroïsme rappellent incontestablement, que si l’artillerie est une arme d’appui, elle partage néanmoins les affres de l’infanterie par ses éléments avancés: un observateur ne dure jamais longtemps.
Puis, toutes les batteries se mettent en batterie dans la région de Beauséjour et prennent part à l’attaque du 27: le 79e RI s’empare enfin de la butte du Mesnil.



Du 28 septembre au 24 décembre, les batteries restent sur ces positions, assurant l’inviolabilité du front. Les duels d’artillerie tournent rarement à l’avantage des « 75 » français: l’artillerie lourde allemande continue à exercer sa suprématie. Le 30 octobre, la 7e Batterie, en position au ravin de la Source, au nord-est de Beauséjour, est soumise à un tir de destruction d’obus de gros calibres. Vers 16 heures, l’abri de la 4e pièce est écrasé sous un coup de 150; trois de ses servants sont ensevelis et seront retrouvés morts. La même mésaventure arrive le 12 décembre aux 5e et 6e Batteries prises sous un bombardement de 105. Un obus tombe sur l’abri d’une pièce de la 3e, mais ses servants peuvent être néanmoins sauvés.


2.3) 1916

Du 13 septembre au 13 mars 1916, le 8e Régiment suit la nouvelle affectation de la 11e DI, sur le front de Lorraine, de Manhoue à Bezange La Grande, sur la rive gauche de la Seille, dans un secteur dit de « repos ».

PREMIERE BATAILLE DE VERDUN (rive gauche de la Meuse) de mars à avril 1916

Dans ce conflit qui s’éternise, l’Allemagne décide de reprendre l’offensive. Non pas tant pour parvenir à une percée décisive, mais pour entraîner l’armée française dans un affrontement meurtrier dans lequel elle s’épuiserait. L’objectif choisi est Verdun, charnière entre le nord et l’est du front français. Le 21 février, le bombardement allemand commence. Jamais dans l’histoire de telles quantités d’obus et une pareille puissance de feu avaient été réunies. Les lignes françaises sont écrasées sous une avalanche d’obus, des unités entières sont annihilées. Mais des renforts arrivent massivement. Durant la seule première semaine de mars, 190 000 hommes empruntent la « Voie Sacrée ».



Vers le 8 mars, les allemands ont réussi à se tailler une position de résistance au-delà de la Meuse et la bataille se poursuit pour la possession des crêtes avoisinantes, comme le « Mort Homme » que les allemands finissent par remporter, mais pour se retrouver face à l’artillerie française placée au niveau de la côte 304.

Le 24 mars 1916, le régiment entre en ligne sur la rive gauche de la Meuse. Le premier Groupe est placé à la côte 310, au nord et le 2e au sud-est de Montzeville, le 3e à la lisière nord-est du Bois de Bethelainville. Ce dernier groupe prend part à l’attaque du bois d’Avocourt le 29 mars.

Le 31 mars, le 2e Groupe se porte à l’oratoire d’Esnes et le 3e à la côte 304. Tout le régiment est en barrage sur le ruisseau des Forges, du bois d’Avocourt à Bethincourt. Le régiment éprouve de lourdes pertes sur ces positions tant en hommes qu’en matériel. Il se sacrifie sur des positions vues à revers du Bois des Corbeaux, du Mort Homme et de la rive droite d’où tout mouvement est aperçu immédiatement par l’ennemi.


Transport des blessés

Les progrès de l’assaillant au sud du ruisseau de Forges obligent le 3e Groupe d’abord à se reporter sur les pentes nord de la côte 310 le 1e avril. La position est extrêmement inconfortable: depuis les hauteurs de la rive droite les Allemands ont une vue plongeante sur les positions occupées. Elles sont d’ailleurs prises de revers par les observateurs ennemis depuis les Hauteurs du Mort Homme et du Bois Des Corbeaux. Mail il faut tenir alors que l’infanterie est violemment attaquée au ruisseau des Forges et à Malancourt. A 11 heures 30, la 3e Batterie est bombardée à coup de 150 depuis le Bois Des Corbeaux : deux de ses pièces sont mises hors d’état. La batterie n’ayant pas de mission particulière à remplir, le personnel est évacué et mis à l’abri à 200 mètres des positions de pièces. A 14 h 30, lorsque le bombardement cesse, les 4 canons, les 6 caissons comme les abris sont inutilisables. La batterie reçoit 4 nouveaux canons durant la nuit. Mais le 10 avril, la batterie est de nouveau prise à partie: trois nouveaux canons sont hors service.

La 6e Batterie du 2e Groupe est en position à la Croix d’Esnes le 2 avril. Après avoir effectuer quelques tirs de barrage, elle est soumise au tir convergent de plusieurs batteries allemandes. Au bout de deux heures de bombardement, quoique plusieurs caissons aient sauté et que trois canons soient détruits, une demande de tir parvient. Le peloton de la 3e pièce sous les ordres du maréchal des Logis Fleury, sort de son abri et sans instrument de pointage, effectue le tir demandé, avant d’être démolie à son tour. La 5e Batterie est dans la même période dans la même zone de La Croix d’Esnes. Elle est soumise du premier au quatre à un bombardement continu de 150: ses abris résistent mais lorsque la position est évacuée, elle n’a plus qu’un canon, deux sont détruits par le feu de l’ennemi et le 3e a éclaté. Le groupe doit se reporter aux lisières nord-est du Bois d’Esnes le 4 avril.

Face à tel échec de notre artillerie, systématiquement contre-battue par des pièces d’artillerie lourde qui font cruellement défaut encore à l’armée française, les missions assignées peuvent prendre des tournures inattendues, courageuses mais inutiles. Dans la nuit du 9 au 10 avril, un canon de la 8e Batterie est mis en place à l’extrême pointe ouest du bois Camard, à 250 mètres de l’ennemi. Plus d’ailleurs pour montrer aux fantassins qui se trouve là que l’artillerie française existe toujours et qu’elle n’est pas confortablement installée loin du danger tandis qu’eux continuent à endurer un feu terrible de la part des allemands. Au lever du jour, la pièce est imparfaitement cachée dans un trou d’obus sur un glacis parfaitement à découvert. Pendant deux jours et deux nuits, le maréchal des logis Henry et les servants restent auprès d’elles, sans meilleur abri. Le deuxième jour le chef de pièce et deux de ses servants sont blessés dans un bombardement.

A partir du 9 avril, la 11e Division est remplacée par la 39e DI avec laquelle le 8e RA reste en position jusqu’au 17 avril, date à laquelle il est relevé.

Tandis que la bataille de Verdun continue, Joffre exige du Général Haig, commandant les armées britanniques, qu’il avance la date de l’offensive prévue dans la Somme, afin de soulager l’armée française qui au bord de la rupture. Comme le dit alors Joffre, si on attendait ne serait ce que le 15 août, « l’armée française aurait cessé d’exister ».

DEUXIEME BATAILLE DE LA SOMME: de juillet à août 1916.

L’armée allemande avait eu le temps depuis deux ans de se fortifier considérablement dans le secteur. Après 7 jours de bombardement, les anglais n’avaient pas réussi à entamer les réduits allemands ni le couvert de barbelés. Néanmoins, le 1e juillet, près de 100.000 britanniques s’élancent à l’assaut. C’est un massacre, 6O % des officiers et 40 % des soldats engagés sont mis hors de combat. Plus au sud, l’attaque limitée menée par le général Fayolle, réussit presque à percer. Mais l’attaque est globalement un échec. L’offensive n’en continue pas moins néanmoins les jours suivants.

Pour l’attaque du 1e juillet, le 8e RA est venu relayer au nord de la Somme des artilleurs britanniques et a pris position au sud-est de Maricourt. La préparation qu’effectue l’artillerie divisionnaire de la 11e DI (8e RA et 208e RA), pour le premier sera citée en exemple dans une note sur l’artillerie émanant du « Groupe des Armées du Nord », sous le titre: « Préparation bien conçue, bien exécutée, suivie d’une attaque sans perte ».

Une résistance allemande au niveau de Curlu est réduite en ce même jour par une concentration de toute l’artillerie divisionnaire de 17 heures 30 à 18 heures.

Le 5 juillet le régiment appuie l’attaque des tranchées de la Crête de L’observation Wood-Summit Copse. Le 6 il arrête une contre-attaque sur le bois du Sommet. Le 8, il participe à l’attaque de la 39e division sur Hardecourt. Le 9, le 2e Groupe se porte par échelon dans le ravin du Bois « Y » tandis que le 10, le 1e Groupe prend position dans la boucle de la Somme.

Chargé d’exécuter des tirs de démolition sur les réseaux de fil de fer devant la Ferme Rouge le 17 juillet, le capitaine de la Ville-Tanet, commandant la 2e Batterie, établit son poste d’observation dans un trou d’obus situé à 100 mètres des lignes françaises et 300 mètres des tranchées allemandes. Toute la journée il dirige le tir de la batterie mais tombe mortellement blessé sur le chemin du retour. Le 20, tout le régiment appuie l’attaque de la 47e DI sur la Ferme Rouge, la Tranchée Rouge, la Tranchée verte et la ferme Monacu, attaque qui permet de conquérir le ravin du Bois Vieux. Le 21, le 3e Groupe se porte au Chapeau de Gendarme. Le 30 juillet, le régiment prend part à l’attaque de la tranchée des Insectes par la 11e DI ; le 7 août à l’attaque de Maurepas; le 11 et le 12 à une nouvelle attaque qui permet d’emporter enfin la Tranchée des Insectes et Maurepas. Le 15 août, le 8e RA est relevé.


TROISIEME BATAILLE DE LA SOMME: octobre à décembre 1916.

Le 17 novembre 1916, le 8e RA relève l’artillerie divisionnaire de la 40e Division, à Combles-Frégicourt et à La Briqueterie, opérant des tirs de barrage devant les positions tenues par la 39e DI. Il reste sur ces positions jusqu’au 12 décembre, date à laquelle il est relevé par l’artillerie britannique.

Du 29 décembre au 16 janvier 1917, le 8e RA est dans le secteur de Nomeny au four à chaux de Brin, en Lorraine, avec la 11e DI.

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 12:02

2.4) 1917

CHEMIN DES DAMES (Aisne): avril à juin 1917


Artilleurs français au moulin de Laffaux, chemin des dames (Aisne), en 1917.

Le 29 mars 1917, les groupes du 8e RA prennent position entre Pargnan et Moulins, et préparent l’attaque: les 1e et 2e Groupe devant la 153e DI, le 3e Groupe devant la 39e DI.

Le 16 avril à 6 heures, l’attaque se déclenche. A 6 heures 30 suivant un horaire fixé à l’avance, les reconnaissances se portent en avant, suivies des groupes et des échelons. Les groupes prennent position à l’est de Verneuil. Les reconnaissances des 1e et 2e Groupes (commandant de Vesins et Bonnel) suivant à cheval la progression de l’infanterie sont prises sous le feu des mitrailleuses ennemies. Elles continuent néanmoins leur mission avec calme, donnant l’exemple aux batteries qui viennent se mettre en position sur un terrain balayé par les balles et retourné par les obus.

Le 17 avril, la 11e DI s’intercale entre la 39 e DI et le canal et, appuyée par le « 8 », atteint le nord de la Braye le 18 avril.

Le 5 mai, les groupes soutiennent l’attaque des 2e et 4e BCP sur les deux rives du canal. Ce même jour le lieutenant Barré (Etat-major du 1e Groupe), désigné sur sa demande pour assurer la liaison du groupe avec le 79e RI, suit les vagues d’assaut et signale les résultats des tirs en restant à découvert sur la crête du Chemin des Dames, faisant lui-même des signaux à bras. Lors d’une contre-attaque, il se joint, pour résister, aux éléments les plus avancés. Blessé d’une balle et d’un éclat de grenade, il revient au poste d’observation pour rendre compte au chef d’escadron de sa mission. Le maréchal de logis Audeval de la 9e Batterie, détaché auprès du 2e BCP part avec la première vague. Il est grièvement blessé au genou. Il parvient toutefois en se traînant sous un tir violent de barrage déclenché par l’ennemi jusqu’au chef du détachement de liaison et d’observation pour rendre compte de sa mission. Jusqu’au 12 juin, le régiment assure des tirs de barrage devant le front tenu par la 11e DI puis par la 77e DI.

Le 26 mai, la 7e Batterie, en position de tir, est frappée par une rafale d’obus de 150. Un canonnier resté sur le terrain, la jambe brisée, est secouru par le servant Grault dont le bras est fracassé par un obus. Le maréchal des logis Maire, bien qu’à son tour blessé, met à l’abri les deux hommes.

Les opérations du CHEMIN DES DAMES ont valu au 8e RAC une citation à l’ordre du corps d’armée.


Arrivée des troupes américaines à Paris (1917)

LORRAINE 1917-1918

Du 28 juin au 6 octobre, le régiment est en secteur avec la 11e DI de Limey à Bouconville.

Les batteries contribuent à arrêter par leurs tirs de barrage trois coups de main allemands et prennent part à une émission de gaz. Elles assurent le succès du coup de main du 18 septembre qui suit cette dernière.

Relevé les 4 et 5 octobre par l’artillerie de la Division Marocaine, le Régiment se rend dans les cantonnements de Roville et de Bainville-aux-Miroirs. Le 6 novembre, les officiers sont présentés au Général Pétain au château de Neuviller.

Les batteries embarquent en chemin de fer les 25 et 26 décembre pour se rendre dans le Barrois (Brillon, Ville-sur-Saulx). Le 23 janvier, le régiment se met en marche, empruntant pour la seconde fois la « Voix Sacrée » afin de gagner le secteur de Verdun.


2.5) 1918


Bataille de Verdun

DEUXIEME BATAILLE DE VERDUN (rive droite): janvier à avril 1918

Le 29 janvier 1918, les groupes prennent position; Le 1e à 1500 mètres au nord-est de Bras, dans le ravin du Bois en « T ». Le 2e dans le ravin de la Dame (Ravin de la Mort). Et le 3e, sur les pentes de la côte du Poivre. L’ennemi effectue du 4 au 9 février, une série de coups de main violents qui sont suivis d’un bombardement continuel des premières lignes et des positions de batteries. Du 15 février au 17 mars, les tirs de concentration à obus toxiques se succèdent. L’ypérite que le régiment subit pour la première fois, opère des ravages. Le bombardement devient d’une telle intensité qu’il fait croire à une imposante préparation en vue d’une attaque massive. Les batteries, en particulier celles du 2e Groupe, le PC du 1e Groupe et la 1e Batterie sont constamment bouleversés et démolis. Les pertes sont nombreuses. Le 17 mars, la 1e Batterie subit un tir de 210 qui dure de 8 heures 35 à 13 heures. La position est bientôt entièrement ravagée. Le personnel que le lieutenant Dosnon tient sous son commandement à 40 mètres des pièces, la batterie n’ayant pas de mission à accomplir, bondit à 11 heures hors de ses abris et exécute malgré tout, un tir de barrage avec ses deux derniers canons.

Le 2e Groupe, est lui aussi, soumis à de rudes épreuves. Néanmoins, des tirs de barrage, de contre-préparation, continuent à être déclenchés. En tout, 130 hommes sont passés sur sa position: 8 sont tués (dont un sous-officier), 103 évacués (dont 9 officiers). Au moment de la relève, le 23 mars, huit pièces seulement sont encore intactes, n’étant plus servies que par deux ou trois hommes chacune.

MARCHE VERDUN DOULLENS 1918

Relevé dans les nuits du 22 et du 23 mars, le Régiment se rassemble en échelon au Bois La Ville. Une série de marches forcées du 25 mars au 3 avril, portent les batteries de la région de Verdun dans celle de Senlis: 300 km sont parcourus en 9 étapes consécutives par un très mauvais temps. Après un séjour qui dure du 3 au 13 avril à Pontpoint-Rhuys, la marche est reprise vers le Nord.

Le régiment reste du 28 avril au 3 mai à Molliens-Vidame. Du 3 au 6 mai, un nouveau mouvement l’amène à Famechon-Grenas. Là, des reconnaissances détaillées sont faites pour soutenir, sur une ligne préparée au nord d’Arquèves et de Louvencourt, le front britannique en prévision de nouvelles attaques.

Le 18 mai, les cantonnements sont portés à Rebreuve et Rebreuviette, la mission restant la même. Dans le parc du château de Frévent, le général Vuillemot passe en revue le régiment et lui remet le 22 mai, la citation que lui a valu sa conduite à Verdun.

COMBAT DE MERY-BELLOY 1918

Le 30 mai, l’alerte de départ est donnée. Traversant de nuit en sens inverse les villages qu’il vient de parcourir, le régiment embarque à Saleux-Prouzel et débarque à Longueil-Sainte-Marie. Le 6 juin, le régiment vient occuper au Sud de Montdidier des positions échelonnées sur la ligne Saint-Martin, Sud de Mery, nord de Wacquemoulin.

Le sous-lieutenant Berthet du 3e Groupe, envoyé pour renseigner sur le déroulement de l’attaque, part dans la nuit du 8 au 9 juin avec la voiture téléphonique ainsi qu’une équipe de signaleurs et de coureurs. Il s’avance jusqu’à la route de Tricot sous le tir ennemi. Il parvient toutefois à établir une communication téléphonique précaire qui devient bientôt hachée. Devant l’avance ennemie, il est contraint de faire replier son équipe jusqu’au P.C. du groupe.
Le 9 juin, l’attaque générale est déclenchée à 4 heures 30. L’ennemi s’empare du Fretoy, du Tronquoy, de Lataule, de Belloy. Les batteries multiplient les tirs de barrages et soutiennent de leur feu une contre-attaque vigoureuse qui parvient à enrayer l’avancée ennemie.

Le lendemain, les 8e et 9e Batteries, qui sont placées sur la ligne de chemin de fer entre Wacquemoulin et Mery, effectuent à vue directe des tirs meurtriers sur des éléments ennemis qui débouchent des bois de Lataule et de Belloy.

Le 11 juin, la contre-attaque montée par le Général Mangin, surprend l’assaillant et le refoule à l’est de Belloy et de la ferme de la Garenne. Les batteries suivent la progression et continuent le 12, à accompagner l’avance française.

BATAILLE DU SOISSONNAIS 1918

Le régiment est retiré du combat pour être porté d’abord dans la région de Melicoq, puis à Trosly-Breuil. Enfin, le 19 juin, les batteries occupent le secteur d’Ambleny, dans lequel une série d’attaques partielles vont préparer le magnifique succès du 18 juillet.


Une tranchée française au Chemin des Dames (1918)

Le 17 juillet, des reconnaissances détaillées sont opérées afin de porter les batteries en avant sur des positions offensives de Ressons-le-Long-au-Chat. L’effet de surprise sera total: aucune préparation d’artillerie n’est effectuée avant le déclenchement de l’offensive. Les batteries occupent dans la nuit du 17 au 18 les positions repérées. Et à 5 heures, l’infanterie s’élance de ses tranchées, immédiatement précédée par le barrage roulant. Les batteries suivent l’avancée de nos troupes sous le feu des mitrailleuses et des avions. Dans l’après-midi, elles viennent prendre position à l’est de la Fosse-en-Haut. Puis le lendemain, à La Barre, à la Croix-Saint-Créaude et le 25 juillet, au Ravin de Pernant. Cette dernière position se révèle très difficile, exposée depuis les hauteurs de la rive droite de l’Aisne, au tir continuel de l’ennemi. Les batteries sont disposées en échelon. Le 3e Groupe est mis en position au Chalet, le 1e à La Croix-Saint-Créaude; le 2e restant au Ravin de Pernant où il subit une attaque chimique meurtrière.

Le 2 août, l’ennemi s’étant replié au delà de l’Aisne, les groupes se portent sur le rebord est du Ravin de Saconin, au mont de Courmelles et dans la région de Belleu.

Ils sont relevés le 12 août et ils sont rassemblés en échelon dans les ravins de Laversine et de Coeuvres. Après une journée de repos, les reconnaissances sont envoyées au nord de l’Aisne, dans le ravin de Saint-Christophe, à Vingré. De nouvelles positions sont occupées sous un feu meurtrier. Les avant-trains du 3e Groupe en quittant leur position sont soumis à un violent bombardement. Un obus tombe un caisson, tuant le maréchal de logis Chopplet, les conducteurs et les chevaux. Il faut coûte que coûte dégager l’accès de la position. Pendant que les servants sont occupés avec leur pièce, aidé de quelques conducteurs, le commandant Denis, le lieutenant Richard, et le sous-lieutenant Charrois, traînent les cadavres des chevaux et enlèvent les corps en dehors du chemin pour permettre au convoi d’échapper au bombardement.

Le 18, le régiment procède à quelques tirs préliminaires en vue de la grande attaque prévue le 20, entre l’Oise et l’Aisne. Le 20 août, le lieutenant Richard, officier de liaison du 3e Groupe, accompagne les vagues d’assaut. Une mitrailleuse ennemie soudain cloue au sol les fantassins surpris. Le lieutenant Richard aussitôt s’empare du service d’une mitrailleuse et riposte lui-même à l’ennemi, tout en commandant la manoeuvre aux fantassins qui permet de capturer les allemands fixés par son propre tir. Le même jour, lorsqu’une contre-attaque ennemie se dessine, tous les moyens de liaison étant rompus, le lieutenant Richard prend le cheval d’un cavalier, traverse au galop le champ de bataille et commande aux premières batteries qu’il rencontre sur sa route, le tir salvateur qui permettra à notre infanterie de tenir. Les 1e et 2e Groupes, qui se sont portés dès le début de l’attaque entre Vingré et Nouvion-Vingré, et le 3e qui, le lendemain, prend position au nord-ouest de Tartiers, sont envoyés au bivouac sur leurs positions antérieures. Puis, le 25, ils partent cantonner à Retheuil.

Cité une deuxième fois à l’ordre de l’armée, le régiment reçoit la fourragère aux couleurs de la croix de guerre.

FORET DE COUCY 1918

Depuis l’attaque allemande du 9 juin, les mises en batteries périlleuses se sont succédées. Le régiment sévèrement éprouvé et épuisé, aurait souhaité pouvoir prendre un repos prolongé. Le 1e septembre, il repart en campagne et se met en batterie le 3 face à l’Ailette à l’Ouest, et au Sud de Saint-Paul-aux-Bois. Le 5, l’ennemi se retire. Le 8e RA passe l’Ailette le 6 au matin et prend position dans la forêt de Coucy, le long de la route de Folembray à Chauny. Relevé le 15, le régiment fait mouvement pour gagner le 18 des cantonnements de repos à Guérard, Dommartin et Tigeaux.

FLANDRES 1918


Gravelines, le mémorial

Le 7 octobre, les batteries débarquent à Gravelines et vont cantonner à Roosbrugge. Elles doivent appuyer l’opération générale des armées des Flandres, qui se déclenche le 14 octobre à 5 heures 30 devant Roullers.
Les batteries sont portées en avant les 16 et 17 pour venir rejoindre la 11e DI rassemblée dans la partie est de la forêt d’Houthlust. Le 19, les bivouacs sont portés à Drywegen et dans les fermes voisines.

Le 20, la division fait mouvement en formation de combat. Elle traverse Thielt et vient cantonner à Schuylsferscapelle. Le 8e RA est mis à la disposition de la 77e DI qui est mis en ligne devant la Lys, au sud de Deynze. Il met en batterie dans la nuit du 21 au 22. Le 22, la 77e DI attaque. Le 23 et le 24, les gains sont élargis et permettent d’avancer les batteries entre la route de Driesch à Gramene et la Lys. Le régiment prend part le 31 à l’opération qui amène, après deux jours de combat, le repli de l’ennemi de l’autre côté de l’Escaut.

Après s’être mis en position à la hauteur de Nazareth et avoir appuyé un essai infructueux de passage du fleuve, le régiment se porte afin d’appuyer une tentative plus importante, à Kapellenhoeck et à Syngem. L’infanterie de la 11e DI est relevée par une division américaine qui parvient, le soir du 10, à franchir le fleuve devant Syngem. C’est en appuyant cette dernière opération que le régiment apprend la cessation des hostilités par une déclaration à la radio du maréchal Foch.

Le 8e Régiment d’artillerie a perdu pendant la Grande Guerre 600 des siens environ, morts de maladie ou des suites de leurs blessures.


CHAPITRE VII L’ENTRE-DEUX-GUERRES ET LA DEFAITE DE 1940

1) L’entre-deux-guerres


Signature de l’armistice à la Rotonde (1918)

1.1) Opérations d’après l’armistice jusqu’à l’occupation de la Rhur.

Après l’armistice, le régiment n’a pas l’opportunité de se porter dans les zones progressivement évacuées par les Allemands comme d’autres unités. Les batteries, après être restées pendant trois jours leurs emplacements de combat, puis divers cantonnement en arrière de la ligne de front, prennent le 27 novembre, le chemin de la France. Revenu dans la banlieue parisienne, le 8e RA est envoyé aux environs d’Arcy-sur-Aube pour y être fusionné avec le 264e RAC. Il est ensuite employé à des travaux de reconstruction agricoles dans les régions de Delme et de Dieuze. Le 21 juin 1919 le Régiment est envoyé dans la Sarre où, le 1e juillet, lui est rattaché le 5e Groupe du 120e RAL. Le 22 juillet enfin, le régiment prend le chemin de ses garnisons d’avant-guerre, Nancy et Toul. Le 28 juillet, la 11e DI fait son entrée dans la ville de Nancy qu’elle avait quitté le 31 juillet 1914.

Dès lors s’écoule pour le 8e RA vingt ans de paix pendant laquelle il ne subit aucune transformation, restant au type hippomobile renforcé.

Une première opération l’occupe dans un premier temps. Le gouvernement allemand rechignant à payer les réparations de guerre exigée par le traité de Versailles, diverses actions engagent le régiment. C’est d’abord l’occupation de Francfort du 3 au 30 avril 1920. Et l’année suivante, l’occupation de Crefeld du 12 mai au 20 septembre. Enfin, il participe à l’occupation du bassin de la Rhur dans la région de Duisburg, puis de la rive gauche du Rhin; il regagne enfin Nancy après un an d’absence, du 11 janvier 1923 au 26 janvier 1924.

C’est ensuite, pour les 2e et 4e Batteries, la participation aux opérations de pacification au Levant, dans le Djebel Druze révolté à l’appel de Chekib Arslan.

1.2) Opérations dans le Djebel Druze: le Groupe de marche du 8e RAD au Levant.






Les événements du printemps et de l’été 1925, au Maroc et en Syrie, nécessitent un renforcement des troupes sur les théâtres d’opération extérieure. Un décret ministériel daté du 15 août 1925 ordonne la mise sur pied de guerre de la 2e Batterie du 8e RAD. Cette dernière arrive à Beyrouth le 30 août, qu’elle quitte le 3 septembre pour gagner Damas.
Dès le début de l’insurrection Druze au mois de juillet 1925, la garnison de Soueïda s’était retrouvée bloquée dans la citadelle de la ville. La 2e Batterie quitte Damas par train et rejoint le 22 septembre à Messifray les troupes qui se concentrent sous la direction du général Gamelin afin de dégager la garnison. Le 23 la colonne se met en route. Un violent tir déclenché depuis le Tell-i-Hadid à 6 km de l’objectif arrête son mouvement avant que les canons de 75 ne viennent y mettre bon ordre. Le lendemain, la garnison de Soueïda est débloquée. Pendant deux jours, l’artillerie est utilisée pour bombarder de manière punitive les villages désertés des alentours. Le 26, par manque d’eau, la colonne se replie sur ses bases en ramenant avec elle la garnison.

Le manque de personnel et la sécheresse interdisent d’envisager des opérations d’envergure. Le haut commandement est déterminé néanmoins à obtenir un « effet moral ». L’objectif choisi est Sejen où une colonne française a été massacrée début août. La colonne repart le 2 octobre. Le 7, elle est vivement prise à partie dès son départ de Ressas par un parti de 2000 Druzes. La 2e Section de la 2e Batterie qui avançait en avant-garde se porte promptement à l’arrière de la colonne et arrête net par son feu très rapide un mouvement tournant qui s’esquissait. Le 8, entre Taale et Sejen, les canons doivent à nouveau donner pour faciliter le passage de la colonne. Le 9, cette dernière doit abandonner Sejen sans avoir pu ramasser tous les morts du mois d’août. Afin de faciliter le décrochage, la section de « 75 » doit à nouveau tirer. De retour à Ezraa, la section embarque le 21 pour Damas et s’installe au quartier de l’Arsenal. Elle est conviée bientôt à une colonne de répression dirigée contre le village d’Echrefie, un village situé à 10 km au sud de la ville.

Pendant ce temps, la 1e Section de la 2e Batterie qui était restée en réserve à Ezraa, est embarquée pour Hama en Syrie du Nord où des troubles ont éclaté; elle y parvient le 8 octobre. Le 28, elle est contrainte à tirer sur la ville elle-même lors d’une attaque durant laquelle un canonnier est tué. Puis le 20 novembre, la section se dirige vers Deraa pour renforcer la défense de ce poste jusqu’au 10 décembre, date à laquelle elle rejoint la 2e section à Damas.

Le 16 octobre 1925, une décision ministérielle prescrit au 8e RAD de mettre sur pied un état-major de Groupe et la 4e Batterie, destinés à former au Levant avec la 2e Batterie le « Groupe de marche du 8e Régiment d’artillerie au Levant ». Ce renforcement débarque à Beyrouth le 12 novembre et est cantonné à Rayack le 15.

Début novembre, la rébellion avait gagné l’Hermon et le Liban sud. Le 12, la citadelle de Rachaya se trouvait encerclée. Le 23, une colonne sous les ordres colonel Lobez est diligentée, avec la 1e Section de la 4e Batterie, pour se porter à son secours. En doublant les étapes tant la situation paraît préoccupante, les Spahis et les artilleurs arrivent le soir même devant la ville. La section de « 75 » tire toute la nuit sur la ville éclairée par des incendies et au petit matin, appuie fortement la progression des cavaliers. A 13 heures, la citadelle est dégagée. Du 25 au 28 les canons tirent sur les hauteurs d’où les rebelles assaillent le bivouac de la colonne. Le 30, la section rentre à Rayack, ayant laissé avec la garnison de la place une pièce de « 75 » et son personnel. Pendant ce temps, le reste de la colonne traque les éléments ennemis dans la montagne.

Le 26 novembre, la 2e Section de la 4e Batterie est embarquée pour Beyrouth et de là, effectue une marche de 110 km jusqu’à Merdjayoune, rejoignant les troupes qui se préparent à l’attaque de l’important centre politico-religieux d’Hasbaya. Le 2 décembre, la colonne fait mouvement. La marche est bientôt interrompue pour porter secours à la colonne Lobez, qui descendant de Rachaya, est arrêté dans sa progression dans la région de Libbaya. Mais dès le 4 décembre, les deux colonnes ayant réuni leurs forces peuvent se lancer à l’assaut de leur objectif, aidé en cela par le feu de préparation de la 2e Section. La ville n’est toutefois enlevée que le 5 à 16 heures. Dans les journées qui suivent les villages environnants sont systématiquement bombardés à titre de représailles. Une pièce est hissée jusqu’au fort Christofini afin de contribuer à la défense de la place reconquise. Finalement, la section en passant par Beyrouth regagne Rayack le 16 décembre.

Malgré tous les succès locaux remportés, les forces françaises n’avaient pu empêcher la rébellion de gagner Damas au mois d’octobre 1925; certains quartiers échappant complètement au contrôle de l’administration. A partir du 6 décembre, la 2e Section de la 2e Batterie tire fréquemment sur les villages de la périphérie. Elle doit participer en plus à l’escorte des convois qui sortent de la ville pour ravitailler les postes avancés.



Au mois de mars 1926, une opération punitive depuis Rayack est décidée, comprenant la 1e Section de la 4e Batterie contre les bandes rebelles réfugiées dans la région de Rankus qui ne cessent d’attaquer la ligne de chemin de fer. Le 13, la colonne force le passage au canon à Kara pour se présenter devant Nebeck, que ses défenseurs fortement bombardés abandonnent pendant la nuit. Le 19, se fait à Kuteïfie la jonction avec une colonne de renforcement venue de Damas dans laquelle se trouve la 2e Section de la 2e Batterie. De concert, les deux sections d’artillerie bombardent le village de Jeroud, avant de gagner le lendemain Nebeck. La section de la 2e Batterie regagne alors Homs puis Damas. Tandis que l’autre section continue la progression sur Saïd Naze, et appuie par un violent tir le 26 mars le retour de la colonne à Damas par la montagne.
Pour assurer la soumission des Druzes de l’Hermon, il s’avère nécessaire de compléter les succès de Rachaya et d’Hasbaya, en occupant Medjel-el-Chems, ville importante au pied de la montagne. Deux colonnes doivent converger vers la ville. Une depuis Merdjayoun comprenant la 2e Section de la 4e Batterie qui a rejoint la colonne en formation du colonel Clément-Grandcourt le 12 mars. Et l’autre depuis Damas avec la 1e Section de la 2e Batterie sous le colonel Martin. A la fin mars le premier se met en route vers le Jourdain et la forteresse de Banias qui est enlevée le 1e avril après une préparation d’artillerie. Toutefois, le terrain rocailleux interdit aux batteries montées de continuer et la 2e Section doit faire demi-tour. La colonne Martin quant à elle avait atteint Kuneïtra le 31 mars. Ses chars, ses auto-mitrailleuses et ses canons de 75 se portent le 4 avril sur Messadi, situé à 4 km de l’objectif final, qu’ils bombardent ensemble. Les deux colonnes opèrent leur jonction à Medjed-el-Chems, ne laissant s’échapper que quelques fuyards. Puis elles retournent à Kuneïtra, y séjournant du 4 au 7, avant qu’une partie des troupes, dont la section d’artillerie, ne regagne Damas.

Les opérations suivantes, d’avril à juillet, vont consister à réduire définitivement le Djebel Druze. Dès le mois d’avril, le Général Andréa concentre des troupes nombreuses le long de la voie ferrée d’Ezraa à Deraa et de Bossra à Eski-Cham, dont la 2e Batterie. Le 24 avril, la colonne du général Andréa arrive jusqu’à 6 km de Soueïda, capitale de la rébellion Druze. Les Druzes ont massé toutes leurs forces combattantes pour défendre la ville, disposant même d’un canon pris aux troupes françaises l’année précédente. La progression de la légion, soutenue par la 2e Batterie est irrésistible et dès l’après midi, le drapeau français flotte sur Soueïda. Pendant un mois, la place est remise en état d’accueillir une garnison. Le 3 mai, la 2e Batterie part avec une colonne qui a pour mission de rouvrir la route directe de Soueïda à Ezraa, et de ramener les derniers corps des français tombés au mois d’août de l’année précédente. Malgré des accrochages nombreux, la mission est remplie. La 1e Section est laissée en garnison dans la place conquise alors que la 2e suit le Général Andréa dans sa marche vers Salkhad qui est occupé le 4 juin, après que les 2 et 3 l’artillerie a dû repousser deux vigoureuses attaques contre l’arrière-garde. A partir de cette place diverses actions sont menées. A la fin du mois la 2e Section regagne Bosra puis Deraa où elle stationne jusqu’au 18 juillet.

Le départ de la colonne Andrèa vers le Djebel coïncide avec la décision de nettoyer Damas de ses éléments rebelles. L’artillerie de la place est renforcée par les deux sections de la 4e batterie; pour la première fois l’ensemble du Groupe du 8e RAL est rassemblé. Le 20 juillet, les canons de « 75 » tirent chacun 600 coups dans la journée contre le quartier de la Goutha. L’opération du 20 juillet n’est pas complètement décisive et il faut continuer à tirer régulièrement sur différents endroits de la ville dans les mois suivants. La 1e Section de la 4e Batterie est envoyée à Douma et de là participe à différentes opérations de police. La 2e Section la remplace ultérieurement avant de regagner Damas le 1e novembre.

Tandis que le calme commence à renaître en Syrie, un nouveau mouvement de troupes est arrêté pour l’hivernage. La 2e Batterie s’installe à Moallaka près de Rayack, tandis que l’état-major et la 4e Batterie s’installent à Homs. Le 19 Mars 1926, ces différents éléments sont réunis à Beyrouth avant d’embarquer pour la France. Le 31 mars, le groupe de marche du 8e régiment d’artillerie au Levant est dissous à Nîmes. Les 2e et 4e Batteries deviennent respectivement les 16e et 17e Batteries du 19e RAD. La 2e Batterie a été citée à l’ordre de l’armée avec obtention de la croix de guerre, le 28 août 1926. Le groupe lui-même est cité à l’ordre du corps d’armée. En tout, 16 canonniers sont morts au Levant, dont deux au champ d’honneur.
2) la campagne de France (1940)

La division de fer dans la bataille de France

Le 22 août 1939, le Régiment en garnison à Nancy, est mis en alerte. Et le 23 août à 7h30, l'échelon "A" quitte le quartier Drouot pour le secteur fortifié de Rohrbach. L'échelon "B", l'y rejoint le 31. Le 8e Régiment d'artillerie est équipé sur le pieds de guerre en trois groupes de trois batteries chacune, plus une batterie antichar. Le 1e septembre, l'Allemagne attaque la Pologne. Commence alors l'évacuation des populations menacées de la frontière sous la protection de l’armée, en particulier du secteur "Rochbach-Bening" où le régiment est impliqué. Le 3 septembre, la France déclare la guerre. Les premières directives de temps d'hostilité sont alors données par le chef de corps, à 13h40 il est ainsi énoncé l'ordre suivant: "Il est bien entendu que dorénavant de jour et de nuit, toutes les batteries doivent être prêtes à ouvrir le feu".


La division de fer dans la bataille de France

Le 5 septembre l'ordre général numéro "1" de la 11e DI parvient au régiment: « Au moment où la Division entre en campagne, je rappelle aux officiers, sous-officiers et hommes de troupe, qu'ils appartiennent à une grande unité particulièrement réputée pour son beau passé militaire. Aujourd'hui comme hier, la "Division de fer" saura je l'espère, fournir les efforts qui la maintiendront inébranlablement sur le chemin de l’honneur et de la Victoire qu'elle a toujours suivi ». (Signé: Général Aymes)

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 12:03

Avant d'être assailli par des doutes qui paralyseront son action, le généralissime Gamelin, tenu de soulager la Pologne, donne l'ordre de tenter une action offensive sur la Sarre. Le 9 septembre, le régiment gagne le secteur est d'Ippling. A 3h 30, la division entame une attaque dans le secteur Sarre-Blies. Les 26e et 170e RI, ainsi que la première 1/2 Brigade de chasseurs avancent résolument, appuyés par quelques tirs du 8e RA. Le 12 septembre, le 170e RI a atteint la lisière nord de Hinterwald et le 26e Rausbackenberg. Le 22 septembre à 11h15 le Régiment est endeuillé par les premiers morts de la guerre. Un canon de la 7e Batterie éclate tuant son pointeur et un servant. Dès le 26, la résistance allemande se fait plus âpre et le III/8 voit les premiers coups de 105 allemands tomber sans dégât dans son secteur.

Toutefois, le GQG en quelque sorte effrayé par sa propre audace n'envisage pas de continuer encore longtemps à se maintenir dans une telle posture agressive. Le 2 octobre, le régiment regagne le territoire français. Et le 16, c'est la contre-attaque allemande, généralisée dans le secteur. Faute de renfort, d'ordres clairs les unités d'infanterie sont bousculées et cherchent à regagner le territoire français. Le I/8 et le 3/8 tirent en cette journée à eux deux plus de 4000 coups. En tout, le 3e Groupe tirera du 16 au 23 octobre quelques 9000 coups pour enrayer les attaques allemandes et également, couvrir la retraite des unités françaises imprudemment laissées encore en territoire allemand.

Les protagonistes ayant regagné respectivement leurs positions du mois de septembre, un calme trompeur s'installe progressivement sur le front. Vient l'heure des premiers bilans. La 3e Batterie a tiré à elle seule du 9 septembre au 20 novembre 6000 coups dont 1200 coups du 16 au 17 octobre. De fait, de nombreux tirs ont été effectués sur des objectifs relativement lointains, souvent à, 8500 mètres. Ce qui a augmenté notablement le nombre d'obus nécessaire pour traiter un objectif et de manière collatérale, cela a induit une usure prématurée des freins hydrauliques. Pour cette même 3e Batterie, il faut remplacer trois freins en raison de fuites trop importantes. A l'heure de l'aviation, le canon de "75" modèle 97 apparaît bien vieux.

Débute alors 6 mois d'une "drôle de guerre" qui s'achève par un coup de tonnerre: l'Allemagne bien loin d'attaquer sur la Ligne Maginot semble vouloir réitérer son plan d’invasion du mois d'août 1914 en envahissant la Hollande et la Belgique le 10 mai. L'attaque décisive viendra-t-elle du Nord?


La division de fer dans la bataille de France
Dès le 10 mai, le Régiment désormais dans la région de Thedding, bien qu'il ne soit pas en première ligne, est confronté à un violent tir d’artillerie destinées à immobiliser les troupes sur la ligne Maginot.

La 11e Division d'infanterie résiste sur ses positions du 12 au 16. Le 14 à 6 heures, la 6e Batterie a tiré depuis 24 heures, 1250 coups. Le 16, le calme revient dans le secteur. Mais très vite, le GQG comprend la manoeuvre allemande. L'attaque de la Hollande et de la Belgique n'est qu'une diversion destinée à entraîner la première armée vers le Nord tandis que les Panzer effectuent le mouvement décisif en perçant à Sedan et remontant vers le Nord en direction d'Abbeville, c'est le plan "coup de faux", qui coupent les armées françaises et britanniques du gros des troupes massées sur la Ligne Maginot. Bientôt, les forces immobilisées à la frontière est, se retrouvent sans véritable objectif alors que le destin du pays se joue plus au Nord. Le 17 mai, la division est retirée du front. Le 18, afin de reconstituer une ligne de défense sur la Somme et l'Aisne, la 11e Division est embarquée à Château-Salins sur des trains en direction de la banlieue parisienne. La route est longue, pendant quatre jours, les convois ferroviaires sont souvent bloqués par des destructions de ligne de chemin de fer.


La division de fer dans la bataille de France
Finalement parvenu à destination, le régiment s'installe en deuxième ligne en face de l'Aisne, de Compiègne à Attichy. De nombreux canons de « 75 » sont détachés dans les centres de résistance de l'infanterie de la Division.

Mais le 5 juin, débute l'attaque généralisée allemande sur la Somme, l'Ailette, le canal de l’Oise et de l'Aisne. La 7e Armée, située en avant et à la droite de la 11e DI ploie sous le choc et recule en désordre. Le 7 juin, les ponts sur l'Aisne de Berneuil, d'Attichy et de Vic s/ Aisne sautent. De fait, la division se retrouve en première ligne, particulièrement menacée sur sa droite. Depuis le point d'observation de Jaulzy, le capitaine Japiot de la 7e batterie voit les premières colonnes allemandes arriver dans l’après-midi midi et s'offrir sans méfiance aux salves d'artillerie.


L’exode sur les routes de France en 1940
La situation devient véritablement critique lorsque les allemands parviennent à franchir l'Aisne à Vicq le 8 juin, accentuant leur pression sur le 170e Régiment d'infanterie que le "8" soutient de ses feux. Ce dernier a alors une quadruple mission qu'il remplit de son mieux. Il harcèle dans la profondeur les colonnes ennemies qui approchent de l'Aisne. Il bombarde les concentrations signalées au nord de la rivière. Il tire à vue sur les points de passage de celle-ci. Et enfin, les pièces isolées soutiennent les points de résistance de l'infanterie. A vrai dire la situation est abominablement confuse. Toute la matinée, le chef de corps est sans nouvelle des 7e et 9e Batteries qui avaient été déployées comme moyen antichar aux ponts d'Attichy et de Vic s/ Aisne. A 3 h 15 commence pour l'observatoire de Jaulzy un bombardement sporadique qui dure pendant 7 heures; heureusement les lignes téléphoniques sont enterrées et il peut continuer à faire tirer. A 10 heures du matin, le tir redouble d'intensité: à 10 h 15 des fantassins allemands dévalent le versant nord en transportant des bouts de passerelle; un coup plus heureux que les autres fait taire l'observatoire à ce moment.

Vers 14 heures l'aspirant Deseiligny parvient à rejoindre le poste de commandement et raconte comment sa pièce a été perdue. L’attaque ennemie à travers l'Aisne a commencé à 3h45. A 10h 15, un sergent du 170e RT est venu le prévenir en courant que l'ennemi a franchi l'Aisne, et que lui-même, responsable d'un canon de 25 mm n'a plus de munitions. L'aspirant prit alors son fusil mitrailleur modèle 1915 et vidant 10 chargeurs, il parvint à assurer le repli des servants de la pièce de "25" qui emportent avec eux la culasse. Au demeurant, la situation devint rapidement critique pour les artilleurs eux-mêmes. L'ennemi approche, arrivant en colonne par 3: cette arrogance dans la victoire est vite corrigée par un tir aux obus à balles du "75". La situation néanmoins était intenable et, après avoir épuisé ce type de munitions sauf un coup, l'officier fit pivoter sa pièce de 1600 millièmes et dégagea la route du repli à coup d'obus explosifs; par la même occasion, il fit tirer par acquis de conscience sur la pièce de "25" abandonnée et l'endommagea irrémédiablement. A 10h25, tout fut dit: les munitions étaient épuisées. Le tube est alors déclaveté et bouché avec de la terre: le dernier obus à balle est alors chargé. Le coup tiré, la pièce apparut inutilisable. C'est alors une course effrénée à la recherche des nouvelles lignes françaises. Les conducteurs avaient disparu dans la tourmente. Un canonnier fut encore fauché avant d'être arrivé à bon port. En tout l’équipe de pièce a déploré 2 tués, et 4 disparus.

Mais le 10 juin, la situation s'est nettement dégradée. La 7e Batterie tire à 1600 millièmes par rapport à la direction centrale de son secteur de tir originel. Menacée d'encerclement, les allemands préfèrent contourner la forêt de Compiègne par l'Est plutôt que de continuer à affronter de face la résistance des troupes françaises, la division est contrainte une nouvelle fois au repli. L'ordre de départ est donné à 18 heures. Au cours de l'étape, elle apprend que sa destination, Crépy en Valois, est déjà aux mains des allemands: il faut continuer la marche « entre deux rangées d'incendies de villages allumés par les Allemands pour jalonner leur avance ». Une dernière ligne de résistance un peu en arrière est établie face au village de Rozières. Le 11 et le 12, sévèrement contre-battu, le régiment parvient à continuer à tirer.

- Le 12 au soir, un nouvel ordre de repli est donné. Commence alors une longue retraite qui s’achèvera en Dordogne. En voici les étapes.
- Le 13 juin, arrivée à Esbly après 40 km de route.
- Le 14 juin arrivée à Presles.
- Le 15 juin, après 70 km arrivée à Ury et Arbonne. La troisième colonne de ravitaillement n'a pas rejoint.
- Le 16 juin, arrivée à Viglaire après 90 km. La route a été épuisante en raison de la longueur de l’étape mais aussi de l'encombrement. Il faut faire ranger les colonnes de réfugiés sur les bas côtés pour parvenir à frayer un chemin aux différents éléments du Régiment. Par deux fois, des avions italiens ont mitraillé le chemin sans résultat.

- Le 18, il appuie les chasseurs et le groupe de reconnaissance divisionnaire chargés de couvrir le franchissement de la Loire à Sully/Loire. qui s'effectue sous un bombardement aérien
- Le 19, après 40 km, le régiment arrive à Pierrefite/Sanldre. Le 2e Groupe est chargé d'appuyer la 1e 1/2 brigades de chasseurs qui organise un centre de résistance au lieu dit du "Bois Rabot". Le I/8e et le III/8e sont mis en soutien du 170e RI. Dans l’après-midi, l'ennemi survient depuis le Nord et contournant l’obstacle constitué par la division, commence à l'encercler. L'ordre de repli est donné: il est temps, puisque l'avant garde divisionnaire tombe dans le village de Salbris, sur des éléments de reconnaissance allemands qu'elle fait prisonniers. A partir du 20, le régiment fait partie du dispositif d'arrière-garde: c'est désormais une course contre la montre afin d'éviter la capture. Le 20 juin, le régiment arrive à Genouilly après 45 km.
- Le 21 juin, arrivée à Buzençais après 50 km.
- Le 22 juin, après 52 km, arrivée au lieu dit "Le Verger" près de Liglet. "Les chevaux sont épuisés et continuent à se traîner lamentablement" écrit le Colonel Delmotte.
- Le 23 juin, arrivée à Millac (55 km)
- Le 24 juin, arrivée à La Pouillerie (48 km)
- C'est le 26 juin, parvenu au sud de la Vienne que le régiment apprend l'armistice. En 16 jours, le régiment se sera replié de presque 600 km.

Le 29 juin le général Weygand passe en revue les troupes de la VIIe Armée. Puis le 2 juillet l'ordre est donné de gagner Limoges. Le 10 juillet, la 11e DI défile dans Limoges devant le général FRERE commandant la 12e Région. Et le lendemain, elle est dissoute. Le 6 août, c'est le tour du 8e Régiment d’artillerie de l'être. Les troupes sont démobilisées. Sauf un détachement de 76 canonniers de la classe 1939 ou sous contrats, qui sont envoyés à La Valbonne pour entrer dans la composition d'un groupe du régiment d'artillerie de l'armée d'armistice de la 17e Région militaire.



Général de Gaule, l’appel du 18 juin

III) DE 1940 à AUJOURD’HUI


CHAPITRE VIII DE LA RECRÉATION A L’ALGERIE :

Le régiment est reformé le 1e janvier 1945 à Nancy dans une structure à trois groupes. Et cela, à partir d'éléments artilleurs des « Forces Françaises de l'Intérieur » de Meurthe et Moselle. Le général P. Nérot, chef d’état-major de la 20e Région militaire à l’automne 1944, semble avoir, eu, selon ses dires, un rôle prédominant quant à la reformation du régiment. A cette époque, en vue de continuer la lutte contre l’Allemagne nazie, il est amené à créer de toute pièce « des corps de troupe de toutes armes et les services correspondants ». Mais faute de matériel, de nombreux engagés, quoique disposant déjà d’une formation d’artilleurs, doivent être disséminés dans les bataillons de sécurité nouvellement constitués, notamment dans les 3e et 22e. Alors qu’ils étaient suffisamment nombreux pour constituer un groupe d’artillerie. Lors d’un déjeuner à Nancy avec le commandant local américain, à une date inconnue, le Général Nérot est placé à côté d’un Général responsable de l’armement, dont le nom est ignoré. Voyant ce dernier vivement intéressé par l’insigne de la 4e DCR qu’il porte, le Général Nérot lui lance sous forme d’une boutade: »Donnez moi 12 canons avec deux jours de feu et les véhicules de traction et je vous donne mon insigne ». La réponse est positive et le lendemain, le Général Nérot peut percevoir ses premiers canons de 105 allemands. Le Colonel Bodinat, alors disponible, est nommé chef de corps du 8e RA reconstitué.

La mise sur pied du 8e Régiment d’artillerie commence le 1e janvier 1945 à Nancy et ne s’achève qu’en avril 1945 avec la création du 3e Groupe. Le jour de la capitulation allemande, le régiment est encore divisé entre Saint-Mihiel et Haguenau. Le 11 mai, le premier groupe s'installe à Offenburg, le 12 mai, le second groupe fait mouvement vers Radstadt, tandis qu'à la fin du mois, le 3e Groupe avec l'état-major, s'installent à la caserne Rapp de Colmar. Le 15 avril 1945, le régiment présente un effectif de 47 officiers, 123 sous-officiers et 944 militaires du rang. Il possède vingt canons de 105 L 36 français et 22 canons de 105 allemands. Les deux groupes stationnés en Allemagne rentrent en France le 17 juillet 1945 et tiennent garnison à Strasbourg. Le II/8e gagne Emmendingen le 5 juin 1945. Le 18 juin, le I/8e et le II/8e défilent à Paris, avant de regagner l’Allemagne. Le 1e Groupe à Offenburg et Kehl; le 2e Groupe à Emmendingen qu’il quitte dès le 17 juillet pour rejoindre Strasbourg.

Le 15 avril 1946, l’état-major, le 1e et le 2e Groupe sont dissous. Le 3e Groupe devient 1e Groupe à trois batteries de tir et une batterie de commandement. Ce nouvel I/8e RA occupe successivement les camps de Lambach, Drachenbronn, puis celui de Langensoultzbach en juin 1946.

Le 2 mai 1947, le régiment fait définitivement mouvement vers son quartier d'avant-guerre, le quartier Drouot à Nancy. Il lui est adjoint en plus le 102e Groupement d'observation aérienne qui devient 2e Groupe de repérage du 8e RA. En décembre, les grèves insurrectionnelles que connaît la France nécessitent de la part du gouvernement de recourir à l’armée pour protéger les équipements sensibles. Le régiment fourni pour cette occasion deux batteries de marche en direction d'Arras, Baccarat, Hirson, Lille, Lens, et de Bourges. Elles rentrent néanmoins à Nancy avant la fin du mois.

Le 1e janvier 1949, le régiment est porté à trois groupes par l’adjonction de l’ex I/39e RA stationné à Moulin-lès-Metz et du I/5e RA de Haguenau un peu plus tard. En avril, le groupe de repérage est rattaché au 25e RA. Le 1e mars 1949, le régiment est endivisionné et fait partie de la 2e DI. À cette date, le régiment se compose de la manière suivante :

- Batterie de commandement à Nancy
- 1e Groupe avec 105 HM2 à Haguenau
- 3e Groupe avec 105 HM2 à Moulin les Metz
- 4e Groupe avec 155 HM1 à Nancy
- en sus, le I/15e RA de la Fère prend l'appellation de II/8e RA mais du fait de son éloignement, continue à former corps. Le 1e octobre 1949, il est remplacé au sein du régiment par le I/40e RA stationné à Verdun


Obusier de105 HM2 U-S

En 1954, l'implantation des différents groupes du régiment est la suivante:
- I/8e RA à Haguenau
- II/8e RA à Verdun
- III/8e RA à Moulins les Metz.
- IV/8e RA avec P.C. et BCR à Nancy.

En 1954 et 1955 le régiment effectue des expérimentations de 155 BF 50 et des démonstrations devant les autorités militaires, l’École de Guerre. Le 1e mars 1955 le régiment est dissous. Courant mars 1955, le 4e groupe et la BCR forment un groupe destiné à renforcer le 28e RA en partance pour la Tunisie, où la situation militaire s'est nettement dégradée. Un IV/8e est complété à Nancy pour servir 3 batteries à 4 tubes de 155 ABS. Tandis que le III/8e est dissous comme le 2/8e dont le personnel part au centre d'instruction n°1 de Verdun. A cette date, dans le cadre de la "guerre atomique", c'est à dire d'un engagement sur le théâtre Centre-Europe, le I/8 met en oeuvre quatre batteries à 8 pièces de 105 HM2. Les deux groupes subsistant, le I/8 et le IV/8e RA sont alors dirigés vers l'Algérie. En effet, depuis le 1e novembre 1954, de graves événements se produisent dans les trois départements français d'Afrique du Nord. D'importants effectifs militaires y sont envoyés afin de procéder, pour reprendre la terminologie de l'époque, « à des opérations de pacification ».



CHAPITRE IX DES OPERATIONS DE PACIFICATION A LA BATAILLE DES FRONTIERES: LA GUERRE D'ALGERIE.

Par conséquent, le régiment donne naissance à deux groupes d'artillerie formant corps. Néanmoins, comme cela se fait chez les chasseurs, les deux unités s’échangent régulièrement l'étendard qui donc reste unique. Très solennellement en présence du général Beaufre, le 4 août, on remet au I/8 dans son cantonnement de Sidi Aïch l'étendard du régiment.

1) Le premier groupe du 8e RA: I/8

Le groupe part en Algérie avec un effectif de 21 officiers, 64 sous officiers et 333 hommes de troupe, équipé de canons de 105 HM2 et pour la 3e Batterie, de 155 HM1. Il embarque à Marseille le 05/06/1955 sur le « ville d'Alger » à destination de la terre africaine qu'il connaîtra pendant sept longues années entrecoupées d'événements malheureux. Le groupe est d'abord dirigé vers la région de Bougie où il arrive le 11/06/1955; il restera dans cette région pendant quatre mois à effectuer des missions de sécurisation classique, seul, ou en appui du 152e RI, et du 26e RI. Son quotidien est fait d'arrestation de suspects de saisies de quelques fusils de chasse, voire d'école à feu plus ou moins sauvage dans des Douars repérés la veille, comme le 18 septembre.

Il part avec la 2e Division d'infanterie motorisée en octobre 1955 s'implanter à Petit, village situé à 9 km Est de Guelma (Constantinois). Là il occupe des missions de trois ordres dans un secteur très actif militairement:
- appui artillerie des unités d'infanterie engagées dans le ratissage de zone.
- occupation de points fixes.
- constitution de "batteries de marche" afin de procéder elle-même à une pacification active.

La localisation des unités ne change que fort peu. A la date du 1er septembre 1956 voici de quelle manière elles se répartissent dans la région:
- BCS et P.C. à Petit (avec 9 postes de surveillance).
- 1e Batterie, Gare de Nador (avec 13 postes)
- 2e Batterie, Gounod. (18 postes)
- 3e Batterie, Lapaine. (12 postes)
- 4e Batterie, ferme Sauraie à Petit (8 postes). (batterie de rappelés du contingent comme la 5e, arrivée le 18 juin).
- 5e Batterie, ferme Labre à Petit (7 postes)

On comprendra bien que les charges statiques sont écrasantes et accaparent la majeure partie des hommes dans des opérations répétitives d'embuscades, de surveillance, de missions de ravitaillement répétitives et harassantes.

En vérité, rien n'est innocent en cette période. Ainsi, le 6 décembre, le groupe effectue une école à feu de "prestige" dans le secteur de Laverdure demandée par le commandement du secteur nord-ouest en vue "d’intimidation". C'est une lutte impitoyable qui est menée. Ainsi, le poste avancé de Guelaat-Bou-Sba est attaqué par surprise le 8 mai 1956 sans provoquer des dégâts. Mais le lendemain une opération de "grenouillage" est entreprise par le commandant en second qui débusque et tue deux "H.L.L", (hors la loi; c'est à dire des Fellaghas).

A partir du 9 avril arrivent à Bône des avions Piper Club d'observation qui constituent le groupe d’observation aérien de la division, facilitant largement les réglages d'artillerie et les missions de reconnaissances. Le groupe les prend provisoirement en charge. Le 18 juin, le groupe reçoit deux nouvelles batteries, la 5e et la 6e, composée respectivement de 141 et 130 hommes de troupe. Pour des raisons de simplification avec le IV/8e groupe, une décision ministérielle du 9 juillet 1956, effective le 15 août, renomme la 4e batterie 2e Batterie et la 6e, 4e.

La 3e Batterie se trouve être dans un secteur particulièrement harcelé. Le 24 juillet 1956 le drame survient. Un convoi composé d'une Jeep et d'un GMC tombe dans une embuscade en retournant au cantonnement de Lapaine. Le capitaine Guenot, le maréchal des logis Georges, ainsi que le chauffeur et le radio sont grièvement blessés. Ces deux derniers succombent d'ailleurs peu après de leurs blessures. Les rebelles s'emparent de leur armement avant de s'enfuir. Dès qu'elle est prévenue la batterie organise une course poursuite contre les agresseurs; 5 sont rattrapés et tués.

Le 9 novembre, jour de passation de l'étendard au IV/8e RA, un groupe de marche est mis sur pied sous le commandement du capitaine Antenat avec: une batterie de marche issue des 2e et 4e Batteries ainsi qu'une compagnie du 151e RIM. Ce groupe a reçu la mission de fouiller les pentes sud du Kef-Bir-El Anami, à 4 km au nord-ouest de Duvivier. La progression s'effectue en deux échelons vers cet objectif. Lorsque les éléments de tête chargés de prendre pied sur la crête nord approchent de la ligne de faîte, ils sont accueillis à coup de rafales d'armes automatiques. Un canonnier tombe blessé à la poitrine. Les fellaghas s'apprêtent à apporter le coup de grâce à l'élément avancé lorsque la 3e Batterie placée en soutien au nord de Duvivier ouvre le feu et couvre l'action offensive de l'élément de soutien du groupe, 146 coups seront tirés. Dans l'action, un canonnier de la deuxième batterie tombe mortellement blessé, tandis qu'un autre est atteint à la cuisse. Sur le même objectif, le 11 novembre 145 coups sont encore tirés par la 3e Batterie.

Au demeurant, l’engagement du régiment ne se termine que rarement aussi funestement. Le plus souvent, le régiment est utilisé à de classiques missions d'appui feu. A titre d'exemple, voici une action typique de cette époque. Le 6 septembre 1956, la deuxième Batterie est envoyée à Ouenza pour participer aux opérations de l'Oued el Aar. Elle envoie un DLO au 26e RIM. Dès le 10, après 5 coups de réglages, 50 coups et encore 37 pendant la nuit sont tirés dans un but de "harcèlement" sur le Djebel Damous. Le 13, en appui des 26, 152 et 153 RIM sur le Djebel Bousessa, la batterie commence par effectuer un tir de réglage de 12 coups. A 11 heures 30, une bande de "rebelles" étant signalée, elle la neutralise en tirant 103 coups. Puis, une arme automatique s'étant manifestée, elle reçoit 40 coups. Enfin 16 coups sont encore tirés dans la soirée et 20 pendant la nuit. L'opération terminée, la deuxième Batterie quitte Ouenza et rentre à Gounod, sa mission remplie.

Durant l'année 1957, le groupe voit sa capacité en artillerie monter en puissance progressivement. Le nombre de postes tenus diminue, d'une part du fait de la réduction des effectifs et d'autre part de l'accroissement des charges opérationnelles en artillerie proprement dit. La 1e et la 2e Batterie sont équipés en 105 HM2, la 3e en 155 HM1. A la fin de l'année 1957, voici de quelle manière sont se répartissent les unités du groupe:

- BCS à Petit avec 4 postes.
- 1e Batterie à la Gare de Nador avec 3 postes.
- 2e Batterie à Guelaat-Bou-Sba avec 3 postes.
- 3e Batterie à Randon avec un poste.




L'année 1958 constitue le sommet de l'activité du groupe en Algérie. De janvier 1958 à fin mai 1958, le I/8e RA fait partie du groupement mobile d'intervention du 1e REP commandé par le lieutenant-colonel Jeanpierre. Les deux batteries du secteur de Guelma, puis la 3e Batterie bientôt en renfort participe à l'élimination des bandes rebelles organisées dans le Constantinois dans le cadre du plan Challe. Les frontières étant désormais bouclée par la ligne Morice, un certain nombre d'unités sont dégagées des postes fixes de maintien de l'ordre qu'elles occupaient, pour participer à un vaste ratissage du territoire algérien visant à détruire les maquis de fellaghas organisés.

Durant ces quatre mois, la liaison artillerie-opérations d'infanterie a été permanente. Le groupe s'organise de la manière suivante:
- Un PC artillerie constamment auprès du commandant du groupe mobile
- Un détachement de liaison auprès de chacun des commandants de sous groupements et 2 détachement de liaison opérationnel (DLO) par sous groupements.

Les artilleurs du groupe ont participé dans une large mesure à la réalisation des magistrales actions du 1e REP. Les consommations d'obus ne trompent pas. Durant l'année 1958, le groupe a une consommation de 18150 coups, soit une moyenne de 1500 par mois. Le sommet se situant au mois de mai avec 2250 sont tirés. Au total ces quatre mois d'opérations ont permis la récupération par le groupement mobile de plus de 1130 armes de guerre dont au moins 100 armes automatiques. Voici un résumé des actions les plus notables de la période:
- 24 janvier opération dans le Djebel Mahouna puis au sud-ouest de Lapaine: 70 coups tirés et 75 rebelles tués et 6 mitrailleuses, 1 F.M., 8 PM, 33 fusils pris.
- 3 Février sur le Kef Mertah, 400 coups tirés. (47 rebelles tués, 4 mitrailleuses, 4 PM pris)
- Sur l'Aouara, du 24 au 27 février; 400 coups sont tirés. Il y a 225 tués, 9 mitrailleuses, 8 F.M., 56 PM, 127 fusils, 10 PA.
- Kef el Aks le 6 et 7 mars: 180 coups, 13 rebelles tués.
- Dans la région de Barral et Saint Joseph. Le 18 et 19 mars, 32 coups sont tirés; 125 rebelles sont tués. Le 29 mars nouvelles opérations qui font 140 tués chez les fellaghas et qui permettent de récupérer 8 mitrailleuses, et 132 fusils.
- le 30 avril, bataille de Souk Ahras. C'est pour le 1e REP "un gros accrochage". Le groupe tire 117 coups. On ramassera les corps de 178 fellaghas.
- Djebel Mermera les 29 et 30 mai. Le colonel Jeanpierre est tué dans son Alouette II. Il avait été fait commandeur de la Légion d’honneur en présence des officiers du I/8e RA le 2 mars. Les combats sont très violents; les corps de 70 "HLL", hors la loi, sont ramassés après le combat.

La fin de l'année est plus statique. Le groupe se consacre à «l’action psychologique »autour de ses quartiers de la région de Guelma. Les défaites endurées par le FLN dans la région en début d'année, comme l'ambiance de l'après 13 mai, autorisent un calme relatif. Les séances d'instruction dans le djebel, un camp de jeunesse à Guelaat-Bou-Sba, la priorité donnée à l'action médicale, tout ceci constitue pendant un temps les missions prioritaires du groupe. Pendant ce temps, la 3e Batterie officie dans le secteur de Souk-Ahras au profit des troupes du barrage ou du « No man's land » situé entre celui-ci et la frontière tunisienne. Ses activités, nomades par excellence l'amène à transporter sa base arrière à Souk-Ahras, afin d'appuyer essentiellement le 9e RCP, le 2e REP et le 60e RI. On ne peut pas vraiment considérer que ces nouvelles affectations ralentissent l'activité d'artillerie. Aucun mois de l'année de toute façon n'est à moins de 1400 coups tirés.



A partir de 1959, le groupe est très largement impliqué par la suite dans le maintien de l’ordre dans la région de SOUK-AHRAS. Il met même en oeuvre une harka qui comptera le 30 septembre 1962 un effectif de 70 « FSNA », c’est à dire selon la terminologie de l’époque, « Français de souche Nord Africaine ». Patrouilles et embuscades constituent son quotidien. Ce qui est loin de s’avérer de tout repos. Ainsi dans la nuit du 29 mars 1961, une mission nocturne autour de Guelaat-Bou-Sba tourne mal et quatre morts viennent endeuiller le groupe. De fait, les missions sans gloire, dangereuses, et répétées se succèdent jusqu’à la fin de la guerre.

Le 24 octobre 1962, le I/8e RA débarque à Marseille pour être dirigé sur le camp de Sissonne en vue de sa dissolution qui a lieu le 15 novembre 1962. Seule la 3e Batterie est restée en Algérie pour devenir la 4e Batterie du 8e GA

2) le quatrième groupe du 8e ra: 4/8

Le 14 juin 1955, le 4/8e RA embarque sur le "Ville d'Oran", alors constitué sous la forme d'un groupe léger à 12 canons de 105 HM2. A son débarquement, il est envoyé en grande Kabylie son P.C. étant installé à Ovadhias. Il est responsable d'un sous secteur dans la zone d'activité du 151e RIM. En vérité, cette période de l'histoire du groupe en Algérie est certainement la plus malheureuse qu'il ait connu. Le 12 août 1955, un convoi routier de la 15e Batterie en mission de ravitaillement tombe dans une embuscade. En quelques minutes, cinq canonniers sont mortellement touchés. Le 21 septembre, un autre convoi est à nouveau attaqué; il y un nouveau mort. Mais là, la réplique des 12,7 montées sur les GMC obligent les agresseurs à fuir.

Le 1e octobre 1955, le groupe suit la 2e DIM dans son mouvement vers l'Est Constantinois où il s'implante à partir du 13 octobre 1955. Il reste toujours cantonné à des missions de maintien de l’ordre. Les implantations du groupe sont les suivantes:
- PC à Bône.
- 13e Batterie à Combes puis le 13 novembre à la ferme Falco.
- 14e Batterie à AIN-MOKRA.
- 15e Batterie à Barral.
Cette implantation est fort fluctuante dans le temps et l'espace.

De fait à cette époque, les missions d'artillerie sont largement minoritaires. La priorité est donnée au maintien de l'ordre, et épisodiquement, un appui feu est donné à des unités en manoeuvre. En félicitant le groupe suite à une action du 14 février 1956 durant laquelle 36 coups de 105 ont été tirés, le général Beaufre commandant la 2e DIM ne dit pas autre chose: « Contactée par un Piper d'observation qui venait de repérer une bande rebelle dans la région à l'ouest de Munier, elle a dans des délais particulièrement courts, déclenché un tir violent et parfaitement ajusté qui a causé à l’adversaire des pertes sensibles, prouvant ainsi que les actions de maintien de l'ordre n'avaient diminué en rien les qualités d'unité d'artillerie ». Le bilan d'activité pour le mois d'octobre 1956 est à ce titre éloquent:

- 84 patrouilles de section ont été effectuées
- 2 à l'échelon de la batterie
- 3 opérations de ratissage ont été effectuées par les batteries
- 42 embuscades ont été tendues
- 101 escortes et liaisons diverses ont été menées.
- 51 mises en batteries ont consommé 485 coups
- 3 écoles à feu ont utilisé 164 coups.

Le 18 juin 1956, le groupe reçoit deux nouvelles batteries, les 16e et 17e constituées de rappelés du contingent. La 16e s'installe à Blandan, la 17e à Combes. Le 20 août 1956, les unités du IV/8e RA prennent les numéros 1, 2, 3, 4, 5, au lieu de 13, 14, 15, 16, 17. Le 1e décembre, les 4e et 5e batteries sont dissoutes. Le groupe fait mouvement pour s’implanter le 11 mars à Clairefontaine pour le PC et la BCS, et Youks les bains, Montesquieu, Laverdure, pour respectivement les 1e, 2e et 3e Batteries. En juin de l’année 1957, le PC se porte à Montesquieu, avant de gagner au mois d’octobre Drea. Enfin, au mois d’octobre 1957, il s’implante au M’Sid, avec le commandement de la 2e Batterie. Tandis que la première batterie s’installe à Ain Zana pour ses 155 HM1 et à Sidi Salam pour ses 105 BF50.

A partir du mois d’août 1956, la mission du groupe a nettement changé. Il lui est assigné une mission d’appui feu sur le barrage dans le secteur de Souk-Ahras. Il doit agir en collaboration avec les régiments d’infanterie suivants: 152e RIM, 153e RIM, 26e RI, 9e RCP et 4e REI. Son rôle principale jusqu'au cessez le feu sera de fixer par ses feux et de détruire toutes les tentatives de franchissement du barrage, en appui, des unités d'infanterie présentes dans son secteur. C'est une mission dangereuse où les risques de contacts sont permanents. Le sommet de son activité sera atteint dans les années 1957-1958. Effectivement, au fur et à mesure où la ligne Morice devient opérationnelle à partir de l'année 1958, les tentatives de franchissent deviennent de plus en plus déterminées et massives. Voici un exemple: le 2 mars 1958, il est constaté qu'un fort parti ennemi a profité de la nuit pour franchir le barrage au nord ouest du Djebel Ragouba. Aussitôt le 2e REP entreprend un ratissage offensif et requiert l'appui feu de la 3e Batterie. Un camion Dodge de la batterie en mouvement saute sur une mine au petit matin, un canonnier est tué. Mais à la fin de la journée le bilan est éloquent: 95 fellaghas ont été tués, 6 Fusils Mitrailleurs, 81 armes individuelles sont ramassés sur le terrain. Ou encore, le 26 mai 1959, après un franchissement dans le Djebel Harraba, en soutien du 14e RCP, le groupe tire 380 obus de 105 et 30 de 155: 147 « HLL » sont ramassés morts à la fin de l'opération.

En 1960, alors que le barrage est devenu complètement opérationnel, voici comment se présente les implantations et les missions des différentes unités du groupe:

- La BCS est implantée à Drea. Elle met en oeuvre 6 Jeeps et une pièce de 75 HM1. Elle surveille le tronçon du barrage électrifié principal dépendant du poste électrique de Drea.
- La première batterie a sa base arrière à la ferme Calleja. Elle occupe en plus 4 postes et sert un nombre varié de bouches à feu: 4 105 HM2 (les siens), 1 mortier de 60, 2 pièces de 75 modèle 97, une pièce de 75 HM1 fixe, 2 pièces de 155 BF 50.
- La 2e Batterie est implantée à Sidi Younes. Elle sert 4 pièces de 105 HM1 (les siens) qui sont placés en réserve générale, ainsi que deux pièces de 155 CS modèle 1917, et deux pièces de 155 BF50.


Obusier de 155 mm Bi Flèches Mle 1950 (BF 50)
- La 3e Batterie est localisée à Zarouria; elle dispose de quatre pièces de 105 HM2. Elle sert de réserve générale. En plus, elle est appui-feu des opérations menées par le groupement mobile, en l’occurrence du 14e RCP.

Il a subi pendant les opérations les pertes suivantes: 23 tués dont un officier et 47 blessés.

A partir du 2 mai 1962, le groupe est affecté à la garde du port de Bône. Cette même semaine, les premiers postes avancés sont évacués: le 4, le Poste d’Ain Zana, de la côte 878, de M’Zaret et le 4 mai, de la ferme Colonna. Puis le groupe se replie sur la ferme Collon. Le 6 août 1962, le commandement de groupe et le PC font mouvement sur la ferme Karmouda à 4 km au nord de Randon. Le 1e octobre 1962, le IV/8e RA prend l'appellation de 8e Groupement d'artillerie (GA), avec une batterie de commandement et de service (BCS) munie d'une section de protection et quatre batteries de tir, la 4e provenant du I/8e RA. Sa mission se situe désormais dans le cadre des forces d'apaisement françaises en Algérie. Au 31 décembre 1962, l’implantation du groupe se présente ainsi:

- PC à Karmouda
- BCS à Mechech
- 1e Batterie à Sidi-Bouzit
- 2e Batterie à la ferme Pâtissier
- 3e Batterie à la ferme Juliano
- 4e Batterie à la Ferme Giraud.
AUJOURD’HUI



CHAPITRE X: Et aujourd’hui...

Le 15 mai 1964, le 8e Régiment d’artillerie est reconstitué au quartier Oudinot à Commercy, à partir des éléments du centre d’instruction du 60e RA et du 66e RA rentrant d’Afrique du Nord. Il appartient alors à la 15e Brigade motorisée de Verdun. Il comprend deux groupes de deux batteries chacun. Chaque batterie dispose de 4 pièces de 105 HM2. En outre, une batterie hors rang renforce l’ensemble. C’est le général Massu qui, le 14 juillet 1964, vient remettre l’étendard au régiment reconstitué.

Le 8 août 1968, il devient le régiment d’artillerie de la 15e Brigade mécanisée, appartenant à la 4e Division mécanisée de Verdun. Il est articulé en une BCS (batterie de commandement et de services), une B11 (batterie d’instruction), et trois batteries de tir à cinq pièces de 105 AU 50 chacune. Cas derniers sont montés sur châssis d’AMX 13. Il tire jusqu’à 14 km un projectile de 105 mm. Dès cette époque, le régiment est doté du radar d’aide au tir de l’artillerie de campagne (RATAC) qui peut détecter un objectif mobile jusqu’à 18 km ou aider à la mise en place d’un tir jusqu’à une distance de 12 km. Ses effectifs se décomposent de la manière suivante: 58 officiers, 129 sous officiers et 580 brigadiers et canonniers.



En 1977, il devient le Régiment d’artillerie de la 4e Division blindée de Nancy et passe à quatre batteries de tir, toujours équipées en 105 AU 50.

Depuis le 1e juillet 1985, le 8e Régiment d’artillerie relève de la 10e Division blindée de Chalons sur Marne. Il perçoit alors des canons automoteurs de 155 AU F1, qui sont capables de tirer jusqu’à une distance de 28 km. Il est articulé en une batterie de commandement et de services, une batterie d’instruction et quatre batteries de cinq 155 AU F1 chacune.

Le 8 février 1991, le Régiment est représenté dans le conflit du Golfe par une section expérimentale de reconnaissance, mettant en oeuvre le Mini Avion de Reconnaissance Télé piloté (MART). L’effectif engagé est alors de un officier, 7 sous-officiers, et 5 engagés volontaires de l’armée de terre. Cette unité se distingue par son efficacité dès les premières heures de l’attaque terrestre.

A la fin du premier semestre 1992, le régiment augmente sa capacité opérationnelle. Il est désormais articulé en quatre batteries de tir à six pièces chacune. Il possède 12 véhicules d’observation de l’avant (VOA), montés sur châssis AMX 10P équipées d’une tourelle spécifique à l’observation d’artillerie, cinq radars d’aide au tir de l’artillerie de campagne (RATAC) montés sur véhicule de l’avant blindé (VAB) et quatre véhicules d’implantation topographique (VIT, système également porté par des VAB).

Dans le même temps, avec l’apparition de la disponibilité opérationnelle différée, qui réduit le service national à 10 mois, la batterie de commandement et de services devient la batterie de commandement et de logistique. Tandis que la B11, devient batterie de défense et d’instruction (BDI).

Quelques cadres participent à titre individuel à des missions sous l’égide de l’ONU (FORPRONU en ex Yougoslavie, APRONUC au Cambodge). En outre, au printemps 1995, un détachement du régiment composé de 70 officiers, sous-officiers et appelés volontaires pour les actions extérieures, se rend à Naqoura au sud Liban dans le cadre de la FINUL, (force d’interposition des Nations Unies au Liban), afin de participer au maintien de la paix au Proche Orient.

Enfin, le régiment passe en structure à 32 pièces de 155 Au F1, répartis en quatre batteries à huit pièces chacune, le 1e août 1996. Le 20 juin 1996, dans le cadre de cette restructuration, la batterie des opérations (BO) est mise sur pied. Elle regroupe désormais tous les moyens d’observation du régiment (VOA et RATAC) ainsi que le poste de commandement régimentaire.


Chaque année, le régiment est chargé de différentes missions de courtes durée (MCD) que ce soit en Guyane, au Tchad, à Mayotte, en Nouvelle Calédonie, au Sénégal ou en Martinique.
Il a aussi été envoyé en opérations extérieures (OpEx) dans les Balkans, la Côte-d’Ivoire. Afghanistant.

Le régiment est équipé de 3 batteries de tir équipées de Mortier de 120
2eme. 3eme et 4eme batterie
d'une batterie renseignement
la 1ere batterie
D'une BCL et d'une BBI

Le 8e Régiment d’artillerie a insi à abordé XXIe siècle et son 3e siècle d’existence, dans le cadre de la professionnalisation des armées décidée par le Président de la République française.

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Ven 2 Déc 2011 - 23:59

Il ne devrait pas être dissous prochainement?
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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Sam 3 Déc 2011 - 0:25

Effectivement, le régiment est en danger depuis de nombreuses années! je suis arrivée en 94 le garde m' a dit "tu ne finiras pas tes classes, le régiment est dissous!" J'en suis partie en novembre 2009 sous la même menace!!!!! mais l'échéance a l'air proche malgré tout!!!

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Sam 3 Déc 2011 - 4:27

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ce doit être une patte de col d'un ancêtre au 8ème RA
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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Sam 3 Déc 2011 - 5:19

Superbe travail et quel historique, merci beaucoup pour nous faire partager tout celà

Francis Admin

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La collection du magazine Forces Terrestres est toujours disponible à des tarifs très avantageux ! De même que les ouvrages sur le VAB et sur l'AMX 30 sont toujours en stock !
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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Sam 3 Déc 2011 - 5:59

De rien, source Service historique de la défense
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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   Mer 14 Déc 2011 - 10:39

Admin a écrit:
Superbe travail et quel historique, merci beaucoup pour nous faire partager tout celà

Francis Admin

De rien, quand on aime on ne compte pas!!!!!!! Very Happy

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MessageSujet: Re: Historique du 8ème Régiment d'atillerie   

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Historique du 8ème Régiment d'atillerie
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